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RAPPORT ENTRE LA DURÉE DE LA VIE EX LA CROISSANCE

de la taille. — Buffon et Haller ont posé en principe que la durée de la vie peut en quelque sorte se déduire de celle de la croissance. Ainsi le bœuf atteint son complet développement en deux ans et ne vit qu’une quinzaine d’années ; le cheval, qui cesse de croître à cinq

ans, vit une vingtaine d’années ; l’éléphant, qui n’a pas encore terminé sa croissance à vingt-cinq ans, vit un siècle.

L’homme, par le temps qu’il met à atteindre son complet développement, se rapproche de ce dernier pachyderme et, comme lui, sa vie, supposée à l’abri d’accidents, devrait s’étendre jusqu’à cent ans : il est, en effet, démontré, comme l’a fort bien établi Sénèque, que l’homme ne meurt pas, mais se tue.

variations slivaxt les sexes; — La statu re de la femme atteint son maximum de développement vers vingt-cinq ans ; elle est donc stationnaire, alors que celle de l’homme continue àgrandir.Cette circonstance explique l’infériorité de la taille de la femme sur celle de l’homme. La femme est ordinairement plus petite que l’homme de la moitié de la tête.

Dans le bas-àge, les deux sexes suivent sensiblement les mêmes lois de croissance ; aussi est-il souvent difficile de distinguer, par la taille, le sexe d’enfants qui portent le même costume. Pour reconnaître Achille, mêlé aux filles de Lycomède, Ulysse préféra s’en rapporter aux goûts plutôt qu’aux apparences ; il mit des armes parmi les bijoux et ies futilités qu’il leur offrait.

LA TAILLE DE L’ESIPÈCE HUMAINE EST-ELLE EX DÉCA- DENCE ? — La plupart des auteurs ont résolu cette question par Faffirmative. Pour mieux appuyer leur dire, des savants ont cherché à établir la taille de nos premiers parents : l’académicien Henrion, par exemple, a trouvé que celle d’Adam mesurait cent vingt -trois pieds ; celle de Noé cent trois ; celle d’ Abraham vingt-sept, etc. Or tous les statisciens sérieux qui, depuis, se sont livrés à la même recherche, au lieu d’accuser une diminution de stature de l’espèce humaine, affirment, au contraire, avec G. Planche que depuis vingt-deux siècles l’homme, de la plante des pieds au sommet du front, compte sept têtes et demie et que les dimensions des têtes anciennes sont sensiblement égales à celles des têtes modernes. Victor Meunier, dans la Science et les savants, établit le même principe : Les armures des guerriers gaulois, grecs, assyriens, écrit-il, sont sous nos yeux dans les Musées. On les croirait modelés sur le torse des hommes de nos jours. Les découvertes de M. Schliemann, en Troade, démontrent qu’Achille, Ajax et Priam n’étaient pas plus grands qu’un fantassin du 101e ; les momies égyptiennes, vieilles de 4000 ans, passeraient à peine sous la toise des conseils de révision. Enfin l’homme fossile, dont on ne saurait faire remonter à moins de 10,000 ans l’antiquité, désormais bien établie, a la tête et les membres en tout pareils aux nôtres.

La taille n’a donc pas varié, et si en France les dernières lois sur le recrutement militaire ont baissé le minimum de la taille, c’est

EN GÉNÉRAL

qu’on a voulu atteindre un plus grand nombre de recrues. Voici le tableau de la taille minimum exigée de nos jours dans les différentes armes :

Cuiraçsiers im66

Artillerie, génie * 66

Pontonniers, train d’artillerie 1 64

Train des équipages 1 62

Dracons 1 60

Spahis 1 56

Chasseurs d’Afrique 1 54

Chasseurs, hussards, cavalerie de remonte, ouvriers d’artillerie, artificiers, infirmiers. 1 S4

Infanterie de ligne, zouaves, chasseurs à pied 1 5

Les armuriers, tailleurs, cordonniers sont reçus à la taille de lm64 pour les cuirassiers ; lm62 pour le génie ; lra58 pour les dragons et le train des équipages.

RAPPORTS DE LA TAILLE ET DE L’INTELLIGENCE. — Il

semble que la nature, dans la répartition de ses dons, ait procédé par système de compensation. Les fleurs qui exhalent les plus doux parfums ne sont pas souvent/ celles qui offrent aux yeux les couleurs les plus éclatantes ; et les plus grands esprits n’habitent pas toujours un corps sans défaut : Esope, Pope, Oberkamps, le maréchal de Luxembourg étaient bossus ; Tyrtée, Shakespeare, lord Byron, Walter Scott, Tamerlan, Benjamin Constant étaient boiteux, et Scarron comparaît son corps contrefait à un Z. On sait, comme d’observation journalière, que les bossus sont rarement des sots et que, de tout temps, les hommes de petite stature ont été les mieux doués sous le rapport des facultés intellectuelles. Virgile en fait déjà la remarque dans ce vers :

Ingentes animes angusto corpore versant,

(Ils portent dans un petit corps un esprit supérieur) et V. Hugo, en parlant de Charlemagne, dit qu’il était « un de ces très-rares grands hommes qui sont aussi des hommes grands ». Le Prussien Quade à fait paraître à Greifswalde, en 1786, un ouvrage curieux sur ce sujet, intitulé : De vins statura parvis et eruditione magnis , (sur les hommes petits par la taille et grands par la science).

