‹ Le corps humainChapitre 63 sur 144 · CONFORMATION DE L’ÉPIDERME. MALADIE DE L1 PEAU · texte numérisé non relu

CONFORMATION DE L’ÉPIDERME. MALADIE DE L1 PEAU

— L’épiderme ou surpeau est le nom réservé à la surface de la peau ; il est formé de plusieurs couches stratifiées de cellules pavimenteuses (fig. 204). Les cellules superficielles, constituant la couche dite cornée ont la forme d’écailles justaposées comme les pièces d une mosaïque ; elle se renouvellent sans cesse et sont dans une mue perpétuelle. C’est cette couche qui s’enlève par lambeaux dans la scarlatine ; c’est elle qui forme les squames nacrées du psoriasis (^wpa, gale), la poussière blanche du pityriasis (Tctxupov, son), les furfures de la rougeole ; et c’est son épaississement qui constitue Vichthyose (r/ôuç, poisson), ma-

SENS DU, TACT. 301

ladie ainsi appelée parce qu’elle donne au toucher la rudesse d’une peau couverte d’écailles.

Nous avons des exemples de cette mue épidermique dans le règne végétal, sur le platane, le bouleau, et dans le règne animal sur les serpents. Pour l’espèce humaine, à part la desquamation générale qui s’opère vers le quatrième jour de la naissance, la couche superficielle de l’épiderme tombe et ne se renouvelle que d’une façon insensible.

couxes iimiAivEs. exemples curieux. — Le développement des cellules épidermiques peut être assez considérable pour produire des cornes.

Au moyen-âge, on brûlait vifs ceux qui étaient atteints de cette difformité, parce qu’on les regardait comme des suppôts de Satan. D’après Debay, le parlement Anglais interdit le mariage aux six enfants d’une même famille qui, comme la mère, avaient le corps couverts de piquants brunâtres et cornés à la façon des hérissons. Vers 1825, un homme qui offrait cette même anomalie sur toutes les parties de son corps se montrait dans les foires ; on le connaissait sous le nom de YHomme Porc-épic. Le docteur F. Bremond a cité dans le Journal d’Hygiène un douanier de Versailles, vieux soldat ayant eu les extrémités inférieures gelées à la retràite de Moscou, qui présenta, longtemps après, une excroissance aux pieds, ressemblant au sabot d’un cheval. Lisfranc crut devoir l’enlever, mais la plaie produite par l’opération prit un mauvais caractère et on fut obligé de lui couper le pied.

Cruveilhier rapporte dans son Anatomie pathologique le cas suivant : Un nommé François Trouillu, amené à Paris, en 1599, par le maréchal de Lavardin, portait au front une corne aussi longue et aussi dure que celle d’un bouc ; avec cette corne, une touffe de longs poils rudes au menton lui donnait la physionomie d’un satyre.

Nous avons vu dans la collection de M. Levasseur une corne ayant pris naissance au front d’une femme de quatre-vingts ans, et ayant atteint, quatre ans après, 23 centimètres de longueur.

Il ne faut pas croire que le bois de cerf a de l’analogie avec les productions cornées ; cet appendice ramifié est essentiellement formé de tissu osseux.

cors et durillosis. — La couche cornée de la peau s’épaissit encore sous l’influence de pressions répétées et donne naissance aux durillons, aux callosités et aux cors (de cornu , corne) (fig. 205). La face plantaire des individus qui marchent les pieds nus est couverte d’une callosité épaisse formant une sorte de semelle épidermique. Les religieux qui portent des sandales ont autour de la plante du pied, par suite de son contact avec le sol, une couronne de durillons.

Les cors se rencontrent surtout à la face dorsale et externe du petit orteil où la pression est la plus forte. Au niveau du gros orteil ils s’ap-

pellent « oignons » parce qu’ils sont généralement formés de lamelles superposées comme les pelures du légume du même nom. Lorsque ces amas épidermiques siègent dans l’intervalle des orteils, ils subissent une macération spéciale qui leur donne une couleur analogue à celle du blanc de l’œil, d’où leur nom d’ « œils de perdrix » .

