PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DES DOSES. HYGROMÈTRES
Les poils peuvent être lisses, ondoyants, frisés ou crépus. Aristote voyait, on ne sait pourquoi, dans les cheveux plats un signe de pusillanimité et de poltronnerie ; or Napoléon I“, qui a fait ses preuves présentait cette particularité. J
Les poils, comme toutes les productions épidermiques, sont hvgrométriques : ils s’allongent et se gonflent sous l’influence de l’humidité On a mis à profit cette propriété des cheveux dans la construction des instruments dits hygromètres (byfà, humide; gixpoy, mesure) qui servent à mesurer le degré d’humidité atmosphérique.
Ils jouissent aussi d’une certaine élasticité qui, à la suite de tractions répétées, leur permet de s’allonger d’un cinquième et même d’un quart de leur longueur. Après la mort, ils perdent leur élasticité et deviennent secs et cassants; aussi les cheveux de mort sont-ils peu employés dans la confection des coiffures postiches.
Leur résistance est assez considérable pour qu’il soit possible de se suspendre par les cheveux, ainsi qu’il advint à Absalon. On sait que Brunehaut, reine d’Austrasie, fut, sur l’ordre de Clotaire II, attachée par les cheveux à la queue d’un cheval indompté. Marguerite de Bourgogne fut, dit-on, étranglée à l’aide de ses propres cheveux. On a pu faire avec des cheveux de femme des cordages destinés à traîner de v lourds instruments de guerre.
1 Les cheveux ainsi que les poils sont susceptibles, par le frottement, de dégager de l’électricité. C’est pourquoi, lorsqu’on passe la main sur le pelage d’un chat ou d’un chien, on voit dans l’obscurité se dégager des étincelles électriques. On croit généralement que c’est à cette propriété que les peaux de chats doivent de guérir les douleurs ; mais il est plus probable que leur efficacité vient de la chaleur qu’elles conservent sur la région affectée. î
COULEUR DES POILS, CAVITIE.IVFLUEVCE DE8ÊMOTÏOXS
morales, — Les nuances de coloration des poils peuvent se réduire à quatre couleurs principale : le noir , le blond, le rouge de feu et le blanc.
Le noir est particulier aux méridionaux et le blond aux habitants du nord.
Le rouge de feu qui, d’après M. de Quatrefages, était la couleur des
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cheveux d’Adam et d’Eve, est considéré, de nos jours, comme une disgrâce de la nature. On sait que les peintres ont l’habitude de représenter Judas et Magdeleine la pécheresse avec des cheveux rouges.
Le blanc est la coloration que tous les cheveux prennent en vieillissant, à part quelques rares exceptions : Littré, par exemple, est mort à quatre-vingts ans sans un seul cheveu blanc. La canitie (de canus, blanc) apparaît d’abord aux tempes qui tirent leur nom, ainsi que nous l’avons déjà dit, du mot tempus (temps), parce que l’àge y exerce ses premiers ravages. La couleur blanche est aussi celle des albinos. Elle se rencontre souvent chez les nègres, d’où le nom de leucetlnopie (Xsuxog, blanc ; ai9taji, éthiopien) donné à cette forme de l’albinisme.
Les émotions morales peuvent changer en un jour la couleur des cheveux : l’exemple de Marie-Antoinette est devenu classique. Orsini présenta la même anomalie que cette reine. Héquel a vu un homme dont les cheveux noirs devinrent blancs à la suite d’un reve, dans le quel il se voyait condamné au dernier supplice. Saint-Valher, en apprenant que sa fille Diane de Poitiers était devenue la favorite du roi, fut si vivement impressionné que ses cheveux devinrent tout a coup blancs. De même Henri de Navarre, à la nouvelle de l’édit de Nemours favo rable aux ligueurs, en conçut un tel chagrin qu’en peu d heures sa moustache blanchit. Louis Sforza grisonna la nuit de sa detaite par Louis XII Le poète Thomas Moore blanchit la nuit qui suivit sa condamnation à mort ; ce qui fit dire à l’un de ses biographes : « O nox; quam longa es, quæ facis una senem! » O nuit que tu es longue, toi qui suffis à faire un vieillard. D’autres fois, écrit le docteur Joannet, dans son étude sur le Poil humain , c’est le remords qui a pu produire la canitie : tel est Louis de Bavière après la condamnation de sa temme au dernier supplice. Ailleurs, c’estune violente contrariété qui décoloré subitement les cheveux. Un moine, Ubipertus, candidat a 1 épiscopat, était trop jeune encore pour recevoir la mitre : il veut obtenir une dispense et se met en route pour Rome. Débouté de sa demande par le pape, il blanchit de dépit en une nuit de telle sorte que le pape ne le reconnaît plus le lendemain. On crut alors devoir nommer évêque celui « dont Dieu avait approuvé le choix par un signe manifeste » t A l’aide de certaines préparations chimiques, on peut changer la couleur des cheveux, mais ce n’est qu’au détriment de la vitalité du cuir chevelu. L’azotate d’argent a la propriété de noircir les cellules épidermiques : c’est avec un crayon de cette substance, ou piei re infernale, que certaines personnes se font des « grains de beauté » artiüciels. Ce produit chimique est la base de toutes les eaux tinctoriales qui ont pour but de changer les cheveux blonds en noirs. Lorsqu on veut obtenir le résultat contraire on ** sert dp. de chaux ou de potasse.
