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III. — De la parole ou voix articulée

MECAVISME DE L’ARTICULATION DES SONS. — La parole

est d’un grand secours pour la pensée : elle lui donne la netteté et lui permet l’analyse et le raisonnement.

Les différents actes qui président à l’expression de nos idées par la parole sont : 1° la conception et l’association des idées; 2° la diction, c’est-à-dire la transformation des idées en mots qui nous permettent de les traduire au dehors ; 3° l’élocution ou la production extérieure des mots.

Les instruments qui concourent à l’accomplissement de ces actes sont : l’intelligence, la mémoire, l’appareil de la phonation et celui de l’audition. Si l’un quelconque de ces éléments fait défaut, la parole ne peut exister. C’est pourquoi les animaux et les idiots ne poussent que des cris inarticulés, et les sourds de naissance sont toujours muets.

L’importance de la langue dans l’articulation des sons a fait donner le nom de langage à la voix articulée. Cependant l’absence de cet organe, qui d’ailleurs n’est jamais complète, n’entraîne pas nécessairement la perte de la parole. Un fait cité par Ambroise Paré prouve que, même dans des cas graves, on ne doit pas désespérer de rendre la parole au malade. « A un village près de Bourges, raconte cet illustre chirurgien, un quidam eut la langue en partie coupée et resta trois ans sans pouvoir par sa parole estre entendu; un jour, on le chatouilla

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pendant qu’il buvait à une écuelle de bois mince qu’il avait entre les dents, et aussitôt il proféra quelques paroles, en sorte qu’il fut entendu. Charmé de cet événement, le villageois ne se sépara plus de son écuelle, qu’il mettait entre ses dents quand il voulait parler; il la remplaça ensuite par un instrument de bois fait sur le modèle de l’écuelle, instrument qu’il pendit à son cou. »

En octobre 1853, le docteur Maisonneuve a communiqué à l’Académie de médecine le cas d’une amputation de la langue, jusqu’à huit centimètres de profondeur, avec conservation de la parole. Cet exemple montre que le moyen héroïque employé par la femme de Millias, de Crotone, pour obtenir un mutisme forcé était bien peu efficace. Cette femme, dit-on, se coupa la langue dans la crainte de révéler à Denis, de Syracuse, le motif secret qui avait déterminé Pythagore, dont elle suivait la doctrine végétarienne, à proscrire l’usage des fèves.

mj mutisme. — Le mutisme est naturel ou accidentel : dans le premier cas, il date de la naissance et n’est, le plus souvent, que la conséquence de la surdité, mais il n’est pas héréditaire, comme on le croit généralement; dans l’autre cas, il dépend d’une paralysie passagère ou permanente de l’organe de la parole.

Percy a donc pu écrire cet axiome bien connu : « Tout muet qui tire la langue et la meut, s’il n’est pas né sourd, est un imposteur. » M. E. Boisseau, dans ses Leçons sur les maladies simulées , fait observer que pour que cette proposition fût tout à fait exacte il faudrait dire : « s’il n’est pas né sourd ou devenu sourd pendant son enfance », et ajoute : « s’il est sain d’esprit. »

L’usage de certaines substances peut encore provoquer une mutité d’une durée plus ou moins longue : Sauvages raconte, dans sa Nosologie méthodique, que de son temps une bande de voleurs, qui détroussaient les passants dans les environs de Montpellier, faisaient prendre à leurs victimes un breuvage composé d’une infusion de fruits de datura stramonium dans du vin, qui les empêchait de parler pendant plusieurs iours et par suite de porter plainte à la police.

Quelquefois le mutisme est simulé, et il s’observe surtout chez des fous mélancoliques ou chez des jeunes gens qui veulent échapper à la conscription ; d’autres fois il est intermittent, et les Mélanges de VAcadémie des curieux de la nature rapportent le cas d’un Wurtembergeois qui, pendant quatorze ans, ne parlait chaque jour que pendant deux ou trois heures ; mais ce fait, en raison de son origine, ne doit être admis qu’avec la plus grande réserve.

La mutité naturelle est au-dessus des ressources de l’art ; on cite cependant des muets qui ont recouvré la parole sous une influence morale très-vive, comme l’athlète OEglé de Samos, et le fils de Grésus

qui parla tout-à-coup pour arrêter le bras d’un ennemi au moment où il allait tuer son père.

Esquirol raconte l’histoire d’un muet qui, à la suite d’une violente colère provoquée par les mauvais traitements de sa femme, lui rendit injures pour injures, au grand étonnement de celle-ci.

