‹ Le corps humainChapitre 57 sur 144 · MÉCANISME ET TROUBLES DE L’AUDITION . AUDI · texte numérisé non relu

MÉCANISME ET TROUBLES DE L’AUDITION . AUDI

phones. — - Les vibrations produites par un son frappent tout d’abord le pavillon : une partie est réfléchie et perdue pour l’audition ; l’autre

est dirigée dans le conduit auditif externe et pénètre jusqu’à la membrane du tympan qu’elle fait vibrer. Celle-ci communique les oscillations au marteau, à l’enclume, à l’os lenticulaire et enfin à l’étrier. La chaîne des osselets agit alors à la façon d’un mouvement de sonnette. A chaque vibration du tympan, l’étrier s’enfonce dans la fenêtre ovale

Fig. 199. — Figure schématique indiquant les oscillations de l’appareil auditif.

A, Courant de l’air venant frapper la membrane du tympan. — B, Chaîne des osselets transmettant les vibrations de la membrane du tympan au liquide du vestibule E au niveau de la fenêtre ovale D. — G, L'oscillation du liquide du vestibule gagne celui de la rampe vestibulaire. — H, L’oscillation gagne le liquide de la rampe tympanique jusqu’à la fenêtre ronde C. — F, L’oscillation gagne en arrière le liquide des canaux demi-circulaires.

et ébranle le liquide labyrinthique; celui-ci transmet ses ondulations aux cils et aux fibres de Corti du labyrinthe membraneux qui, à leur tour, impressionnent les fibrilles terminales du nerf auditif. D’après M. Tillaux, les bourdonnements et les tintements d’oreilles, qui sont des sujets de plaisanteries si fréquents, seraient dus à la pression exagérée de l’étrier sur le liquide du labyrinthe et par suite sur les filets terminaux du nerf auditif; ces sensations subjectives auraient la même cause que les phosphènes lumineux que l’on perçoit en exerçant une pression sur l’œil : « De même, conclut cet auteur, que, sous l’influence de cette excitation directe, le nerf optique réagit lumière , le nerf auditif réagit son . »

Helmholtz assimile l’organe de Corti à un piano et il l’appelle le « clavier nerveux ». On sait que le clavier du piano est composé de quatre-vingt-quatre cordes qui toutes sont accordées pour une note déterminée. Lorsqu’on produit un son près de cet instrument, on remarque que seules les cordes qui correspondent à la note donnée et

SENS DE L’OUIE

à ses harmoniques entrent en vibration. Le clavier nerveux serait donc formé, d’après ce physiologiste, d’environ 3,000 cordes : ce qui donne 33 cordes par intervalle d’un demi-ton. C’est à cette richesse de touches que l’ouïe devrait la propriété de saisir les nuances acoustiques les plus variées. Dès qu’un son se produit, les arcs de Corti du clavier nerveux qui correspondent à la note fondamentale et aux notes harmoniques de ce son entrent en vibration et ébranlent les fibrilles nerveuses (11, fig. 197) tendues sur la membrane basilaire. Ces fibrilles sont chargées de transmettre au cerveau les impressions perçues. Les arcs cartilagineux de Corti ne sont que des organes accessoires de l’audition, puisque les oiseaux, dont l’ouïe ne manque ni de finesse ni de justesse, si l’on en juge par la beauté de leur chant, en sont dépourvus.

Le système de fibres parallèles étendues, qui concourent à former la membrane basilaire, est donc l’appareil principal de la perception des vibrations extérieures. Comme la largeur de cette membrane va en augmentant de la base à la coupole du limaçon, Helmholtz a émis l’hy-

Fig. 200. — Figure schématique pour faire comprendre la transmission des vibrations à travers la colonue liquide dans le tube contourné du limaçon.

A, Étrier agitant le liquide au niveau de la fenêtre ovale. — B, Ressort représentant le tympan secondaire de la fenêtre ronde repoussé par le liquide. — C, C, Tube contourné dans lequel le liquide est mis en mouvement.

pothèse, difficile à prouver, que les fibres nerveuses de la base, étant plus courtes que celles du sommet, vibrent à l’unisson des sons aigus, tandis que ces dernières n’entrent en vibration que sous l’influence des sons graves.

Ce physiologiste pense, en outre, que les cils auditifs et les otolithes du vestibule membraneux ont pour usage de percevoir les vibrations irrégulières non périodiques, c’est-à-dire les bruits , tandis que les sons ou vibrations régulières et périodiques seraient perçus par les fibres du limaçon membraneux.

La membrane qui obture la fenêtre ronde ne joue qu’un rôle passif dans l’audition : elle est refoulée à chaque coup de piston de l’étrier par le liquide du labyrinthe qui n’est ni élastique ni compressible et

bombe alors dans la cavité de la caisse. Cette explication, <|ue l’on adopte généralement, est, comme nous l’avons dit plus haut, celle du docteur Auzoux.

