III. — Poids du corps
Les variations que le corps éprouve dans son poids sont subordonnées à celles que la nutrition fait subir aux différents tissus de l’organisme.
Les tissus osseux, musculaire et celluleux sont ceux qui, soit par excès, soit par défaut, ont la plus grande influence sur le volume et, par suite, sur le poids du corps. C’est ainsi que le développement exagéré des os produit les géants ; celui des muscles, les athlètes et celui de la graisse, les obèses. Lorsque ces trois tissus sont répartis dans de justes proportions, le corps présente un volume et un poids ordinaires.
poids normal. — L’enfant, à la naissance, pèse en moyenne 3k*, 20 ; quelquefois plus, souvent moins. Il faut donc se tenir en garde contre les poids exceptionnels que l’on attribue fréquemment aux nouveau-nés.
Jusqu’à l’àge de six mois, l’enfant doit augmenter de 20 à 30 grammes par jour. Si, pendant un certain temps, le poids de l’enfant diminue ou reste stationnaire, on est en droit de conclure qu’il existe un vice dans l’alimentation. C’est en se fondant sur ces données que l’on peut considérer la balance comme un juge infaillible de la qualité d’une nourrice.
A un an, les enfants pèsent trois fois plus qu’à leur naissance ; à six ans, six fois plus, et à treize ans, douze fois plus. Le poids de l’homme va en augmentant juqu’à quarante ans, à cet âge il atteint son maximum fixé à cent vingt-sept livres ; il reste stationnaire jusqu’à cinquante ans, pour diminuer insensiblement à partir de cette époque.
s^oiDs B:xciiprioxi\KL8 — Le tissu graisseux est celui qui exerce l’influence la plus directe sur le volume du corps. S’il acquiert un développement considérable, son augmentation produit l 'obésité ; si, au contraire, il tend à disparaître, son absence détermine la maigreur. Ces deux états sont donc les limites extrêmes dans lesquelles doivent être comprises toutes les variétés individuelles que présente le poids du corps.
1° obésité. — Nous verrons bientôt que la richesse graisseuse résulte d’un défaut d’équilibre entre les dépenses et les recettes de l’économie au profit de ces dernières ; ce qui revient à dire que l’obésité est la conséquence de l’oisiveté et de la bonne chère : deux conditions qui se trouvaient autrefois réunies dans la vie monastique et qui expliquent l’embonpoint proverbiale des moines. On connaît le portrait que lit Boileau de ce prélat qui :
Muni d’un déjeuner,
Dormant d’un léger somme, attendant le dîner,
La jeunesse en sa fleur brille sur son visage,
Son menton sur son sein descend à triple étage,
EN GÉNÉRAL
Et son corps ramassé, dans sa courte grosseur.
Fait gémir les coussins sous sa molle épaisseur.
Parmi les personnages de l’antiquité qui, selon l’expression de Riquetti Mirabeau, ont été créés pour montrer, par V éloquence de la chair y combien la peau humaine peut s’étendre sans éclater, nous citerons :
Démétrius Polyorcète ; Epaminondas qui avait un ventre si volumineux que trois hommes avaient de la peine à l’embrasser ; Yitellius dont le règne de huit mois ne fut qu’une longue goinfrerie ; Denys, tyran d’Héraclée, et Marius, rival de Sylla. Ce dernier était devenu aussi large que haut ; et, comme le fait observer Brillat-Savarin, c’est peut-être cette énormité qui, à Minturnes, effraya le Gimbre chargé de le tuer. Quant à Denys, que le poète comique Ménandre qualifie de « gros cochon » dans une de ses pièces, il avait auprès de lui des esclaves chargés de le tirer de sa somnolence, en lui enfonçant de longues aiguilles dans la peau ou en couvrant son corps de sangsues. Athénée, dans le chapitre qu’il consacre aux obèses célèbres de son temps, parle encore de Ptolémée YI1 et de son fils Alexandre. « Ce dernier, dit-il, devint si gros, qu’à peine pouvait-il marcher sans être soutenu par deux personnes. Néanmoins, lorsqu’il s’agissait de danser aux repas, il s’élançait, sans chaussures, des lits fort élevés et exécutait les danses avec plus de vigueur et d’agilité que ceux qui en avaient l’habitude. » Néron peut aussi figurer sur la liste des monarques qui se sont fait remarquer par leur embonpoint : il avait, d’après Suétone, le ventre tombant, ventre projecto.
Au XIe siècle, la corpulence de Guillaume le Conquérant provoqua l’apostrophe bien connue de Philippe Ier : « Quand donc ce gros homme accouchera-t-il ? » Ce roi, qui plaisantait si agréablement l’obésité chez les autres, avait à ses côtés son fils, Louis VI, dont la rotondité lui avait valu, comme à Charles III, petit fils de Louis le Débonnaire, le surnom de « le Gros ».