LOCALIS1TIOV CÉRÉBRALE DE LA PAROLE. — La faculté

du langage articulé a été localisée par Gall et Bouillaud, dans les lobes antérieurs du cerveau : ce dernier a même institué un prix de 500 francs destiné à celui qui montrerait une altération de la parole coïncidant avec une lésion en dehors des lobes antérieurs, ou réciproquement une lésion profonde des lobes antérieurs sans altération de la parole. Nous savons que M. Broca a démontré, depuis, que les altérations de la parole coïncidaient souvent avec une lésion de la troisième circonvolution du lobe frontal gauche (fig. 142), ce qui l’autorisait à placer en ce point le siège de la parole, bien que, dans certains cas, l’hémisphère droit joue le principal rôle.

S’il est vrai que la faculté du langage articulé doive être localisée, comme le veut M. Broca, en arrière de la troisième circonvolution frontale gauche, comment expliquer que la lésion symétrique du lobe frontal droit n’entraîne pas ordinairement la perte de la parole? Ne faudrait-il pas attribuer au côté gauche du cerveau cette sorte de prédominance que nous rencontrons dans nos membres? Et de même que nous nous servons plutôt du bras droit que du bras gauche, de même aussi une moitié du cerveau entrerait en exercice plus souvent que l’autre. Pour justifier cette hypothèse, rappelons que, par suite de l’entre-croisement des fibres cérébrales au niveau du bulbe rachidien, c’est précisément le côté gauche du cerveau qui tient sous sa dépendance les mouvements si actifs du membre supérieur droit : les droitiers seraient donc gauchers du cerveau.

i>e l’aphasie. — V aphasie (a privatif ; çasiç, parole) ou Yalalie (a privatif; XaXeTv, parler) est une affection curieuse qui contredit les vers bien connus de Boileau :

Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement Et les mots pour le dire arrivent aisément.

C’est, en effet, une lésion de l’entendement qui permet au malade de comprendre ce qu’on lui dit sans pouvoir exprimer sa pensée par la parole. Parfois, les autres manifestations extérieures de la pensée, telles que l’écriture et la mimique, subissent aussi des troubles profonds ; mais il arrive plus fréquemment de perdre la parole.

On ne confondra pas l’aphasie avec l’amnésie qui est, ainsi que nous l’avons déjà dit, la perte de la mémoire. Les amnésiques, ayant perdu

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la mémoire des mots, ne peuvent, il est vrai, ni parler, ni lire, ni écrire; mais ils diffèrent des aphasiques en ce qu’ils guérissent par l’éducation, tandis que ces derniers sont généralement incurables. Aussi Trousseau comparait-il le cerveau de l’amnésique à la terre sur laquelle la charrue ne trace pas vainement son sillon fertilisateur ; et le cerveau de l’aphasique, à la mer où la proue du navire ne laisse aucune trace.

Les aphasiques ne peuvent articuler que certains mots qu’ils disent à tout propos. Trousseau cite, dans sa Clinique de l’Hôtel-Dieu , plusieurs observations curieuses de cette maladie : par exemple, une personne répétait pendant quatre heures consécutives le mot bizarre : monomomentif ; ce malade ajoutait tif à la première syllabe des mots qu’il voulait prononcer : au lieu de bonjour , il disait bon-tif; un autre ne prononçait et n’écrivait que son nom ; d’autres disaient sans cesse no, oui , nasi, bousi, cousisi ; ce dernier ne pouvait écrire que paquet pour tous les mots qu’on lui dictait. Une femme ne savait que dire : Ahf malheur! une autre femme répondait à tout : Ma foi, crénom d'un cœur. Autre fait cité par Trousseau: Madame B..., belle-mère d’un médecin très-recommandable, sans avoir jamais éprouvé d’accidents paralytiques, arriva assez rapidement à des troubles d’intelligence fort singuliers. Un visiteur entre chez elle ; elle se lève pour le recevoir avec un air de bienveillance, et lui montrant un fauteuil :

« Animal, f bête. » — « Madame vous invite à vous asseoir », dit

le gendre, qui interprète la volonté de la malade, si étrangement exprimée. Notons, en effet, que les actes de cette dame paraissaient assez sensés, et, ce qui n’est pas ordinaire chez les aphasiques, elle ne semblait pas s’impatienter et comprendre le sens des injures qu’elle disait.

ventriloquie — Certains individus, doués d’une grande souplesse de l’appareil phonateur, peuvent articuler des sons, la bouche restant immobile. Ils donnent à leur voix des inflexions et des intonations telles, que les sons vocaux semblent sortir d’un endroit éloigné. On leur a donné le nom de ventriloques (de venter , ventre; loqui , parler) ou encore celui d ' engastrimythes (lv, dans ; yacr^p, ventre ; jaüÔoç, parole), parce qu’on s’imaginait qu’ils parlaient du ventre. Hippocrate lui-même a commis cette erreur.