Les cors se forment aux pieds sur les points en contact avec des chaussures trop étroites . Ils pénètrent dans l’épaisseur du derme, et, comme ils sont hygrométrique , ainsi que toutes les productions épidermiques, ils se gonflent sous l’influence de l’humidité de l’atmosphère et compriment les extrémités nerveuses voisines:

Fig. 205. — Coupe d’un cov. de là les douleurs insupportables qui correspondent avec les changements de temps. C’est, dit-on, pour mettre lin à ces douleurs que Silius Italicus se laissa mourir de faim.

Les anciens ont appelé les cors clam pedum ou clous des pieds, à cause de leur ressemblance avec un clou et des vives souffrances qu’ils provoquent ; ils leur donnaient encore le nom significatif de gemursa (de gemere , gémir). L’intensité des douleurs qu’ils provoquent et la difficulté de les guérir ont fait dire à Sydenham que si quelqu’un consacrait toute sa vie à découvrir un spécifique pour la guérison des cors, il mériterait bien de la postérité et aurait suffisamment servi le genre humain. Le moyen le plus efficace et le plus simple de préserver un cor du contact des chaussures est de faire usage de la rondelle en caoutchouc, imaginée par M. Galante.

Nous avons déjà signalé sous le cors la présence d’une petite bourse muqueuse qui s’enflamme quelquefois, surtout dans la section imprudente des cors, et peut déterminer des accidents très sérieux.

L’action que l’humidité exerce sur les cors explique pourquoi, avant de les couper, il est bon de les gonfler et de les ramollir par un bain de pieds prolongé. Il en est de même pour les ongles et les poils de la barbe que l’on humecte afin de faciliter leur coupe.

iæ des fumeurs. — Les cellules de la couche pro-

fonde de l’épiderme sont moins aplaties et plus molles : d’où le nom de corps m, aqueux, donné à cette portion de l’épiderme. Ces dernières cellules sont les seules qui se rencontrent dans la couche épithéliale des membranes muqueuses. La prolifération exagérée de ces cellules, sur un point quelconque de la peau ou des muqueuses, donne lieu aux tumeurs malignes, dites cancroïde ou épithélioma (fig. 206). Cette maladie s’observe souvent aux lèvres, et, comme on la rencontre surtout chez les personnes qui font abus du tabac, elle a reçu le nom de « cancer des fumeurs ».

SENS DU TACT

de la greffe HEMAiKE. — Le corps muqueux est la partie vitale de l’épiderme ; aussi peut-on détacher sur une personne un lambeau d’épiderme et le transporter sur un autre sujet où il continue à

Fig. 206. — Cancroïde des lèvres.

vivre, en formant un centre autour duquel se développent des cellules épithéliales nouvelles ; c’est ce que l’on fait, par exemple, pour hâter la cicatrisation d’ulcères très étendus. Cette opération constitue la greffe épidermique. Si c’est un nègre qui fournit la greffe , l’épiderme transplanté prend la couleur du sujet greffé.

l’albixisme — Les cellules du corps muqueux renferment des granulations foncées , dites pigmentaires , qui ne prennent un volume suffisant pour colorer l’épiderme qu’après la naissance. Ainsi ce n’est qu’à lage de huit jours que le négrillon se distingue du blanc par la couleur. Les granulations pigmentaires abondent chez les nègres et manquent complètement chez les albinos (de albus , blanc). Il ne faut pas considérer les albinos comme une race distincte, ainsi que Voltaire a eu le tort de le faire dans son Essai sur les mœurs. L’albinisme n’est pas exclusif à l’espèce humaine ; il s’observe aussi chez les animaux : les souris blanches , les lapins blancs , les éléphants blancs , les corbeaux et les merles blancs sont autant d’exemples de cette anomalie. Les nègres pies sont tachetés de blanc sur diverses parties du corps. Lorsque sans devenir plus nombreuses, les granulations pigmentaires augmentent considérablement de volume , elles produisent les taches de rousseur et les éphélidcs (èic(, à cause de ; vjXisç, soleil) , que toutes les prétendues eaux anthéphéliques ne peuvent faire disparaître.