SENS DU TACT
Ceux qui, par coquetterie, enlèvent les cheveux blancs dès leur apparition agissent contre leur but; l’irritation produite en multiplie au contraire le nombre : c’est le moyen qu’emploient les maquignons pour agrandir les taches blanches sur le front des chevaux.
composition chimique des poics. — Les cheveux renferment dans leur constitution de la graisse provenant des glandes sébacées adjacentes et de l’oxyde de fer fourni par le sang.
Certains auteurs ont pensé qu’une longue chevelure déterminait l’anémie à cause de la grande quantité d’oxyde de fer que les cheveux soustraient aux globules sanguins ; mais il n’en est rien.
Étant donné la composition chimique des poils, le moyen le plus rationnel de remédier à l’alopécie est de fournir aux cheveux de la graisse et du fer en faisant usage de pommades et de préparations ferrugineuses. Mais les pommades, employées comme cosmétiques de
Fig. 210. Fig. 211.
Fig. 210. — Coupe longitudinale d’un follicule pileux. — 1, Substance médullaire. — 2, Epiderme du poil. — 3, Couche épidermique externe du follicule. ■ — A, Couche épidermique interne. — 5, Liseré amorphe du follicule. — 6, Couche corticale du poil. — - 7, Papille. — 8, Couches dermiques du follicule.
Fig. 211. — Coupe horizontale d’un cil et de son follicule pileux. (Grossissement 220). — 1, Substance médullaire. — 2, Substance corticale. — 3, Gaîae interne du poil, cuticule. — 4, Gaine externe du poil, épithélium du follicule. — 5, Paroi du follicule. — 6, Derme. — 7, Glande sébacée.
la chevelure, ont l’inconvénient de rancir au contact de l’air et d’irriter le cuir chevelu par la production d’acides gras de fermentation.
Les alcalis ont la propriété de ramollir et même de dissoudre les poils ;
de îà l’emploi du savon pour faciliter le glissement du rasoir. Les corps gras assouplissent aussi les poils : c’est pourquoi, dans les hôpitaux, on se sert, pour le même usage, de cérat à la place de savon.
texture poils, poux et tesgxes. — Au point de vue de leur structure, les poils sont des cylindres creux, constitués par une gaine épidermique et un canal central. Ce canal renferme un tissu médullaire (fig. 210), qui est formé de cellules colorées par des granulations pigmentaires. Quand on arrache un cheveu, on trouve à sa racine un renflement, le bulbe pileux, composé d’un amas de cellules blanchâtres, de consistance molle. «
Les poils sont recouverts extérieurement d’écailles transparentes imbriquées à la façon des tuiles d’un toit. Cette disposition facilite la progression des parais 212. — Pou de sites du cuir chevelu (fig. 212), que les bonnes femmes ja tête. ont le tort de respecter.
La maladie appelée phthmase (çOetp, pou) est due au développement, sur toute la surface du corps, d’une grande quantité de poux ( pediculi corporis), distincts de ceux de la tête. Ils apparaissent chez les sujets malpropres, comme Labre récemment canonisé, ou à la suite de longues maladies. Dans la phthiriase, le nombre de ces insectes est si considérable (1) qu’on a longtemps considéré, mais à tort, cette affection comme mortelle. C’est à cette cause qu’on a coutume d’attribuer la mort d’Hérode, de Platon, d’Ennius, de Sylla et de Philippe II, roi d’Espagne.