Cette illusion vocale est la conséquence de l’imperfection du sens de l’ouïe, qui ne peut apprécier ni la distance ni la direction du son, et tout l’art du ventriloque consiste, par une mise en scène habile, à attirer l’esprit du spectateur vers l’endroit d’où semble provenir le son modifié de sa voix.

La ventriloquie fut autrefois l’objet de plaisanteries et de supercheries sans nombre: les pythonisses, les oracles et les devins de l’antiquité n étaient parfois que des ventriloques de grande habileté. On

regardait alors les ventriloques comme des êtres surnaturels ; plus tard, au moyen âge, ils passaient pour sorciers et ils étaient brûlés vifs.

De nos jours, la ventriloquie n’est plus qu’un objet de curiosité et d’amusement. Le spectacle de « l’homme à la poupée » , dont l’invention est attribuée au baron de Mengen, a diverti et fait courir tout Paris. Mais il ne faut pas croire, comme l’a dit Bouillaud en pleine Académie des sciences, que le phonographe est une farce de ventriloque. Nous reviendrons d’ailleurs bientôt sur ce merveilleux instrument.

DËS DIFFERENTES SORTES DE LAMGAGE. — L’homme a reÇU

de la nature plusieurs moyens d’exprimer sa pensée : la voix, le geste, la physionomie, qui constituent le langage phonétique et le langage mimique ; pour fixer l’expression de la pensée, il a trouvé l’écriture, ou langage graphique .

1° langage graphique. — Il consiste en deux procédés, appliqués tantôt séparément, tantôt tous deux ensemble : Vidéo graphisme ou peinture des idées, et le phonétisme ou peinture des sons. On a d’abord représenté les idées directement, par figure des objets euxmêmes, puis symboliquement par reproduction d’un objet matériel ou d’une figure convenue pour rendre une idée abstraite.

Ce n’est que plus tard qu’on a trouvé le procédé appelé phonétisme : et dans ce second système, on a encore représenté les sons de deux manières : ou par syllabes, en exprimant d’un seul signe un ensemble formé d’une ou plusieurs consonnes et d’une voyelle ; ou par caractères alphabétiques, représentant chacun une seule consonne ou une seule voyelle. Tous les systèmes d’écritures ont commencé par l’idéographisme et ne sont arrivés que très-tard au phonétisme.

Lorsqu’on veut exprimer l’objet par la peinture de l’objet même, le soleil par un disque, la lune par un croissant, on ne peut rendre qu’un certain nombre d’idées toutes matérielles. Pour enrichir les moyens ' d’expression, on a recours aux symboles, soit en peignant la partie pour le tout, la prunelle pour l’œil, soit en peignant la cause pour l’effet, l’effet pour la cause, ou l’instrument pour l’œuvre à accomplir, le disque solaire pour le jour ; on a recours aussi aux métaphores, ea peignant un objet qui a quelque ressemblance réelle ou supposée avec l’idée de l’objet exprimé, les parties antérieures du lion pour l’idée de priorité ; enfin on a recours aux énigmes, en figurant l’image d’un objet qui n’a que des rapports fictifs avec l’objet de l’idée à noter : un épervier sur un perchoir, pour l’idée de Dieu.

Les inconvénients d’un système aussi incomplet ont forcé de joindre la peinture des sons à la peinture des idées. « Bien que, dit l’auteur de l 'Histoire ancienne des peuples de V Orient, M. Maspéro, les

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symboles d’idées ne représentent aucun son, celui qui les lisait était obligé de les traduire par le mot attaché dans la langue parlée à l’expression de la même idée. Au bout d’un certain temps, ils éveillèrent dans l’esprit de ceux qui les voyaient tracés, en même temps qu’une idée, le mot ou les mots de cette idée, partant une prononciation : on s’habitua à retrouver sous chaque figure et sous chaque symbole une ou plusieurs prononciations fixes et habituelles, qui firent oublier au lecteur la valeur purement idéographique des signes pour ne produire sur lui que l’impression d’un ou de plusieurs sons.

