KATURE OU CRI. SES DIVERS MODES D’EXPRESSION
Le cri est un son inarticulé, déterminé par une sorte d’explosion vocale au niveau de la glotte.
Le cri est propre à chaque espèce d’animaux dont il constitue le langage; c’est ainsi que le merle siffle, l’hirondelle trinsotte, le vautour palpette, le corbeau croasse, le geai frigulote,le passereau pépie, l’àne brait, la brebis bêle, le cerf brame, le canard nasille, le cochon grogne, le cheval hennit, le pigeon roucoule, le dindon glougloute, la grenouille coasse, etc. (I).
Chez l’homme, le cri constitue son unique langage quand il est en bas âge ; il lui suffit alors pour manifester ses besoins (2). Plus tard, il lui sert à exprimer une émotion vive ou un sentiment violent; aussi Montaigne disait-il avec raison que les cris «évaporent les secrets de Pâme ».
Un savant jésuite italien, Marco Bettini, a exprimé avec les signes usuels de sa langue, toutes les modulations du chant du rossignol :
Tiùu, tiùu, tiùu, tiùu, tiùu,
Zpe tiù zqua Quorrror pipi tiô, tiô, tio, tiô, tfx.
Qutiô, qutiô, qutiô, qutîô ;
Zquo, zquo, zquo, zquo,
Zi, zi, zi, zi, zi, zi, zi, zi,
Quorror tiù zqua pipiqui.
Le docteur Colombat a établi l’échelle diatonique de nos impressions morales et physiques, en notant, comme l’air d’une romance, les diverses intonations de tous les cris de l’espèce humaine, tels que la quinte chromatique de la coqueluche, le vagissement du nouveau-né, le rire, le sanglot, etc. Nous donnons ci-dessous quelques exemples de cette annotation.
N° 1. — Cri déterminé par l’application du feu.
e-ah! e-ah! mon Dieu!!
N° 2. — Cri déterminé par l’action d’un instrument tranchant.
e-ah! e-ahü e-ah! la la.
(!) Voici les noms que donne l’abbé de Marolles aux divers cris des animaux: La mésange tintine, la grive gringotte, l’étourneau pisote, la perdrix caquate, l’oie uratcnne, la grue gruine, l’épervier et l’autour piaillent, le milan lippe, la pie jase, le butor bouffe, le tigre rougnonne, le léopard miaule, l’ours grommelle, le sanglier roume, l’éléphant barronne, le cerf zée, l’âne sauvage brame, le giillet grillotte, la souris chicotte, eic.
(2; Aristote ne voulait pas qu’on réprimât les cris des enfants nouveau-nés parce qu’il les regardait comme une sorte d’exercice qui supplée aux autres mouvements.
DE LA PHONATION
N° 3. — Cri déterminé par les douleurs lancinantes du mal de dents, de la goutte, etc.
a-oh î ~ — a- oh ! - - -
N° 4. — Cri des douleurs gravatives comme les coliques.
e - un, e - un
N° 5. — Cri de la coqueluche.
que-ot que-ot que-otque-ot que-ot
N° 6. — Vagissement de l’enfant nouveau-né.
ou -in ou - in
Malgaigne s’est appliqué à noter avec un flageolet l’expression musicale de l’agonie d’un chien; il la traduisit par ces notes : la, sol, fa, mi, ré.
On est même parvenu à organiser un concert avec des animaux, en provoquant leurs cris selon les besoins de la mélodie. Don Christoval, raconte Isidore Bourdon, nous a laissé l’histoire d’un concert de ce genre qu’on donnait à Bruxelles en 1549, la veille de l’Assomption, en l’honneur d’un prince de Castille, du nom de Philippe. Un parfait musicien, déguisé en ours, touchait un orgue à chaque touche duquel était solidement attachée la queue d’un chat miaulant; et comme tous ces chats étaient différents de taille et d’àge, il résultait de tous ces cris des sons extrêmement diversifiés que l’habile musicien savait allier et faire concorder jusqu’à l’illusion.
Dans ses Annales d9 Aquitaine , Jean Bouchet parle d’un autre concert du même genre, mais qui remporte encore par sa bizarrerie sur celui qui fut donné par les habitants de Bruxelles. D’après cet auteur, Louis XI commanda un jour à l’abbé de Baigne « homme de
grand, esprit et inventeur de choses nouvelles quant aux instruments musicaux, qu’il lui fit quelque harmonie de pourceaux, pensant qu’on ne le saurait jamais faire. L’abbé de Baigne ne s’ébahit, mais lui demanda de l’argent pour ce faire : lequel lui fut incontinent délivré, et fit la chose aussi singulière qu’on avait jamais vue. Car, d’une grande partie de pourceaux de divers âges qu’il assembla sous une tente ou pavillon couvert de velours (au devant duquel pavillon y avait une table de bois toute peinte, avec certain nombre de marches), il en fit un instrument organique, et ainsi qu’il touchait lesdites marches, avec petits aiguillons qui piquaient les pourceaux, les faisaient crier en tel ordre et consonnance que le roi et ceux qui étaient avec lui y prenaient plaisir ».
Tout récemment, un autrichien, Hans Cammer, a fait entendre à Paris un quatuor de chiens. Leur maître a réussi à les faire aboyer dans deux tonalités différentes. Il leur faisait exécuter, en les touchant avec une cravache, la chanson de Rigoletto et un refrain de valse allemande.