III. — Oreille interne
covfosismatio^ nu uATtYRirexnE. — L’oreille interne a été appelée labyrinthe , à cause de ses nombreux détours. Ce compartiment renferme les parties les plus importantes de l’appareil de l’audition. L’oreille externe et l’oreille moyenne ne sont que des parties accessoires qui perfectionnent le sens de l’ouïe. On peut perdre le pavillon, le tympan, les osselets sauf l’étrier, sans devenir complètement sourd ; tandis que la moindre altération de l’oreille interne entraîne fatalement la surdité. Sa situation profonde dans l’épaisseur du rocher la dérobe à l’exploration et rend ses affections inaccessibles à tout traitement direct.
Le labyrinthe est constitué par un système de vésicules et de tubes membraneux qui communiquent entre eux et renferment un liquide transparent dans lequel viennent s’épanouir les divisions terminales du nerf acoustique. Ce n’est pas sans motif que la nature a rempli de liquide la capacité de l’oreille interne ; nous savons en effet, depuis Descartes, que le son se transmet plus rapidement par le moyen des liquides que par celui des gaz et de l’air en particulier.
Le labyrinthe membraneux est revêtu d’une coque osseuse formée d’une substance compacte presque aussi dure que l’ivoire dentaire ;
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aussi les anatomistes distinguent-ils deux labyrinthes : l’un membraneux ou enveloppé (fig. 196), et l’autre osseux (fig. 195) ou enveloppant.
Les diverses cavités de l’oreille interne ont reçu des noms particuliers tirés de leur forme : la cavité centrale est le vestibule ; les ca-
Fig. 193. — Labyrinthe osstux.
1, 2,3, Canaux demi-circulaires supérieur, postérieur et externe. — 4 Fenêtre ovale. — S, Colimaçon. — 6, Fenêtre ronde. — 7, Promontoire formant la paroi interne de la caisse du tympan.
vités tubuleuses situées en arrière sont les canaux demi-circulaires ; la cavité contournée en spirale que l’on aperçoit en avant est le limaçon.
1° vestibule. Son nom lui vient de ce qu’il communique avec toutes les cavités environnantes par des orifices particuliers ménagés
Fig. 19G. — \esubule membraneux et nerf auditif.
1, 1, 1, Canaux demi-circulaires membraneux. — 2, Utricule. — 3, Saccule.— A, Branche du nerf auditif qui se rend au limaçon. — 5. Nerf sacculaire. — 6, Nerf utriculaire. — 7, 8, 9, Nerfs ampullaires supérieur, externe, postérieur.
dans ses parois. En effet, sa paroi externe contient la fenêtre ovale qui s’ouvre sur l’oreille moyenne ; sa paroi antérieure est percée d’un orifice qui conduit dans la rampe vestibulaire du limaçon ; sa paroi postérieure reçoit les embouchures des tubes semi-lunaires ;
enfin, sa paroi interne est criblée de petits trous qui livrent passage ramifications du nerf auditif.
La fenêtre ronde, quoique située en arrière de la fenêtre ovale, ne ^ inunique pas avec le vestibule, ainsi qu’il semble au premier rd ; elle s’ouvre dans une galerie située au-dessous du vestibule, qui conduit dans la rampe tympaniquedu limaçon.
0 vestibule osseux est rempli d’un liquide particulier appelé liquide Cotugno , au milieu duquel flotte le vestibule membraneux qui sert support aux ramifications du nerf auditif, et contient un liquide analogue à celui qui baigne ses parois extérieures.
Gomme le vestibule existe chez tous les animaux, on peut en conclure qu’il est la partie la plus importante du labyrinthe.
Le vestibule membraneux a la forme de deux ampoules superposées, Yutricule et le saccule (fig. 196), qui ne communiquent pas entre elles. Les auteurs ont signalé sur les parois du vestibule membraneux la présence de cils auditifs microscopiques et de dépôts de poudre calcaire, dits otolithes (ouç, oreille ; Xtôoç, pierre), qui sont destinés à communiquer les vibrations du liquide labyrinthique aux filets terminaux du nerf auditif avec lesquels ils sont en communication directe.