Le phonétisme commença par rébus : on prit les images, en négligeant les idées, pour représenter le son propre à leur sens premier ; et l’on peignit de la même manière des mots semblables de son, bien que divers de sens dans la langue parlée. Mais le système de rébus étant encore bien incomplet, on choisit, ajoute M. Maspéro, un certain nombre de caractères auxquels on attribua non plus la valeur phonétique qui résultait du son de toutes les syllabes, mais celle qui résultait du son de la syllabe initiale. On parvint de la sorte à former des systèmes d’écriture ou tous les caractères idéographiques à l’origine ne représentaient plus à l’ordinaire que des syllabes simples ou complexes. »

On attribue l’invention de l’écriture tantôt à l’Égypte, tantôt à la Chine, tantôt à la Grèce, tantôt enfin à la Phénicie, ainsi que l’indique Brébeuf dans ce passage de sa Pharsale :

C’est de là que nous vient c’est art ingénieux De peindre la parole et de parler aux yeux,

Et par des traits divers de figures tracées.

Donner de la couleur et du corps aux pensées.

L’écriture des individus est aussi variée que l’intoilation de leur voix ; et de même que celle-ci peut fournir des renseignements plus ou moins justes sur les qualités psychiques, de même on a prétendu qu’il était possible de reconnaître le caractère d’une personne par l’examen attentif de son écriture courante. Il est facile en effet, de distinguer l’écriture d’une femme, d’un homme, d’un enfant, d’un adulte ou d’un vieillard. Toutes les écritures de la main gauche se ressemblent.

Le style, c’est-à-dire la manière dont les pensées sont exprimées par écrit, reflète plus fidèlement le caractère des individus que ne le fait l’écriture proprement dite ; de là le mot bien connu de Bulïon : « Le style , c’est l’homme même* » J

Certaines personnes parviennent à donner à leur écriture une perfection tout artistique qui constitue la calligraphie. D’autres arrivent à un degré de finesse vraiment prodigieux. Cicéron, raconte Pline, avait

vu 1 Iliade écrite sur un parchemin qui pouvait tenir dans une coquille de noix. Les Maximes de La Rochefoucauld ont pu être publiées en caractères presque microscopiques dans un petit volume de un pouce carré.

DE LA sténoghaphie. — La sténographie est l’art d’écrire aussi vite que la parole, à l’aide de quatre signes très-simples: le point, la ligne droite, l’arc de cercle et la boucle, qui sont combines entre eux de façon à former des caractères abrégés et conventionnels. Cet art était déjà connu des Grecs et des Romains. Chez ces derniers, on donnait aux sténographes le nom de cursores ou coureurs. «Quelle que soit la rapidité des paroles, dit Martial, la main de ces scribes sera encore plus prompte ; à peine votre langue finit-elle de parler, que la

main a déjà tout écrit. » . .

La méthode de sténographie la plus ancienne, dont 1 histoire nous ait conservé le souvenir, est celle de Tiron, affranchi de Cicéron, chargé de recueillir les discours du grand orateur.

2° langage mimique. — Le geste est un mode d expression Lien inférieur à la parole. Tacite raconte cependant que Roscius traduisait

Fig. 180. — Alphabet manuel à l’usage des sourds-muets, par l’abbé de l’Epée.

avec tant de perfection en langage mimé les discours de Cicéron, qu’il était compris de tous.

Sophron a, le premier, composé un drame muet dit pantomime , que Facteur interprétait par gestes, avec des jeux de physionomie vari s et des attitudes diverses, sans faire usage de la parole. A Rome, c es

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le poète Livius Andronicus qui donna naissance au mime. A force de de jouer ses pièces, il s’était fatigué la voix : il continua cependant de paraître sur la scène ; mais un jeune esclave récitait les vers derrière le théâtre, tandis que Livius Andronicus faisait les gestes pour le public. De nos jours , la pantomime a été continuée par Paul Legrand et Debureau.

On sait que les sourds-muets, grâce à l’abbé de l’Épée, ont un langage mimique (fig. 180) qui est l’équivalent de la parole. On leur apprend encore à parler en articulant les mots avec la bouche et en les faisant lire, pour ainsi dire, sur les lèvres.

30 laxgage phonétique. — Le langage phonétique se compose de phrases formées d’un certain nombre de mots qui résultent eux-mêmes de l’assemblage de plusieurs syllabes. Chaque syllabe est constituée par la combinaison de certains signes sonores appelés voyelles , qui expriment les « voix » , et consonnes , qui « sonnent » avec les voyelles et ne font que marquer les diverses articulations des voix.