La liste est longue des personnages de petite taille célèbres à des titres divers ; nous ne mentionnerons que les principaux (1) : David le vainqueur de Goliath ; Alexandre le Grand ; l’acteur Molone, qui

(I) Consulter, pour plus de détails, Les Curiosités biographiques, p. 23.

couchait dans une peau de chat disposée en hamac ; le philosophe Alypius d’Alexandrie, qui remerciait Dieu de n’avoir pas chargé son âme d’une plus grande masse de matière corruptible ; Attila ; Grégoire de Tours ; Pépin le Bref ; Philippe Auguste ; Albert le Grand, à qui le pape ordonna plusieurs fois de se lever, le croyant encore à genoux devant lui ; le roi de Pologne Yladislas IY, dit Lokiekek (pas plus haut qu’une aune) ; Erasme ; Cujas ; le pape Jean XXII ; le prince Eugène; Marie-Thérèse ; Hoffmann ; l’Italien Apostoli, envoyé de la république de Saint-Marin auprès de la République française et qui se mettait en colère chaque fois qu’on lui répétait qu’il était de la taille de son pays; Napoléon Ier et son historien Thiers.

taillesexceptioxrîelles- - La taille de l’homme peut offrir des écarts considérables par suite d’une anomalie de son évolution ; chez les géants elle est de beaucoup supérieure à la moyenne ; chez les nains elle est, au contraire, beaucoup inférieure.

1° géants. — Parmi les géants authentiques qui ont vécu de nos jours, nous citerons le Finlandais Caianus, haut de 2m,83 ; le Kalmouck Margrath, qui mesurait 3m,53 et dont les os sont conservés dans les vitrines du musée Orfila ; enfin, le Portugais Luengo y Capilla qui avait une stature de 2m,30 et portait des chaussures de 65 cent, de long. Pour le fameux roi des Gimbres, Teutobochus, auquel on attribuait une hauteur de trente pieds, Cuvier a démontré que les ossements trouvés dans son tombeau provenaient d’un mammifère antédiluvien de l’espèce des mastodontes.

Malgré la croyance populaire, les peuples de géants et de nains n’ont jamais existé : les Myrmidons et les Pygmées des temps fabuleux sont aussi imaginaires que les Spilhamiens de Pline, les Quinios de Commerson et les Lilliputiens de Swift.

2° malins. — Les monarques et grands seigneurs de tous les temps ont montré pour les nains un véritable engouement ; et cependant, à quelques exceptions près, ces êtres rachitiques ne sont pas seulement difformes de corps, mais ils ont une intelligence bornée et sont décrépits de bonne heure.

Au nombre des nains célèbres nous trouvons, dans l’antiquité : Carachus, conseiller intime du grand Saladin, que ce sultan cachait dans ses larges manches pour le consulter secrètement en public ; Philetas, le protégé d’Aspasie, auquel i \ coup de vent cassa une jambe et qui, par la suite, porta des semelles de plomb pour éviter un semblable accident ; le nain de Tibère qui ne craignait pas de dire à cet horrible prince les plus dures vérités ; celui de Domitien que ce monstre fit mettre à mort pour son imprudente réponse : « N’y a-t-il

EN GÉNÉRAL

personne avec l’empereur, lui demandait Vibius Priscus » — « Non, pas même une mouche » répondit le nain, faisant allusion à l’habitude qu’avait son maître, de s’enfermer une partie de la journée pour enfiler des mouches avec un poinçon d’or ; Lucius, le favori d’Auguste qui lui fit élever après sa mort une statue en marbre dont les yeux étaient faits de deux gros diamants : comme ce nain avait une belle et forte voix, l’empereur imagina de lui faire chanter plusieurs hymnes blotti dans le casque gigantesque d’un prisonnier gaulois que celui-ci vint déposer au milieu du cirque à côté de son épée fichée en terre ; Gunopas et Andromède qui montaient sur deux petites échelles pour présider à la toilette de leur maîtresse, Julie fille d’Auguste.

Dans les temps modernes, nous citerons :

Le nain que Marie de Médicis avait adopté, alors qu’elle était toutepuissante, et qui la suivit dans son exil à Cologne ; Corneille de Lithuanie, le nain et le confident de Charles-Quint ; le nain de François Ier, nommé Grandjean par ironie ; Barwilowski, attaché à la comtesse Humieszka, était, par exception, un gentilhomme bien proportionné et très-intelligent, sa taille ne dépassait pas 76 centimètres; Jeffery Hugdson, nain de la duchesse de Buckingham, était encore plus petit, il n’avait que 56 centimètres de hauteur : sa maîtresse l’offrit, enfermé dans un pâté, à la reine Henriette-Marie, femme de Charles Ier d’Angleterre ; Nicolas Ferry, plus connu sous le sobriquet de Bébé, était le nain de Stanislas Leczynski, roi de Pologne ; il ne mesurait que 89 centimètres : un sabot lui servit, dit-on, de berceau. Son épouse, Thérèse Sauvray, était de la même taille que lui. Bébé ne put jamais apprendre à lire, et son nom lui vint de ce qu’il ne fit entendre que la syllabe B pendant ses premières années. Il mourut de vieillesse à vingt-cinq ans. Son squelette est au Muséum du Jardin des Plantes et son mannequin au musée Orfila.

Nous terminerons cette longue énumération par les nains contemporains les plus connus :

Le prince Colibri que l’on voyait souvent aux Champs-Élysées conduire un superbe attelage de poneys nains ; Tom Pouce, qui joua au théâtre des Variétés le rôle du petit Poucet et qui s’était réfugié, un jour, dans le manchon de Fanny Elssler ; enfin, le commodore Morrison Nutt dont la taille mesurait 30 pouces à 16 ans, lorsque Barnum vint l’engager chez ses parents, en 1860 ; mais avec les années il grandit un peu et* à sa mort, il avait 3 pieds 7 pouces.

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