2° cmaîjx — Ils sont au nombre de trois.
Leur forme est un peu plus circulaire que leur nom ne l’indique : ce sont des tubes arrondis et renflés en ampoule à l’une de leurs extrémités. Ils s’ouvrent dans le vestibule par des orifices distincts, excepté pour deux d’entre eux qui se réunissent en un seul. Ces deux canaux accouplés se dirigent verticalement ; on les distingue, d’après leur position respective, en supérieur et en postérieur ; le troisième est horizontal et occupe le côté externe ; il est ordinairement le plus court.
Les canaux semi-lunaires osseux servent d’enveloppe à des canaux membraneux de même forme. Ces derniers s’abouchent dans l’utricule qui constitue l’ampoule supérieure du vestibule membraneux; ils occupent en épaisseur le tiers des cylindres osseux et flottent dans le liquide de Cotugno, qui remplit en même temps leur cavité.
3° — Cette cavité offre la plus grande analogie avec les
coquilles d’escargots de vigne dont la spirale aurait deux tours et demi. Elle est limitée par une coque osseuse appelée lame des contours , qui décrit en moyenne deux tours et demi de spirale autour d’un axe osseux ou columelle. Cet axe a la forme d’une pyramide ; il est traversé de la base au sommet par un canal aux parois criblées de pertuis, par où passent les ramifications de la branche cochléenne du nerf auditif logée à l’intérieur de la columelle (1, fig. 197).
Le limaçon est divisé en deux compartiments ou rampes par une cloison moitié osseuse, moitié membraneuse, appelée lame spirale (3),
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Cette cloison de séparation est destinée à supporter les extrémités nerveuses des ramifications qui partent de l’axe du limaçon ; ses deux faces sont baignées par le liquide de Cotugno. La lame spirale a son origine au-dessus de la fenêtre ronde ; de là elle se dirige vers le li-
Coupede la portion osseuse de la lame spirale. — 4, Coupe de la rampe vestibul aire du limaçon. — 5, Rampe tympanique ou externe. — 6, Membrane de Reissner, paroi antérieure du canal cochléaire. — 7, Canal cochléaire. — 8, Canal de Corti. — 9, Membrane de Corti. — 10, Paroi postérieure du canal de Corti et membrane basilaire. — 11, Organe de Corti. — 12, Coupe du vas spirale. — 13, 13, 13, Filets du nerf auditif traversant l’axe du limaçon. - — l4, 14, 14, Cellules du ganglion spiral de Corti. (Figure extraite de Y Anatomie de M. Fort.)
maçon et se contourne en spirale autour de son axe, dont elle atteint le sommet. Ace niveau, elle présente une échancrure dite hélicotrème, qui établit une communication directe entre les galeries ou rampes du limaçon. Ces rampes ont été distinguées en interne et en externe : la rampe externe ou tympanique (5) se termine au tympan de la fenêtre ronde ; la rampe interne ou vestibulaire (4, 7, 8), s’ouvre dans le vestibule et peut communiquer avec la caisse du tympan par l’intermédiaire de la fenêtre ovale.
La portion membraneuse de la lame spirale comprend trois feuillets (fig. 197) la membrane de Reissner (6), la membrane de Corti (9) et la membrane basilaire (10), qui divisent la partie correspondante de la rampe vestibulaire en trois canaux : le canal vestibulaire proprement dit (4), le canal triangulaire du limaçon membraneux (7) et le canal quadrilatère ou canal de Corti (8). Dans ce dernier on rencontre environ 3000 petites arcades élastiques (11) dont la base repose sur la membrane basilaire. Ces arcades seraient en rapport avec la terminaison du nerf auditif (13, 13), et, d’après Helmholtz, l’ébranlement de leurs fibres constituantes donnerait lieu à la sensation auditive. Nous
en parlerons avec plus de détails en étudiant le mécanisme de Taudition.