A. des voyelles. — Les voyelles sont, on le sait, au nombre de cinq: a, e , i, 0, u ; elles sont produites dans le larynx et sont renforcées par le tuyau vocal. C’est surtout au niveau de la bouche que s’opère le renforcement, ainsi que le fait justement remarquer le maître de philosophie de M. Jourdain:

« La voix A, dit-il, se forme en ouvrant fort la bouche, A....

» La voix E se forme en rapprochant la mâchoire d’en bas de celle d’en haut, A, E....

» Et la voix 1, en rapprochant encore davantage les mâchoires l’une de l’autre, et écartant les deux coins de la bouche vers les oreilles, A, E, L...

» La voix O se forme en ouvrant les mâchoires, et rapprochant les lèvres par les deux coins, le haut et le bas, 0.... L’ouverture de la bouche fait justement comme un petit rond qui représente un 0...

» La voix U se forme en rapprochant les dents sans les joindre entièrement, et allongeant les deux lèvres en dehors, les approchant aussi l’une de l’autre sans les joindre tout à fait, U... Yos deux lèvres s’allongent comme si vous faisiez la moue : d’où vient que si vous la voulez faire à quelqu’un et vous moquer de lui, vous ne sauriez lui dire que U... » (Molière, Bourgeois gentilhomme , acte I, scène iv.)

Au moment de l’émission des voyelles, l’air ne passe pas par les fosses nasales, comme on peut s’en assurer à l’aide d’un miroir placé devant les narines : ce miroir ne sera pas terni ; mais si l’on ouvre cette communication, le timbre change aussitôt et on obtient les voyelles nasales : an, en, on, un.

On a prétendu que les cinq voyelles étaient la langue du rire ; que

l’homme riait en A, la femme en E, la dévote en 1, le paysan en G, et la vieille femme en U. D’après l’abbé Damascène, les phlegmatiques rient en A, les bilieux en E, les mélancoliques en I, et les sanguins en 0.

B. ms consonnes. — Les consonnes représentent la charpente

du mot; elles ne peuvent être émises sans l’adjonction d’une voyelle; c’est du reste à cette particularité qu’elles doivent leur nom, des deux mots latins cum, avec, et sonans , qui sonne.

Elles sont au nombre de vingt. Toutes se produisent dans le tuyau vocal à la suite d’un rétrécissement subit d’une de ses parties: le son laryngé n’est que secondaire et ne sert que comme moyen de renforcement. Le siège de cette occlusion varie pour chacune des consonnes : à l’orifice des lèvres, il produit les labiales B, F, P, V ; à la partie antérieure de la bouche, les linguales ou dento-linguales G, D, L, S, T, Z ; enfin, si le rétrécissement existe dans la région du gosier, on obtient les gutturales ou palatales GH, G, J, K, R.

Les consonnes M et N peuvent être considérées comme les intermédiaires entre les voyelles et les consonnes. Après les voyelles, ce sont elles que l’enfant apprend le plus vite à bégayer ; puis viennent les consonnes labiales, les linguales et enfin les gutturales. La consonne R est celle que l’enfant prononce en dernier lieu.

Les consonnes M, N sont dites nasales parce que l’intégrité des fosses nasales est nécessaire pour leur émission ; aussi quand ces cavités sont obstruées soit par la présence d’un polype, soit encore par le simple gonflement de la muqueuse, comme dans le coryza, ces consonnes ne peuvent plus être émises avec netteté, et on les remplace par les lettres B et D : non devient don , et enrhumé , enrhubé.

Toutes les consonnes peuvent être prononcées dans le chuchotement à l’exception de J, Y, Z, pour lesquelles l’intervention de la voix est indispensable. Si, en effet, on essaye de prononcer ces dernières en chuchotant, on dit alors, comme les Allemands, CH pour J, F pour V, S pour Z. J3aime devient chaime , ou voulez-vous , foulez-fous , zèle, sèle.

vices ï>e la. — Les vices de la parole sont caracté-

risés par l’impossibilité ou la difficulté de prononcer certaines lettres de l’alphabet. On distingue , entre autres troubles phonétiques : le grasseyement, le lambdacisme, le mogilalisme, Yiotacisme, le biaisement, le zézayement, le bredouillement, Yhottentotisme et le bêgayement.