Dans les temps modernes, nous nous contenterons de signaler Jean Sobieski, roi de Pologne ; le pape Alexandre V qui était obligé de garder le lit ; Louis XVIII, dont l’obésité fut telle sur la fin de ses jours, qu’il ne pouvait plus marcher ; enfin, le roi Frédéric Ier, de Wurtemberg, qui fut surnommé « l’Éléphant». Le duc d’York, son beau-frère, entrant chez le prince de Galles, paraissait très-fatigué : « N’en soyez pas surpris, dit-il en riant, je viens de faire le tour de Frédéric de Wurtemberg.» Ce monarque assista au mariage de Marie Louise ; et pendant longtemps on a pu voir à FHôtel-de-Ville l’échancrure que l’on fut obligé de pratiquer à la table du festin pour y loger son ventre.
D’autres illustrations se sont fait remarquer par leur embonpoint tels que le poète italien Bruni, le général Vivonne, le botaniste Dillenius, le physiologiste Haller.
Entre tous les peuples, les Orientaux, les Chinois et les Anglais se partagent le privilège de l’obésité. En Orient, les femmes surtout recherchent un embonpoint excessif comme la plus haute élégance. Il paraît que les jeunes filles de Tunisie, après leurs fiançailles, sont engraissées à la façon des volailles : on les enferme dans une pièce trèsétroite et on les gorge d’une graine appelée drough qui développe rapidement le système adipeux. Dans l’empire de la Chine et chez les peuples de race Anglo-Saxonne l’obésité paraît plutôt le privilège de l’homme.
Les Transactions philosophiques pour l’année 1746 parlent de deux frères anglais, dont l’un pesait quatre cent soixante-six livres et l’autre quatre cent quatre-vingts ; on raconte que ce dernier ayant un jour voulu monter à cheval écrasa sous sa charge le pauvre animal. Le docteur Coë rapporte le cas d’un Anglais, nommé Édouard Bright, qui pesait, à vingt-neuf ans, cinq cent quatre-vingt-seize livres ; sept personnes tenaient dans sa redingote boutonnée. Un autre Anglais, Sponer, pesait à l’àge de cinquante ans, six cent soixante-quinze livres: les parois de son ventre étaient si épaisses qu’ayant reçu un coup de couteau dans cette région, la lame, longue de cinq pouces, ne put atteindre les intestins. L’homme le plus gros que l’on ait observé jusqu’à ce jour, est encore un Anglais, de la principauté de Galles, Hopkens : il pesait neuf cent quatre-vingt-dix livres. Enfin David Hume, Samuel Johson, James Fox et le docteur Swift, illustres à des titres différents et remarquables par leur obésité, appartiennent aussi à la nation britannique.
Les Américains, grands amateurs de tous les genres d’excentricité ont, paraît-il, formé à New-York l’association des hommes gras ( fat merts club) dont les membres fêtent chaque année leur infirmité dans un banquet pantagruélique.
2° maigreur. — Cet état est le propre des tempéraments nerveux et bilieux ; il se manifeste dès que l’élément graisseux disparaît. Si à l’absence de cet élément se joint une atrophie plus ou moins considérable du tissu musculaire, la maigreur est portée à sa dernière limite, ainsi qu’on l’observe dans l’atrophie fibreuse des muscles et dans la paralysie dite progressive.
Comme type de maigreur exceptionnelle, on peut citer Claude Seurat qui se montra, en 1827, sous les noms de l 'homme squelette , l’homme anatomique. Il n’avait, en effet, comme le loup de la fable, que les os et la peau ; à l’àge de trente-quatre ans, il pesait quarante-trois livres. Voltaire qui parvint à un âge fort avancé était, à la fin de sa vie, d’une
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maigreur extrême, et l’on connaît l’épigramme que Piron fit à ce sujet :
Sur l’auteur dont l’épiderme Est collé tout près des os,
La mort tarde à frapper ferme,
De peur d’ébrécher sa faux.
On parvient facilement par une hygiène raisonnée et par un régime approprié à réduire le poids du corps. En Angleterre, les trainers appliquent aux jockeys, aux coureurs et aux boxeurs, la méthode dite d’ entraînement, par laquelle ils obtiennent une réduction d’une vingtaine de livres au moins dans l’espace de dix jours, tout en augmentant la force et, l’agilité. Cette méthode consiste en une grande sobriété, des exercices prolongés, des transpirations abondantes, des massages énergiques et un sommeil de courte durée.
Nous ne parlerons, que pour en signaler le danger, de la funeste habitude de certaines jeunes filles qui boivent du vinaigre pour se donner « la taille de guêpe » . Lord Byron usa aussi de ce procédé contre son embonpoint, et malgré les longs jeûnes auxquels il se soumettait, sa corpulence augmenta de jour en jour.