Les végétaux microscopiques qui constituent les diverses espèces de teignes envahissent aussi bien le tissu médullaire que la gaine du cheveu et l’empêchent de se développer : c’est pourquoi les cheveux se cassent en brosse dans la teigne tonsurans (fig. 213), disparaissent dans la teigne dite porrigo decalvans , et cessent de croit! e lorsqu’ils sont étouffés par les croûtes jaunes et en forme de godet de la teigne favus.
Les poils, comme toutes les productions épi— Fig. 2t3. — cheveu envahi dermiques, sont dépourvus de nerfs, et la dou-
par la teigne tonsurans. ]eur qu’on éprouve en les arrachant vient du tiraillement des filets nerveux qui se rendent aux papilles pileuses.
Le renouvellement des poils se fait d’une façon analogue à celui des
(1) Ils se multiplient avec une telle rapidité que, d’après Robin, une femelle en
produit 9000 par mois.
SENS DU TACT
dents : le poil de nouvelle formation repousse l’ancien et prend sa place dans le même follicule.
usagesdespoils. — Les poils ont pour principal usage de faciliter les fonctions de la peau, en s’opposant à l’introduction des poussières dans les pertuis qui s’ouvrent à sa surface. Les moustaches et les vibrisses du nez tamisent l’air qui pénètre dans les fosses nasales ; ]9s cils, les sourcils et les poils situés à l’entrée du conduit auditif jouent le même rôle vis-à-vis des appareils de la vision et de l’audition.
Nous avons déjà dit que la propriété d’être mauvais conducteurs de la chaleur et de l’électricité permettait aux cheveux de protéger le crâne contre les influences atmosphériques. Les musulmans, qui ont la tête rasée et ne conservent qu’une mèche par laquelle Mahomet doit les enlever après leur mort pour les conduire dans son paradis, ont l’habitude de porter un turban très-épais, afin de protéger le cuir chevelu contre les intempéries des saisons. Les Chinois qui, eux aussi, ne conservent qu’une longue natte de cheveux, ont la tête couverte d’une calotte de soie. L’utilité des cheveux est encore démontrée par l’usage des perruques dans la cure des rhumatismes du cuir chevelu chez les personnes chauves.
C’est parce qu’elle est mauvaise conductrice de la chaleur qu’une barbe touffue préserve les dents de la carie, en les protégeant contre Faction de l’air froid.
Au point de vue plastique, les poils ont encore leur utilité. Ceux de la tête servent d’ornement au visage et permettent de dissimuler des cicatrices ou des anomalies désagréables à la vue. Les maladies ont, en effet, exercé une certaine influence sur l’économie de la coiffure. Ainsi François Ier porta les cheveux ras à partir du jour où, faisant le siège de la maison de Saint-Pol, il reçut à la tête un tison enflammé qui lui fit une profonde blessure et brûla une partie de sa chevelure. Aussitôt toute la cour l’imita. Le roi, raconte le docteur Brémond dans Rabelais médecin , pour remplacer les agréments de sa chevelure absente, songea à laisser pousser sa barbe, et toute la cour s’abstint de se faire raser. Voici le début d’un rondeau de l’époque où l’on chante le malheur qui en résulta pour les barbiers :
« Povres barbiers, bien estes morfondus De veoir ainsi gentilzhommes tondus,
Et porter barbe ; or advisez comment Vous gaignerez, car tous premièrement Tondre et peigner ce sont cas défendus.
De testonner (i) on n’en parlera plus.
Gardez cizeaux et rasouers esmoulus :
Car désormais vous faut vivre aultrement Povres barbiers.
(4) Terme vieilli qui signifie accomoder les cheveux avec soin.
La mode des hautes perruques au dix-septième siècle vint aussi de ce que Louis XIY en fit usage pour dissimuler une loupe volumineuse du cuir chevelu ; ce prince mit de même à la mode les talons élevés qu’il portait pour se grandir.