1° Le grasseyement consiste à prononcer la lettre R, soit en y substituant la lettre L, soit en la supprimant, comme le faisaient les muscadins de la Révolution qui disaient, par exemple, mapaole d'honneiL Ce vice de langage est fréquent chez les Parisiens; c’est ce quon

1)E la phonation.

exprime en disant qu’ils parlent « gras ». Les méridionaux, à l’exception toutefois des Marseillais, grasseyent rarement.

2° Le lambdacisme ou lallation est la difficulté de prononcer la lettre L; il paraît que les Japonais ont cette habitude : il disent Hovrancle pour Hollande.

o° Le mogiiaiisme est une sorte de bégayement général qui s’exagèrf dans la prononciation des labiales P, B. Il s’observe surtout chez les personnes affectées de bec-de-lièvre. Si ce vice de conformation est compliqué de la perforation de la voûte palatine, la difficulté de prononciation s étend au J et au G doux et donne lieu à Yiotacisme .

4° Le zezayement ou biaisement consiste à prononcer les S comme les Z, les T comme des D. Les personnes qui zézayent remplacent encore le J ou G doux et quelquefois le GH par le Z ; elles disent zar dîner pour jardiner, manzer pour manger , zarmant pour charmant.

Le vice d’articulation est familier aux enfants. Il vient encore de l’habitude de parler italien ; les petites maîtresses du temps de Coudé affectaient ce langage enfantin. Les personnes qui zézayent permettent a la langue de dépasser les dents quand elles prononcent l’S,ce qui leur donne un certain air de niaiserie. «En voici, dit M.Legouvé dans Y Art de la lecture, une preuve curieuse : M. Regnier delà Comédie française était jeune ; il fut chargé d’un rôle de niais ; il ne savait comment exprimer ce caractère ; le hasard le conduit chez un marchand où se trouvait un acheteur qui biaisait ; les commis eux-mêmes souriaient en l’ecoutant. « Je tiens mon rôle, se dit M. Regnier, cet homme a l’air d un imbécile, je n’ai qu’à l’imiter » .

Pour corriger ce vice de prononciation il faut s’exercer à prononcer es S, en appuyant fortement la pointe de la langue sur la partie postérieure des incisives.

0° Le bredouillement est l’articulation confuse et trop précipitée des mots; il est l’exagération du balbutiement des enfants qui commencent à parler, ou des vieillards édentés.

, , . Le ,,OMe“*°«sme est une parole enrouée et gutturale comparable la langue confuse que parlent les Hottentots et les goitreux des Alpes.

7° Enfin, le bégaiement est produit parla difficulté d’articuler certames consonnes, telles que G, K, L, T.

nÈGCTEs Célèbre». Au contraire de la imn m* 6 payement est souvent héréditaire. La cause de cette pertection de langage n’est pas encore bien définie; elle semble liée r lnnerva!ion des muscles de la langue plutôt qu’à leur mode de cont0n’ *ÎUSS1 Persiste-t-elle le plus souvent après la section des es ^emo-glosses(C, fig. 180 bis) à leur attache au maxillaire infé-

rieur. Du reste, cette opération, qui eut un moment de vogue, est complètement abandonnée aujourd’hui.

Plusieurs méthodes orthophoniques ont été préconisées pour la cure du bégayement ; elles sont toutes fondées sur la gymnastique raisonnée et soutenue de la prononciation ; certains procédés tels que ceux de Malebouche, Colombat, Leigh, Itard, etc., font intervenir l’usage d’un

Fi». 180 bis. — Opération pour le bégayement.

A, Indicatenr de la main gauche. — B, Bistouri introduit entre les muscles génio-glosses, jusque sous la muqueuse buccale. — C, Muscle génio-glosse. — D, Muscle génio-hyoïdien. . — E, Couche de tissu cellulaire. — F, Ventre antérieur du muscle digastrique. — G, Section du maxillaire inférieur sur la ligne médiane.

agent mécanique particulier comme la fourchette 9 le brise-langue , etc., dont le but est de borner les mouvements de la langue. L’écuelle d’Ambroise Paré, que nous avons citée plus haut, se rapproche de ce mode de traitement. Déjà Démosthène avait cherché à se défaire de son bégayement en parlant à haute voix sur le bord de la mer et la bouche remplie de petits cailloux. Mais, il faut bien le reconnaître, le bégayement est le plus souvent rebelle à tout traitement ; il peut subir des atténuations passagères, des aiiermittences d’une durée plus ou moins longue ; il ne se guérit jamais réellement. « Certains spécialistes, raconte M. Legouvé, ont fait afficher dans les journaux le nombre de leurs cures merveilleuses. Voici un fait dont j’ai été le témoin. J’assistai un jour, dans ma jeunesse, à un bal donné chez un médecin célèbre par cette spécialité, et qui a rendu de très-grands services à l’art de la parole, par ses travaux théoriques. Je me trouve en face d’un de mes anciens camarades de collège.