le sarcopte de la gale - C’est dans le corps muqueux que le sarcopte de la gale (fig. 207) se creuse des tanières ; aussi , pour l’atteindre, les médecins recommandent-ils de ramollir la couche cornée par un bain prolongé, avant de faire des frictions avec la pommade antipsorique. Depuis que l’on sait que la gale est déterminée par un

animalcule gros comme un grain de semoule , on guérit cette maladie en deux heures.

Avant cette découverte, on regardait la gale comme une éruption salutaire. A Sainte-Hélène , on pensa enrayer la maladie de foie dont

Fig. 207. — Sarcopte de la gale.

Napoléon Ier est mort, en lui donnant la gale. On sait qu’il avait autrefois contracté cette dernière affection en saisissant le refouloir d’un canonnier tué devant lui au siège de Toulon.

Le corps muqueux et la couche cornée sont dépourvus de vaisseaux et de nerfs ; aussi peut-on, sans provoquer de douleur, enfoncer des aiguilles dans la couche superficielle de la peau pour aller à la recherche du sarcopte.

1° dk8 poils. — Les poils sont des productions épidermiques filiformes et élastiques implantées dans une dépression du derme appelée follicule pileux (fig. 208). Le fond de cette cavité est occupé par une saillie mamelonnée, dite papille pileuse , qui est l’organe producteur des poils. Ceux-ci enlevés, cette papille persiste dans le follicule et donne naissance à des poils de nouvelle formation ; tant que la papille existe, les poils peuvent repousser. Il ne suffit donc pas d’épiler une partie du corps pour y faire disparaître à jamais les poils qu’elle contient.

de l^alopécie ex de la calvitïe. — La nutrition des papilles pilleuses peut être troublée à la suite de maladies graves comme l’érysipèle, la fièvre typhoïde ; dans ce cas, les cheveux tombent, mais ils repoussent dès que la nutrition générale s’améliore. Nous avons vu, dans le service du docteur Fournier, une personne atteinte de maladie constitutionnelle qui n’avait plus que douze cheveux sur la tête et qui, trois mois après, avait une chevelure magnifique. Cette chute temporaire constitue Y alopécie (àXakr^, renard), ainsi appelée parce

SENS DU TACT

que cet animal est quelquefois atteint d’une maladie qui fait tomber le poil. On a cité plusieurs individus chez lesquels les cheveux n’ont jamais poussé.

La calvitie , au contraire, est déterminée par une atrophie des papilles pileuses; c’est pourquoi, dans cette affection, la chute des cheveux est définitive, et les cosmétiques les plus renommés, qui font merveille contre l’alopécie, alors que les cheveux repousseraient sans leur intervention, sont impuissants contre la calvitie.

On a remarqué qu’il existe un rapport constant entre les systèmes pileux et dentaire : à la calvitie correspond souvent une mauvaise dentition.

Les parois des follicules pileux sont tapissées de cellules épidermiques

Fig 208 Fig. 209.

Fig. 208. — Poil et glandes sébacées B, B'.

Fig. 209. — Follicule pileux avec ses glandes sébacées et ses fibres musculaire lisses. — 1, 2, Poil logé dans le follicule pileux. — 3, Gaine interne de la racine du poil. — 4, Extrémité profonde du follicule, — 5, Parois du follicule, — G, Gaine externe de la racinedu poil. — 7, Bulbe pileux. — 8, 9, Fibres musculaires lisses s'implantant sur les parois du follicule pileux. — 10, Glande sébacée s’ouvrant dans la cavité du follicule pileux. — 11, Glande sébacée plus simple que la précédente. — 12, Ouverture de la glande sébacée dans la cavité du follicule pileux.

