I. — Du nez
La saillie nasale est un des caractères distinctifs de l’espèce humaine ; les animaux n’ont que des narines, des naseaux ou de simples trous ;
seuls, les mammifères appartenant au genre Nasique possèdent un appendice nasal proéminent. Les singes nasiques vivent en troupes nombreuses au milieu des forêts de Bornéo. Les naturels de cette île, dit Figuier, prétendent que ces singes sont des hommes qui se sont retirés dans les bois, pour ne pas payer d’impôts au gouvernement de l’ile, et ils ont la plus grande considération pour un être qui a trouvé un si bon moyen de se dérober aux charges de l’État.
usages ou nez. — Le nez est une sorte de chapiteau qui joue vis-à-vis de l’odorat un double rôle : il protège, d’une part, l’organe f olfactif et conduit, de l’autre, les particules odorantes vers la région supérieure des fosses nasales. Mais son développement n’est nullement en rapport avec celui de l’olfaction, et l’on sait que ce ne sont pas les plus gros nez qui jouissent de l’odorat le plus fin. Les nègfes, par exemple, qui, pour la plupart, ont le nez épaté, possèdent cependant un odorat très-subtil.
Le nez forme le trait saillant de la physionomie. Pour se rendre compte de son utilité plastique, il suffit de considérer la figure d’une personne qui en est privée. Cet aspect est si repoussant que plusieurs jurisconsultes en ont fait un cas légitime de divorce. Par contre, ainsi que dit le proverbe :
Jamais grand nez ne gâta beau visage.
Pascal appréciait bien l’importance de cet organe comme agrément physique lorsqu’il disait que « si le nez de Cléopâtre eût été plus court toute la face de la terre aurait changé » .
covFOîiMATiov extérieure ou ivEz. — La direction du nez est généralement oblique à droite ou à gauche, suivant que l’on a l’habitude de se moucher de la main droite ou de la gauche.
Quant à sa forme, elle varie avec les individus, à ce point que l’on peut affirmer qu’il n’y a pas deux nez ayant la même conformation extérieure. Cependant ces nombreuses variétés peuvent être ramenées à trois types principaux : le nez proéminent, le nez retroussé et le nez épaté.
Le premier type est le plus répandu chez les Européens : il comprend les nez aquilins (de aquila , aigle), qui sont légèrement convexes, et les nez droits , que les Grecs considéraient comme l’emblème de la beauté. Lorsque la courbe du nez est plus accentuée, ainsi qu’on l’observe dans la race juive, elle constitue le nez dit « à la Bourbon », parce qu’il est propre aux membres de cette famille. Cette variété imprime à la physionomie un caractère de dureté que l’on retrouve dans le nez arqué de Catherine de Médicis et de la reine Élisabeth. Le nez dit en bec à corbin est caractérisé par une courbure si exagérée qu’on
DE L’OLFACTION
l’a comparée à celle du bec d’un perroquet : tel était le nez de Roquelaure, dit l’homme le plus laid de France; tel était celui de Cyrano de Bergerac qui lui dut un grand nombre de duels. L’habile chirurgien, M. Richet, restaura avec succès chez un jeune homme, un nez de cette dernière variété, qui avant l’opération était le seul obstacle à son mariage.
Parmi les personnages célèbres par la proéminence de leur nez, on cite : Numa qui doit à cette particularité son surnom de Pompilius, Ovide appelé Naso pour la même raison, Cyrus, Louis XI, François Ier, etc.
Le nez retroussé , auquel Roxelane, sultane favorite de Soliman II, a attaché son nom, donne à la physionomie un certain air éveillé qui, s’il manque de noblesse, n’est cependant pas dépourvu de charme.
Le nez épaté est une forme très-commune dans la race nègre, chez les Esquimaux, les Hottentots et les Chinois. Si l’écrasement du nez est considérable, on dit que le nez est camus, à cause de sa ressemblance avec celui du chamois (en italien camoscio). Socrate, le connétable Anne de Montmorency, le duc de Guise, fils de celui qui fut tué à Blois, Paul Ier et Bertrand Duguesclin présentaient ce signe particulier. Un poète du temps disait de ce dernier capitaine :
Je croi qu’il n’est si laid de Rennes à Dînant Camus estoit et noir, malostru et mussant.
Actuellement en Russie, le régiment de Paul Ier est composé d’hommes qui, comme ce souverain, ont tous le nez camard ; dans un autre, les soldats sont tous grêlés. C’est pousser un peu loin le principe de l’uniforme dans l’armée.
Fig. 240. — Spéculum de S. Duplay. Fig 241.'-= Réflecteur deSemeleder (Modifié parS. Duplay.
