EPAISSEUR ET RÉSISTANCE DE LA PEAU. TAMBOUR DE
ziska. — L’épaisseur de la peau varie selon les parties du corps.
Elle est d’autant plus accusée que la région est exposée à de plus fortes pressions. C’est aux paupières que la peau est la plus fine et à la plante du pied la plus épaisse.
On sait que les frottements répétés déterminent des épaississements de la peau, dont le siège varie selon les professions : les blanchisseuses ont des durillons nombreux à la paume des mains, les tailleurs portent des callosités volumineuses au bord externe du pied qui presse sur la table, les boulangers présentent une induration de la peau au niveau de la rotule et les couturières ont la peau de l’index gauche très épaissie et piquetée par l’aiguille.
Le tégument cutané est très résistant, puisqu’il est possible de suspendre un cadavre par un lambeau de peau. Convertie en cuir par le procédé du tannage, la peau acquiert une résistance encore plus considérable. Le parchemin qui doit à sa résistance de se conserver indéfiniment se prépare avec les peaux de divers animaux, surtout le mouton et la chèvre. Les peaux d’àne, de bœuf et de loup servent de
I ig. 203. lambour fait avec la peau de Ziska. ■ — D apivs Bruckmann.
préféience à la confection des tambours. La peau humaine a été employée parfois au même usage. On sait que Jean Ziska (1), le général des Hussites, voulut qu’on fabriquât un tambour de sa peau, pour faire fuir encore les ennemis après sa mort.
<i) Il était borgne de naissance comme l’indique son nom bohémien Ziska.
SENS DU TACT
Yoici la lettre que Voltaire écrivait à ce sujet au grand Frédéric :
Lille, 16 novembre 1743.
Est-il vrai que, dans votre cour,
Vous avez placé, cet automne,
Dans les meubles de la couronne,
La peau de ce fameux tambour Que Ziska fit de sa personne ?
La peau d’un grand homme enterré D’ordinaire est bien peu de chose.
Et, malgré son apothéose.
Par les vers il est dévoré.
Le seul Ziska fut préservé Du destin de la tombe noire ;
Grâce à son tambour conservé,
Sa peau dure autant que sa gloire !
C’est un sort assez singulier.
Ah 1 chétifs mortels que nous sommes î Pour sauver la peau des grands hommes,
Il faut la faire corroyer.
O mon roi f conservez la vôtre ;
Car le bon Dieu qui vous la fit Ne saurait vous en faire une autre Dans laquelle il mît tant d’esprit.
Frédéric répondit :
Berlin, 4 décembre 1743.
La peau de ce guerrier fameux.
Qui parut encor redoutable Aux Bohémiens , ses envieux.
Après que le trépas hideux Eut envoyé son âme au diable,
Est ici pour les curieux.
« Oui, continue en prose l'écrivain royal, oui, la peau de Ziska, ou, pour mieux dire, le tambour de Ziska, est une des dépouilles que nous avons emportées de Bohême. »
ÉLASTICITÉ DG LA I*EAXJ- LE VEUT OU BOULET. — La peaU
jouit aussi d’une certaine élasticité qui lui permet de subir une trèsgrande distension, comme on l’observe dans l’hydropisie. Si cependant la distension a été exagérée, la peau est altérée dans sa texture et perd de son ressort. Il se produit alors des éraillures, dites vergetures , à sa surface et, lorsque le ventre s’affaisse, au lieu de reprendre sa disposition première, la paroi abdominale forme des plis permanents plus ou moins prononcés : de là la dénomination de « ventre en persiennes » donnée par les auteurs à cette disposition. C’est à cause de l’élasticité
de la peau que la forme et les dimensions d’une plaie cutanée sont différentes de celle de l’instrument qui l’a faite.
L’élasticité de la peau explique encore comment des organes friables comme le foie, la rate, les muscles, peuvent être broyés par le choc de corps contondants, tels que les tampons de wagons, les balles, les boulets, sans que la peau soit endommagée ; on attribuait autrefois la production de ces lésions profondes, dues aux projectiles de guerre, à ce que l’on appelait le « vent du boulet ».
surface: LmRE s>e peau. — On voit à la surface de la peau : des saillies , des orifices et des plis de diverse nature.
1° Les saillies sont produites par de petites éminences coniques dites papilles , qui s’élèvent de la couche profonde de la peau. Elles doivent leur nom à la faculté de palper. Nous les décrirons plus loin en détail.
2° Les orifices ou pores qui criblent la surface de la peau sont de deux sortes : les uns sont des pertuis imperceptibles et appartiennent aux glandes qui sécrètent la sueur ; les autres sont visibles à l’œil nu et dépendent des glandes qui sécrètent la matière sébacée. Ces derniers correspondent aux dépressions qui livrent passage aux poils. Ils sont souvent remplis de poussière noire qui donne à la peau de certaines régions et en particulier à celle du nez un aspect piqueté plus ou moins accentué.
3° Les plis de la peau sont de plusieurs ordres : on distingue, selon leur mode de formation, en plis de locomotion , en plis par froncement et en plis par amaigrissement.
a Les plis de locomotion tiennent aux mouvements des parties correspondantes : les uns sillonnent irrégulièrement toute la surface de la peau, tandis que les autres ne se rencontrent qu’autour des jointures. Ces derniers servent quelquefois de guide au chirurgien dans les désarticulations. Les lignes que les diseurs de bonne aventure consultent à la paume de la main sont des plis de locomotion.
b Les plis par froncement sont les signes extérieurs des passions ; ils dépendent de la contraction des muscles peauciers. Leur direction est, nous le savons, perpendiculaire à celle des muscles subjacents : ainsi le frontal donne lieu à des plis transversaux, le sourcilier à des plis verticaux, Yorbiculaire des paupières à des plis radiés formant la « patte d’oie ».
Les plis résultant de la contraction musculaire sont peu accentués chez les individus dont la peau est doublée d’une épaisse couche de graisse : c’est pourquoi les personnes grasses ont une physionomie moins expressive que les personnes maigres. Un artiste dramatique qui jouit d’un certain embonpoint ne fera jamais un bon tragédien.
c Les plis par amaigrissement sont les plis séniles ou rides . Ils résultent de ce que, la graisse ayant disparu, la peau se trouve relative-
SENS DU TACT
ment trop large pour les surfaces quelle recouvre ; et, comme avec l’âge elle a perdu de sa souplesse, elle ne revient point sur elle-même ; elle se plisse en divers sens. C’est pourquoi la maigreur du vieillard prend un aspect différent de celle de l’adulte.
Des personnes, dites « émailleuses » , parviennent , à l’aide de certaines préparations astringentes , dont elles ont le secret, à dissimuler les rides du visage et à rendre à la peau l’apparence de la jeunesse. Henri III avait un autre procédé pour ne pas altérer la fraîcheur de sa peau ; il couchait avec un masque et des gants.
texture i>e la peau. — La peau et les membranes muqueuses sont composées de deux couches : l’une superficielle, Yépiderme (krd, sur ; dépita, peau) ; l’autre profonde , le derme. A la première se rattache l’étude des ongles et des poils , et à la seconde, celle des glandes sudoripares et sébacées qui sont contenues dans son épaisseur.
A. — De l’épiderme.