qui se continuent avec cellôGde la peau ; aussi est-il possible, à la suite d’une longue macération , d’enlever la couche épidermique de la tête avec tous les cheveux qu’elle porte.

muscles des poils. — Sur les parois de ces follicules, on voit s’ouvrir (fig. 208) les orifices des glandes sébacées qui déversent dans ces cavités le produit de leur sécrétion. C’est à la couche profonde de

ces follicules que s’insèrent des muscles lisses (fig. 209), dont l’autre extrémité se fixe au-dessous de l’épiderme. Les contractions de ces muscles rapprochent le fond du follicule de la surface cutanée et déterminent de petites saillies qui donnent à la peau l’aspect de la « chair de poule » . Ce sont sans doute ces mêmes muscles qui se contractent lorsque les animaux hérissent leurs poils.

formes variées des poils et leur distribution a ea surface de corps. — Dans la série animale, les poils prennent différentes formes et constituent les piquants, les soies , le crin , la laine , la bourre , etc. Chez l’homme, on les a appelés, selon la région qu’ils occupent, cheveux , barbe , cils, sourcils, moustaches ou vibrisses ; ces derniers sont ceux qui se trouvent à l’entrée des narines.

Les poils recouvrent toute la surface du corps, à l’exception de la paume des mains et de la plante des pieds. Ces régions sont dépourvues de poils parce qu’ils s’opposeraient aux actes de préhension et du locomotion : on sait que, dans le langage vulgaire, « il a un poil dan: la main » se dit d’un paresseux.

Le plus souvent, les poils de la surface du corps sont réduits à l’état rudimentaire et prennent le nom de-duvet; mais il est des individus, comme Esaü, chez lesquels les poils sont très-apparents. On se rappelle le paysan russe Jettichew, dit X Homme-Chien, dont toutes les parties du visage, même les paupières, étaient garnies de poils longs et lisses. Son fds Théodore, âgé de trois ans, lui ressemblait beaucoup.

Quoi qu’en dise l’adage ancien : « homo pilosus fortis , » il ne faut pas croire que le développement du système pileux soit toujours signe de vigueur; les phthisiques, par exemple, sont souvent très-velus. C’est sans doute sur cette erreur que repose la légende de Samson,. dont toute la force résidait dans la chevelure.

Les cheveux acquièrent chez la femme une longueur plus grande que chez l’homme « comme si, dit Cruveilhier, l’activité du système pileux se concentrait chez elle sur la chevelure » . Il n’est pas rare de voir dans le sexe féminin des chevelures descendre jusqu’aux mollets. M. Erasmus Wilson, de Londres, possède la photographie d’une dame de trente-huit ans, haute de cinq pieds huit pouces, dont les cheveux, lorsqu’elle était debout , l’enveloppaient d’un beau voile doré traînant sur le sol. Une mèche de cheveux de deux mètres est longtemps restée exposée à la vitrine d’un coiffeur de la rue Richelieu.

Quant aux femmes barbues, elles constituent l’exception. Cependant cette anomalie n’est pas aussi rare qu’on pourrait le croire, et il nJest pas de fête foraine qui ne possède un échantillon de « femme à barbe » . On en trouve de nombreux exemples dans les annales de la science. Les cas les plus souvent cités sont ceux de Marie-Thérèse qui servit d^ns les hussards et obtint le grade de chef d’escadron ; de la Suédoise cou-

SENS DU TACT, 307

temporaine de Charles XII, ornée, dit le docteur Brémond dans V Hygiène pour tous , d’une aune et demie de barbe et qui servit avec distinction parmi les grenadiers du roi ; de la ballerine mexicaine Julia Pastrana, etc. Nous réservons une mention spéciale à la Femme-mouton, ainsi appelée à cause d’une sorte de toison qu’elle portait sur une certaine partie du corps, et qui inspira une véritable passion à Gérard de Nerval.

Page 1