La base du nez peut être fendue comme chez certains chiens de chasse : tels étaient, parait-il, les nez de saint Vincent de Paul et du diacre Pâris.
conformation intérieure ou kez. — La face postérieure du nez est concave : elle limite une cavité qui sert de vestibule aux fosses nasales et qui constitue la cavité des narines. Cet espace est
divisé en deux galeries indépendantes Tune de l’autre par une cloison verticale de nature cartilagineuse, se soudant à la cloison osseuse que nous retrouverons dans les fosses nasales. C’est la base de cette cloison que les sauvages traversent par une barbe de porc-épic ou par des anneaux métalliques, pour s’en faire un ornement, selon l’ancienne coutume des femmes juives.
On explore les cavités nasales à l’aide d’un instrument nomme spê-~ culum (fig. 240), mot latin qui signifie miroir.
structure ou nez. — 1° ba charpente. — La charpente du nez se compose des os nasaux et de plusieurs pièces cartilagineuses. Ces pièces sont les cartilages latéraux (fig. 242), qui concourent avec
Fig. 242. — Squelette du nez.
i. Os nasal gauche. — 2, Cartilage latéral du nez. — 3, Cartilage de l’aile du nez. — 4, 5, 6, 7, Cartilages accessoires. (Figure extraite de Y Anatomie de M. Fort.)
les os nasaux à former le dos du nez ; les cartilages des ailes, contournés en fer à cheval, et les cartilages accessoires qui sont situés entre les autres cartilages.
2° couche musculaire. — Le squelette du nez reçoit l’insertion de plusieurs muscles de la face qui concourent au jeu de la physionomie. Ces muscles sont, ainsi que nous l’avons déjà dit : le pyramidal , Y élévateur propre de la lèvre supérieure , Y élévateur commun de Voile du nez et de la lèvre supérieure , le transverse et le myrti forme (pl. II, B).
OE l’olfaction.
3* COUCHE CUTANÉE. ÉPITHÉLIOMA ET ÉLÉPHAMTIASIS
ou atez. — La peau du nez ne diffère pas sensiblement de celle des autres régions du corps. Elle se réfléchit à la base de cet organe pour tapisser les parois des narines et présente à ce niveau des poils d’une certaine longueur, appelés vibrisses , qui servent à tamiser l’air de la respiration.
La peau du nez est le siège de prédilection de la maladie que nous avons désignée sous le nom d ’épitliêlioma. Cette affection débute par un petit bouton qui peut être l’origine d’un ulcère rongeant, lorsqu’il est irrité ; aussi lui a-t-on encore donné le nom de noli me tangere (ne me touchez pas).
La couche cutanée nasale est souvent affectée d 'èléphantiasis, qui donne au nez un aspect difforme. M. A, Guérin a présenté dernièrement à l’Académie de médecine le moule d’un nez éléphantiasique qui mesurait 16 centimètres de long sur 22 de large. C’est pour remédier à cette affreuse infirmité que M. Ollier a proposé et pratiqué la décortication de l’appendice nasal jusqu’à son squelette.
de la restauration du nez. — ■ Les vaisseaux sanguins qui rampent dans la couche profonde de la peau sont très-nombreux.
Fig. 243. — Restauration du nez par la méthode indienne.
AA, Trace du lambeau frontal. — B, Lambeau adapté aux bords du trou qui remplaçait le nez. — CD, Incisions que l’on pratique lorsque le bord des paupières se renverse en dehors comme on l’observe du côté droit. — EF, Petits cylindres introduits dans les narines.
Cette richesse vasculaire permet de souder avec succès les deux portions d’un nez qui ont été séparées à la suite d’une rixe ou d’un accident, ainsi que Hoffacker, chirurgien officiel des duels à Heidelberg, l’a maintes lois observé. C’est à son extrême vascularité et aussi à la finesse de
ses vaisseaux que le nez doit de rougir et de prendre un aspect variqueux sous l'influence du froid, du tempérament herpétique ou par l’abus des boissons alcooliques. C’est encore cette abondante vascularisation qui explique la congélation fréquente du nez pendant les hivers rigoureux. !
Lorsque le nez a été détruit ou mutilé par une cause quelconque, on peut en faire la restauration, ainsi que nous l’avons dit plus haut, soit en détachant un lambeau du front, comme dans la méthode indienne (fig. 243), soit en se servant de la peau de l’avant-bras (fig. 220), comme dans la méthode italienne. On obtient alors des résultats qui sont parfois surprenants. Ainsi, M. Richet rapporte dans son Traité d'anatomie que cette opération avait si bien réussi sur une femme, à qui un coup de dent avait enlevé le nez, que les juges doutaient de la réalité du fait ; mais la plaignante avait eu soin d’apporter à l’audience son premier nez conservé dans l’alcool.
On peut encore poser des nez postiches en caoutchouc, en pâte spéciale ou en métal. Ce procédé était déjà en usage du temps d’Ambroise Paré qui l’appliqua à Pierre Craon, surnommé Nez-d’argent.
IL — Des fosses nasales.
