DES ODEURS. HYPOTHÈSES SUR LEUR MATURE. ODO
itoscoPE. — L’origine et la nature des odeurs étant inconnues, les physiologistes ont cherché à les expliquer par des hypothèses. Actuellement, deux théories ont cours dans la science : l’une, la plus généralement adoptée, est dite hypothèse des émanations moléculaires ; elle admet que les odeurs sont des particules impondérables disséminées dans l’air ; l’autre, peu répandue, est l’hypothèse des vibrations olfactives ; elle suppose que les odeurs ne seraient qu’une série de vibrations qui se transmettait au sens olfactif, comme le son est transmis à l’oreille. On oppose à la première théorie ce fait, observé par Haller, qu’un grain de musc, qui, pendant trente ans, avait exhalé ses particules odorantes, n’avait rien perdu de son poids au bout de ce laps de temps. Mais cette observation ne prouve que l’insuffisance de nos moyens de contrôle et l’excessive sensibilité de l’odorat. En effet, ce sens peut déceler dans l’air 2 millionièmes de gaz acide sulfhydrique, tandis qu’aucun des réactifs connus ne serait assez sensible pour en indiquer la présence.
Edison a découvert que l’odeur comme la chaleur exerce une influence manifeste sur la dilatation ou la contraction des corps ; il a imaginé un appareil ingénieux Vodoroscope qui repose sur ce principe et sert à mesurer la force des odeurs.
Les substances odorantes se rencontrent dans les trois règnes, et sont surtout abondantes dans le règne végétal. Si est quelques animaux qui fournissent des humeurs odorantes, tels que le cachalot, qui donne l’ambre gris; le chevrotain, qui produit le musc, et le staphylin, qui possède au bas de l’abdomen deux poches, dont le contenu a une odeur de citron. Le castoréum, la civette, le putois, etc., sont aussi dans le même cas.
Les corps inodores mis en contact avec des substances odorantes ont la propriété de conserver pendant un temps plus ou moins long l’odeur de ces dernières : de là l’usage des sachets parfumés. Haller a remarqué qu’une feuille de papier frottée avec un grain d’ambre gris
DE L’OLFACTION
était encore très odorante quarante ans après. Les odeurs s’imprègnent aussi avec facilité dans la peau, les cheveux et les vêtements. C’est ainsi que s’explique la propriété qu’avait un aveugle de se rendre compte, à l’aide de l’odorat, des habitudes de ceux qui l’approchaient.
La nature et même la couleur des étoffes exercent leur influence sur la fixation et le développement des odeurs. Les vêtements de laine conserveront plus facilement les particules odorantes que les étoffes de soie. Le médecin écossais Stark a classé les couleurs des tissus par ordre d’affinité pour les odeurs : il place en tête de la série les étoffes noires, puis successivement les étoffes bleues, les rouges, les jaunes et, au dernier rang, les tissus blancs.
classification des odeurs. — Le nombre des odeurs est si considérable qu il a été jusqu’à ce jour impossible de les classer d’une façon satisfaisante. Leur division en faibles et fortes , en agréables ou darfums et en désagréables ou mauvaises odeurs , est particulièrement défectueuse ; car la même odeur peut être agréable pour les uns et désagréable pour les autres : ainsi, l’odeur de la valériane nous parait si repoussante que nous lui avons donné le nom de stercus diaboli (excrément du diable), tandis qu’en Chine, où elle est fort estimée, on la qualifie de « parfum divin » . On sait que la racine de cette plante a la propriété d’attirer les chats.
Un chimiste anglais, S. Piesse, a établi une gamme des odeurs dans laquelle le patchouly occupait le do d’en bas de la clef de fa, et la civette le fa d’en haut de la clef de sol. Il a aussi déterminé des dissonances et des accords olfactifs ; nous ne citons cette classification originale qu’à titre de curiosité, parce qu’elle est trop arbitraire pour l’accepter.
La moins défectueuse de toutes les classifications des odeurs est encore celle de Linné, qui les a rangées en six catégories principales : les odeurs aromatiques (laurier), les flagrantes (lis), les ambrosiaques (ambre), les alliacées (ail), les fétides (valériane) et les nauséeuses (courge).