Les tours de spire de limaçon permettent de renfermer sous un petit espace un plus grand nombre de filets nerveux. Il est donc lo-
ng. 198. — Nerf auditif et limaçon dont ou a enlevé une portion de la paroi osseuse pour montrer l’intérieur des rampes.
a. Limaçon, — b, Nerf auditif. — c, d. Vaisseaux. — e, Trône du nerf facial. Nerf intermédiaire de Wrisberg, — g. Sommet du limaçon. — A, Nerfs pétreux venus du facial.
gique de penser, avec le docteur Auzoux, que la finesse de l’ouïe semble dépendre de l’étendue du limaçon.
4° me;rf auditif. — Appelé par Ghaussier labyrinthique }ce nerf part de l’encéphale à l’origine du bulbe rachidien : de là il se porte en dehors avec le nerf facial , placé au-dessus de lui, et pénètre jusqu’au fond du conduit auditif interne . A ce niveau, le nerf facial s’en détache pour parcourir toutes les sinuosités d’un canal dit de Fallope, creusé dans le rocher. Le nerf auditif se divise en deux branches : la branche cochlêenne , dont nous avons vu les ramifications s’épanouir sur la lame spirale du limaçon pour aboutir aux trois mille fibres de Gorti, et la branche vestibulaire, qui se divise en rameaux déliés se terminant eux-mêmes à la surface des diverses pièces du labyrinthe membraneux.
Les expansions terminales du nerf auditif reçoivent, surtout par la
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chaîne des osselets, l’impression des vibrations du dehors communiquées au liquide de l’oreille interne, et les conduisent à l’encéphale, qui les perçoit avec plus ou moins d’exactitude.
acuité et sensibilité AUDITIVES. — La sensibilité auditive varie suivant les individus : elle est très-développée chez les musiciens : Habeneck, raconte A. Karr, dans un concert de deux cents instruments, rappelait à l’ordre une contre-basse qui appuyait sur la corde avec l’index au lieu de se servir du pouce.
En général, les sons qui n’ont pas 3000 vibrations, nombre correspondant au fa5 #, n’excitent pas très-vivement la sensibilité auditive ; ceux qui les dépassent, comme les grincements, font éprouver une impression très-pénible.
Cette sensibilité augmente aussi sous l’influence de certaines maladies, et en particulier dans les maladies du cerveau et de ses enveloppes : c’est pourquoi on a l’habitude d’étendre de la paille sous les fenêtres des malades pour affaiblir les bruits de la rue.
Afin d’atténuer l’impression pénible que déterminent les sons aigus sur l’ouïe, nous contractons énergiquement le muscle interne du marteau qui, en attirant à l’intérieur delà caisse ce dernier osselet, refoule en même temps la base de l’étrier dans la fenêtre ovale et immobilise de la sorte toute la chaîne ; d’un autre côté, le tympan, entraîné dans le même sens par le manche du marteau, subit une tension excessive et, ainsi que F. Savart l’a démontré pour les membranes en général, il est placé dans les conditions les moins favorables pour vibrer.
durée de e’iupress lom auditive. — - De toutes les impressions sensorielles, la sensation auditive est la plus promptement perçue. Sa durée dépasse celle du son excitateur ; mais la différence est si faible qu’elle est à peine perceptible. Les physiologistes s’accordent à lui donner un dixième de seconde.
La disposition des osselets de l’ouïe par rapport à la membrane tympanique, dont ils sont pour ainsi dire une dépendance, est une des causes principales qui s’opposent à la prolongation de l’impression auditive. Ces osselets agissent, en effet, vis-à-vis du tympan à la façon des étouffoirs d’un piano qui empêchent les cordes de vibrer après chaque son produit.
Parfois cependant, quand l’excitation dure un certain temps, comme le roulement d’une voiture, le bruit d’une chute d’eau, etc., elle détermine une sensation auditive consécutive qui persiste alors même que l’ébranlement a cessé.