DE LA PHONATION. 245

— Ah ! ah ( c’est toi... me dit-il ! Te te... ra... ra... ra... rappellestu comme je bé... bé... bé... gayais au collège ?

— Oui.

— Eh bien... je suis venu... trouver M. Go... co... co... lombat (c’était notre amphitryon) et depuis ce moment je suis tout à fait gué... gué... gué... ri t

Ce souvenir, conclut M. Legouvé, m’a toujours rendu un peu incrédule à l’endroit des bégayeurs qui ne bégayent plus. »

Parmi les personnages historiques qui étaient bègues, nous citerons Moïse ; Démosthènes ; Claude ; Aristote, dont les disciples se plaisaient à imiter le vice de langage ; Louis III, dit le Bègue ; Louis XIII, et son garde des sceaux Caumartin; le poète Malherbe; Camille Desmoulins, chez lequel ce défaut était presque un charme ; Boissy d’Anglas que l’on appelait l’orateur Babebibobu ; le médecin poète Darvin et le peintre David.

En France, il y a un bègue par 1000 habitants. Le département qui en possède le plus est celui des Bouches-du-Rhône ; il y a 153 bègues sur 10,000 conscrits. La Gironde en compte aussi beaucoup et cependant, c’est peut-être la contrée la plus féconde en grands orateurs.

Le bégayement débute vers l’âge de cinq ans et s’affaiblit chez le vieillard ; il est toujours plus accusé le matin que dans la journée, et il disparaît quand on chante.

Colombat raconte à ce propos l’histoire suivante qui démontre l’influence du rhythme sur le bégayement : « Un jeune homme qui était chargé d’adapter à une pièce de vin un robinet trop étroit vit le liquide s’échapper à flots, et sortit précipitamment pour appeler à l’aide. Mais il était bègue. Dans son trouble, il ne put expliquer l’accident à son père. Celui-ci, voyant ses efforts infructueux, lui dit : Puisque tu ne peux pas parler , eh bien! chante! Alors le garçon entama, en patois, un air de complainte : Papa3 le tonneau coule ! »

La timidité, l’impatience, la colère et toutes les émotions morales augmentent chez les bègues la difficulté de parler. Bien que le système nerveux soit plus impressionnable chez les femmes que chez les hommes, les premières sont rarement atteintes de ce vice de prononciation. J.- J. Rousseau a donné de ce fait une explication originale, mais insuffisante selon nous : « Les femmes , dit-il , ont la langue flexible, parlent plus agréablement que les hommes, parce que la paro^ A pour elles l’instrument le plus utile et le plus indispensable à leur bonheur ; et la nature, par une juste compensation des maux qu’elle leur impose, n’a pas voulu les priver de l’arme la plus puissante dont elles puissent faire usage. »

okigiive i>u la.twga.ge. — La question de l’origine du langage est plutôt du domaine de la philosophie que de celui de la physiologie.

Mais une étude sur la parole serait incomplète si nous ne cherchions pas d’où vient le langage et comment il s’est formé.

Lorsqu’on se demande quelle est l’origine de la parole, il ne s’agit pas d’expliquer comment les langues modernes ont été perfectionnées et enrichies par les siècles ; ce n’est pas lorsque l’intelligence humaine est encore dans l’enfance, qu’on peut lui demander l’explication de ce qui est l’œuvre de l’humanité adulte et civilisée. Pour retrouver le langage à ses débuts, retranchons des langues, telles que nous les parlons aujourd’hui, tout ce qui est addition successive, tout ce qui s’explique naturellement par les progrès de la pensée et de la réflexion. Cherchons comment ont pu se former les quatre ou cinq cents racines qui sont l’élément constitutif de toutes les familles de langue.

Nous ne ferons que mentionner la théorie de M. de Bonald, pour qui le langage n’est qu’une révélation divine, et celle de MM. Renan et Max Muller qui l’expliquent par une révélation naturelle. Cette explication du langage n’est généralement plus admise aujourd’hui.