Les ondes sonores ne suivent pas toujours la voie que nous venons de décrire ; elles peuvent encore impressionner le nerf auditif par l’intermédiaire des os du crâne et de la face, ainsi qu’on l’observe chez les poissons. De là vient que, même en se bouchant les oreilles, on entend très -bien sa voix ou les battements d’une montre placée entre les dents. On cite l’exemple d’un homme dont le conduit auditif était oblitéré et qui pourtant entendait assez bien pour se livrer à son commerce ; mais il cessait d’entendre dès qu’il se couvrait la tête. M. Larrey a parlé d’un invalide sourd qui, ayant été trépané, fut très-surpris d’entendre de nouveau.

La conductibilité du son par les os du crâne peut se prouver à l’aide d’un jeu d’enfant bien connu. Il consiste à suspendre une cuiller au bout d’un fil et à enrouler l’autre extrémité autour d’un doigt que l’on introduit dans le conduit auditif : en frappant sur la cuiller on croit entendre le son d’une cloche.

Les Chinois n’ignorent pas cette particularité : ils se servent, pour remédier à la surdité, de petits bâtons dont le sourd saisit une extrémité entre les dents ; la personne qui parle s’applique l’autre sur le larynx. C’est encore le principe de la transmission du son par les os de la face et du crâne qui a conduit M. Colladon, de Genève, à imaginer son audiphone pour faire entendre certains sourds. Cet appareil se compose d’une simple lame de carton d’ortie ou à satiner, rectangulaire à sa partie inférieure, arrondie à sa partie supérieure, d’une hauteur de 24 centimètres, sur 30 centimètres de large, épaisse de 1 millimètre. Pour s’en servir, le bord convexe étant appuyé contre les dents supérieures, le malade tient les deux angles inférieurs entre les doigts et fait bomber l’instrument en rapprochant plus ou moins les mains du menton. En Amérique, on se sert de l’audiphone de Rhodes ; il est en caoutchouc durci ; mais sa forme et ses dimensions sont semblables au précédent.

de la surdité; — La surdité est accidentelle ou congénitale ; dans ce dernier cas, elle est le plus souvent héréditaire ou résulte des i unions consanguines : aussi de tout temps l’Église les a-t-elle justement j prohibées. Lorsqu’elle est congénitale, la surdité entraîne nécessaire- | ment avec elle la mutité.

j La surdité accidentelle est produite par des lésions de diverse nature ! dans l’une des trois oreilles. L’oblitération du conduit auditif, soit par un corps étranger, soit par un bouchon de cérumen, est pour l’oreille externe une cause fréquente de surdité.

Les lésions de l’oreille moyenne qui déterminent la même affection

SENS DE l’OUIE.

sont : l’épaississement de la membrane du tympan, l’ankylose de la chaîne et Pobstruction de la trompe d’Eus tache. Parmi les maladies de Poreille interne, qui toutes sont au-dessus des ressources de Part, la plus commune est la paralysie du nerf auditif.

L’intoxication par la quinine et l’acide salicylique déterminent aussi une surdité considérable qui, le plus souvent, cesse avec la suppression du médicament.

La surdité, suivant son degré, prend le nom de cophose (vMwq, sourd), de paracousie (luapaxai teiv, entendre mal), ou de dysécée (ouç, difficilement ; ckousiv, entendre). Elle est , de toutes les affections , la plus fréquemment simulée devant les conseils de révision, et il est quelquefois difficile de reconnaître l’imposture. L’abbé de PÉpée luimême fut trompé par un faux sourd-muet, qui se faisait passer pour le fils du comte de Sodard.

illusions et hallucimatioms de l’ouie. — Notre jugement dans l’appréciation de la distance et de la direction des sons peut être facilement mis en défaut par notre mémoire ou notre imagination. Les erreurs qui en résultent ont été considérées, à tort, comme des illusions de l’ouïe : la ventriloquie et les effets curieux des échos sont des exemples bien connus de cette méprise.

Les hallucinations de l’ouïe sont plus fréquentes que celles des autres sens. Ceux qui sont sujets à ces sensations subjectives entendent des bruits de cloche ou de chaîne, des sons d’instruments de musique et des voix humaines. Les affections mentales et l’alcoolisme sont les causes principales de ces hallucinations. Cependant, on peut être en possession de ses facultés et avoir des hallucinations de l’ouïe : Balaam conversant avec son ânesse , Socrate avec un démon familier, Platon avec les dieux, Mahomet avec l’ange Gabriel, Jeanne Darc avec les saints, Luther se disputant avec le diable et lui jetant son encrier à la tête ; Le Tasse, Biaise Pascal et Malebranche en sont encore des exemples célèbres. Hahnemann, le fondateur de l’homœopathie, avait aussi des hallucinations de l’ouïe, puisque, dans la préface de son Organon , il affirme qu’il a écrit cet ouvrage « sous la dictée de l’Être Suprême. »

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