2° des oxcles. — Comme les poils, les ongles sont des productions épidermiques lamellaires et cornées. Ils recouvrent les extrémités de nos mains et de nos pieds. Ils sont destinés à protéger et à soutenir la pulpe des doigts et des orteils, et facilitent ainsi le toucher, la préhension et la progression. De là, pour les individus, comme les soldats, qui marchent beaucoup, l’utilité de porter les ongles des pieds un peu
Fig. 214. — Main gauche d’un savant Annamite. (D’après la photographie de M. Gsell).
longs ; de là aussi l’habitude d’arrondir l’extrémité libre des ongles des mains avec des ciseaux, afin de rendre le toucher 3t la préhension plus faciles. Lorsque les ongles sont abandonnés à tout leur accroissement, comme on en trouve des exemples chez les seigneurs, dandys et lettrés de l’Indo-Chine, de la Chine et surtout du Siam, ils peuvent atteindre de 40 à 45 centimètres (fig. 214). C’est surtout à la main gauche que ces ongles démesurés s’observent, sans doute parce qu’ils gênent moins les mouvements de préhension. L'index est généralement privé de cet appendice afin de permettre de se gratter librement, occupation qui, paraît- il, est fort répandue dans la haute société annamite.
Sous Louis XIY, il était de mode, ainsi que le fait remarquer Molière dans le Misanthrope , de porter l’ongle du petit doigt plus long que les autres.
Chez les animaux, les ongles subissent des modifications variées ; ils
SENS DU TACT
servent aux onguiculés de moyens d’attaque et de défense sous les noms de griffes, de serres, d'ergots, etc. Les ongulés, comme le cheval, ont la dernière phalange complètement enveloppée par une lame cornée que l’on appelle sabot, à cause de son analogie avec les chaussures du même nom.
Les ongles sont transparents, et la teinte rosée qu’ils présentent est celle de la couche profonde de l’épiderme. Nous savons que c’est dans cette couche que s’accumule le pigment ; aussi l’ongle apparaît-il chez le mulâtre avec une couleur très-foncée. En Égypte et en Orient, il est de bon ton, dans le sexe féminin, de donner plus de coloris aux ongles avec du carmin.
Le derr.je sous-unguéal est blanc au voisinage de la racine et produit une tache qui, en raison de sa forme , prend le nom de lunule . Cette tache blanche disparaît lorsqu’il y a excès de vascularisation du derme ainsi qu’on l’observe dans un grand nombre de maladies : ce qui justifie la croyance populaire qui considère la lunule comme un signe de santé. Le derme sous-unguéal est quelquefois le siège d’une inflammation appelée tourniol, parce qu’elle tourne de l’ongle.
A l’exception de son extrémité libre, l’ongle est recouvert sur ses
Fig. 215. — Rapport de l’ongle avec la peau.
1, l\ Épiderme. — 2, 2', Corps muqueux. — 3, 3', Papilles. — 4', Ongle. — 5, Bord de la matrice de l’ongle. — 6, Couche cornée de l’épiderme.
bords d’un repli de la peau, dit matrice de Vongle (fig. 215), qui acquiert au niveau de sa racine une largeur de 5 à 6 millimètres.
L’épiderme de ces replis se détache sous forme de petites lamelles appelées « envies », on ne sait pourquoi, qui déterminent une douleur très-vive lorsqu’on les arrache : aussi faut-il les couper avec des ciseaux dès qu’elles se produisent.
DE l’owgle BivcAiîraiÉ. — Une chaussure trop pointue exerce une pression exagérée sur les parties latérales des orteils et fait pénétrer les bords de l’ongle dans les replis de la matrice unguéale. Il en résulte une ulcération de la peau qui rend la marche impossible. Cette affection est connue sous le nom d'onyxis latéral (ovuÇ, ongle), d'ongle incarné (de in, dans ; caro, chair), ou encore d’ongle entré dans les
chairs (fi g. 216). Elle peut se rencontrer à tons les doigts du pied ; mais on l’observe, le plus souvent, sur le bord interne du gros orteil. On prévient l’incarnation de l’ongle en portant des chaussures à bout carré large de 6 centimètres. Si l’ongle commence à s’incarner, on peut empêcher les progrès du mal en interposant entre le bord de l’ongle et son pli cutané quelques brins de charpie. Lorsque ces précautions n’ont pas été prises, le meilleur moyen de guérir cette affection et de s’opposer à sa récidive consiste à arracher la moitié de l’ongle incarné, en ayant soin d’enlever en même temps la moitié correspondante de la matrice.