Maine de Biran a proposé une théorie plus juste, qui a été reprise par M. Albert Lemoine. Pour eux, l’homme est arrivé à se faire luimême sa langue, et l’observation le démontre chaque jour : si l’enfant souffre, fatalement il pousse un cri. Dans ces cris instinctifs, dans ces vagissements, la nourrice démêle déjà les signes de chaque espèce d’affection ; toutefois ce ne sont pas encore des signes pour l’enfant, tant qu’il ne les emploie pas volontairement. Mais il ne tarde pas à remarquer l’empressement de la nourrice à ses moindres mouvements ; et, dès lors, il pousse des cris sans douleur, pour s’attirer les caresses auxquelles il est habitué. La volonté s’emparant des premiers sons de la voix pour manifester des besoins réels ou simulés, telle est l’origine du langage. Dans ce premier bégayement de l’enfant, encore informe, l’oreille, cependant, distingue déjà des voyelles et des consonnes; et c’est de là que sortiront, avec le temps, d’abord de simples racines, puis peu à peu tous les éléments de la langue. De ce premier langage, modifié par les mouvements involontaires des joues, de la langue et des lèvres, naîtront, avec le concours de la volonté, les mots d’une langue. Ces mots eux-mêmes, enchaînés les uns aux autres, suivront les lois de la pensée, et la langue complète sera formée. C’est exactement ce que nous observons pour le langage des sourds-muets. Des deux parts, la matière est donnée par la nature : ici le geste, là le son. Or les sourds-muets réunis en société, en enrichissant le langage naturel des gestes, le transforment peu à peu en une langue qui permet de tout exprimer. De même pour le son : le langage naturel de la voix se complète, s’enrichit peu à peu et devient, par suite de transformations successives, ce qu’on appelle la parole.

On conçoit ainsi comment le langage peut commencer à naître dans

DE LA PHONATION

une famille ou dans une petite société. Chaque nouvel enfant de cette famille a son langage primitif qu’il entend et qui est entendu, répété par les parents dont l’enfant imite bientôt à son tour la voix et les inflexions. Si les individus n’ont qu’à se communiquer des affections, des besoins sensitifs, le langage doit se renfermer dans le cercle des besoins et objets sensibles. C’est la langue des peuplades sauvages, qui, pour être bornée, n’en est pas moins expressive et pleine d’idées. Une fois formée, elle suivra naturellement les progrès de la pensée et de la civilisation.

Ainsi, comme le dit très-bien J. -J. Rousseau, « l’enfant ayant tous ses besoins à expliquer et par conséquent plus de choses à dire à la mère que la mère à l’enfant, c’est lui qui doit faire les plus grands frais de l’invention et la langue qu’il emploie doit être en grande partie son propre ouvrage. » L’enfant n’apprend donc pas les premiers mots de la bouche de sa mère ; c’est lui qui donne la première leçon, c’est elle qui la reçoit.

« Qui donc, dit M. Albert Lemoine, n’a pas entendu raconter à sa mère, s’il a eu le bonheur de la connaître et d’écouter d’elle l’histoire de son enfance, qu’il désignait telle chose par tel nom, tel autre objet par telle autre articulation n’ayant aucun rapport avec le terme de la langue vulgaire ? Aussi chaque père ou mère pourrait-il dresser le vocabulaire enfantin de chacun des siens et reconnaître que la langue à l’usage des enfants a changé dans sa famille autant de fois qu’elle a compté de nouveaux membres ; que cette langue, inintelligible pour les étrangers, les grands l’on reçue du plus petit, et ont commencé à la parler pour lui enseigner, grâce à elle, à parler la leur. » Dans certains villages de l’Afrique, raconte le voyageur Robert Moffat, les jeunes enfants sont laissés seuls à la garde des vieillards, pendant que la population valide fait des expéditions lointaines. Durant ces quelques semaines qu’ils restent isolés, ces enfants se créent des mots nouveaux, et au bout de quelques générations le vocabulaire est ainsi complètement changé.

Le langage n’est donc pas naturel, si l’on entend par là que l’homme naît parlant comme il naît pensant, et qu’il reçoit de la nature, en un instant et sans aucun effort de sa part, tous les mots dont il a besoin. Le langage n’est pas non plus artificiel, si l’on veut dire que les hommes se sont assemblés un certain jour, en un certain lieu, pour convenir d’employer un certain signe, comme cela a lieu pour l’algèbre ou pour la chimie. Le langage est à la fois naturel et artificiel : naturel, car c’est la nature qui fournit la matière première du langage; artificiel, car l’intelligence et l’industrie humaines travaillent sur ces éléments primitifs, les modifient et en font les langues que nous parlons aujourd’hui.

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