‹ Le corps humainChapitre 60 sur 144 · CONFORMATION EXTÉRIEURE DE LA PEAU. SON ÉTENDUE · texte numérisé non relu

CONFORMATION EXTÉRIEURE DE LA PEAU. SON ÉTENDUE

— La peau est directement appliquée sur les muscles ; elle n’en est séparée que par une couche de graisse plus ou moins épaisse, qui comble les dépressions de leurs interstices.

En raison des replis que présente la surface de la peau, son étendue est un peu plus grande que celle de la surface du corps. Disséquée et fixée sur une table, elle mesure, d’après M. Sappey, quatorze pieds carrés sur un homme robuste ; elle peut atteindre deux mètres carrés et plus sur un homme de taille élevée.

couleur de la peau. — La coloration de la peau est un des caractères principaux qui servent à la classification des races humaines : elle est blanche dans la race caucasique, jaune dans la race mongole, rouge ou cuivrée chez les Indiens, noire chez les nègres et brune chez les Malais.

La genèse hébraïque donne à la peau du premier couple humain la couleur rouge ; la genèse indoue lui donne la couleur brun olivâtre et la genèse chinoise la couleur jaune foncé. Cette dernière opinion a été adoptée par M. de Quatrefages.

Dans la même race, la coloration de la peau présente des variations de nuances plus ou moins accusées selon les individus, les régions du corps et les saisons. On sait que les parties du corps, exposées à l’action prolongée de la lumière, ont une teinte plus foncée que celles qui sont protégées par les vêtements. Le contraire s’observe chez les peuples à peau brune ou noirâtre.

Il est des maladies qui modifient d’une façon temporaire ou permanente la couleur de la peau, par exemple la jaunisse, la maladie bronzée, la chlorose, la couperose, l’érysipèle, le vitiligo, le purpura, etc.

Les passions de l’âme, le froid et la chaleur exercent aussi une influence passagère sur la couleur de la peau, par action réflexe des

nerfs vaso-moteurs sur les vaisseaux sous-cutanés. Le bourreau voyant pâlir Bailly, lui dit : « Tu as peur 1 — Non, répondit le condamné, j’ai froid. »

taches DELA peaij. — La peau présente souvent des taches de naissance ou nœvi ( nœvus , signe), qui sont encore appelées « envies » , parce qu’elles rappellent, par leur coloration et leur forme, celles des framboises, des lentilles, etc. Ce sont des petites tumeurs érectiles, c’est-à-dire des pelotons plus ou moins volumineux de capillaires sanguins. Il en est de même de ces petites saillies foncées que l’on regarde comme des « grains de beauté » .

Les taches qui résultent des cicatrices consecutives aux plaies, aux brûlures, aux cautères, aux vésicatoires, etc., sont generalement de couleur blanche parcheminée. Ces taches sont indélébiles ; aussi, avant 1832, marquait-on les épaules des condamnés au travaux forcés avec un fer rouge représentant la lettre T ou TP, suivant que leur condamnation était temporaire ou à perpétuité.

mj tatouage. — Une coutume très-répandue parmi les marins et les soldats est de se faire sur la peau, à l’aide d’aiguilles préalablement trempées dans une matière colorante, des piqûres représentant certains emblèmes militaires, religieux ou autres. Cette pratique, qui a reçu le nom de tatouage , servait autrefois à marquer les esclaves; de nos jours, elle est fort en honneur chez les sauvages de l’océan Pacifique, qui se couvrent souvent d’arabesques des pieds à la tête ; les Sandwichiens, paraît-il, se tatouent même sur la langue. Au Japon, dit le docteur Magitot, les plongeurs se couvrent d’un tatouage très serré, dans le but étonnant d’effrayer les poissons anthropophages ? De même, les Annamites se font imprimer sur les mollets une figure de tigre, pour arrêter les attaques du grand carnassier.

Les procédés de tatouage employés par les sauvages sont très variés. Quelques peuplades des côtes d’Afrique, d’après le docteur Tavano, se tordent la peau avec une aiguille. Les Indiens Roucouyennes des Guyannes s’enfoncent sous l’épiderme une arête de poisson trempée dans le suc du genipa. En Calédonie, on se sert des nervures de feuilles de cocotier qu’on applique suivant certains dessins et qu’on allume sur place ; les brûlures produites de la sorte donnent lieu à des cicatrices qui conservent indéfiniment leur couleur blanchâtre. Les tribus nègres de la Mélanaisie, de la Guinée, de la Nouvelle-Zélande se tatouent en incisant la peau avec un instrument tranchant ; ce procède donne aussi des cicatrices blanchâtres. Dans les régions polaires , on passe au-dessous de l’épiderme des aiguilles armées d’un fil enduit de graisse, mélangée avec de la suie de lampe.

On se sert du tatouage en médecine pour donner aux nœvi la coloration de la peau et aux taies de la cornée celle de la pupüle

SENS DU TACT

ou de l’iris, selon qu’elles recouvrent l’une ou l’autre de ces parties.

Les taches de naissance, les cicatrices et les tatouages étant indélébiles fournissent de précieux renseignements aux médecins légistes pour établir l’identité des individus. Plus d’une fois, dit le docteur Brémond, dans la Médecine populaire , on a pu reconnaître des tatouages sur des noyés dont la putréfaction était très avancée. C’est grâce à la présence d’une de ces taches à la cuisse, que le chirurgien Louis fit reconnaître l’innocence de Baronnet, lequel avait déjà passé deux ans aux galères pour imposture et faux.

Une curieuse application du tatouage a été faite par le docteur Comte pour empêcher les soldats de succomber aux hémorrhagies, trop fréquentes, en temps de guerre; il a proposé de faire tatouer sur les membres de chaque conscrit, à son entrée au service, les points correspondants aux artères principales, de telle sorte que les blessés pourraient exercer avec les doigts une compression efficace pour arrêter l’écoulement de sang avant l’arrivée du secours. Ce procédé a reçu le nom artériographie.

simulation des maladïes cutanées. — Certains individus ont eu recours à différents procédés pour simuler les maladies qui modifient la coloration de la peau : par exemple, ils imitent la jaunisse, en employant l’infusion de racine de curcuma, le suc de la grande chélidoine, la teinture de rhubarbe, le safran, les fleurs de genêt, de carthame ou de lis. Ambroise Paré rapporte que, de son temps, les mendiants qui voulaient simuler la jaunisse se barbouillaient le corps avec de la suie délayée dans l’eau. La coloration bronzée de la peau qui catérise la maladie d’Addison peut être obtenue, ainsi qu’Eusèbe de Salles en a cité plusieurs cas, avec du brou de noix.

Il est fréquent d’observer, chez les militaires et chez les indigents, des maladies de la peau artificiellement provoquées. Les substances employées sont : pour l’érysipèle, la racine fraîche de thapsia garganica , les sinapismes, la poix de Bourgogne, l’ail pilé, Veuphorbia la thyris, certaines plantes de la famille des renonculacées ; pour le psoriasis, les simulateurs se sont servis du nitrate d’argent dont ils se sont tacheté le corps. Le pemphigus a été provoqué par une jeune fille placé dans le service de M. Bazin, à la Pitié, avec des parcelles de cantharides qu’elle s’introduisait en cachette sous l’épiderme ; les éruptions vésiculeuses ou pustuleuses sont souvent déterminées par l’huile de croton tiglium ou d’épurge; enfin la production artificielle des ulcères est due surtout à l’application de la clématite, encore appelée herbe aux gueux , à cause de l’usage qu’en faisaient les mendiants.

Page 1