COXFOISMATÏO\ DES FOSSES UKASALES. — Les foSSCS na-
sales (pl. II, E. 22, I, 7) sont deux grandes loges creusées dans le squelette de la face ; elles communiquent avec les cavités appelées sinus , qui sont situées dans l’épaisseur des os du voisinage, tels que les frontaux, l’ethmoïde, le sphénoïde et les maxillaires supérieurs.
Elles sont séparées l’une de l’autre par une cloison verticale osseuse (pl. II, H. 3), formée en haut par la lame perpendiculaire de l’ethmoïde et en bas par l’os vomer. Cette cloison de séparation qui, en avant, est complétée par la cloison cartilagineuse du nez, est une sorte de clef de voûte de l’appendice nasal : dès qu’elle est détruite, le nez s’affaisse et devient camus. La gravité que présentent parfois les contusions et les fractures du nez, provient du retentissement de la violence extérieure sur le cerveau, par l’intermédiaire de la lame perpendiculaire de l’ethmoïde.
L’organe de l’odorat est donc double, un droit et un gauche, comme pour les autres sens.
orifices oes fosses NASALES. — Les fosses nasales ont deux orifices : un orifice antérieur (fig. 41), qui a la forme d’un cœur à pointe dirigée en haut, et un orifice postérieur quadrilatère (fig. 244) qui fait communiquer l’organe de l’odorat avec le pharynx. De là
DE L’OLFACTION
l’obligation, dans certains saignements de nez abondants, de tamponner l’orifice postérieur des fosses nasales (fig. 250) ; de là aussi, dans le rhume de cerveau, l’indication de dormir, autant que possible, couché à plat ventre, afin d’empêcher les sécrétions nasales d’irriter l’arrière-gorge.
C’est au voisinage de l’orifice postérieur des fosses nasales que s’ouvre le conduit appelé trompe d’Eustache qui aboutit à l’oreille
Fig. 244. — Orifice postérieur des fosses nasales. Image fournie par l’examen rhinoscopique.
A, Fossette de Roseninüller. — B, C, D. Cornets supérieur, moyen, inférieur. — F, Ouverture de la trompe d’Eustache. — G, Face supérieure de la luette. Au-dessous on remarque la base de la langue et les amygdales sur les côtés.
moyenne. Cette disposition explique, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, la propagation si fréquente des inflammations du nez à l’appareil de l’audition, et facilite le cathétérisme ou sondage de ce conduit par les fosses nasales (fig. 243).
La communication de l’organe de l’odorat avec le pharynx permet d’explorer l’orifice postérieur des fosses nasales à l’aide d’un miroir rhinoscopique introduit dans la gorge (fig. 245).
On distingue quatre parois aux fosses nasales : une supérieure, une inférieure et deux latérales.
La paroi inférieure OU plancher des fosses nasales a Une direction rectiligne; elle sépare la bouche de l’organe olfactif. Ces deux cavités communiquent entre elles lorsque la paroi inférieure a été perforée, soit à la suite d’une affection ulcéreuse, soit par un vice de conformation congénital : on remédie à cet inconvénient par l’application d’un obturateur spécial,
La paroi supérieure OU voûte des fosses nasales est très-étroite J
elle est criblée de trous par lesquels s’engagent les filets des nerfs oliactifs (fig. 253). Cette paroi est traversée en avant par une veine qui se détache des sinus veineux du crâne et vient se ramifier sur les parois
Fig. 245. — Rhiuuscopo dà Duplay.
Cet instrument se compose de deux longues branches coudées : l’une, fixe, se termine par un miroir dont l’inclinaison peut être modifiée à volonté ; l’autre, agissant à l’aide d’un double levier sur la première, fait mouvoir un anneau placé en avant du miroir est destiné à relever la luette.
des cavités nasales. La dépendance des deux circulations nasale et cérébrale justifie l’emploi des sangsues à la base du nez, dans les affections du cerveau, et explique pourquoi un saignement de nez suffit souvent à dissiper un violent mal de tête.
Les parois latérales sont rendues sinueuses par la présence de lamelles osseuses appelées cornets , parce qu’elles sont contournées sur elles-mêmes. Ces cornets limitent des anfractuosités, auxquelles on a donné le nom de méats (de meare, couler). On distingue trois cornets et le même nombre de méats : un inférieur, un moyen et un supérieur (pl. II, fig. 2 ; 1, 7, 17).
C’est dans ces méats que s’ouvrent les sinus frontaux, maxillaires, sphénoïdaux et ethmoïdaux.
On remarque dans le méat inférieur l’orifice d’un conduit, dit canal nasal (fig. 249), qui sert d’écoulement aux larmes. Nous en reparlerons à l’étude de la vision.
DE L OLFACTION
membrane pituitaire, epistaxis. — La cloison et les parois des fosses nasales sont tapissées d’une membrane muqueuse.
Fig. 247. — Cloison des fosses nasales.
1,2, 3, 4, Cartilage de la cloison. — 3. Extrémité postérieure de ce cartilage se prolongeant dans l’épaisseur du vomer. — 6, Cartilage de l’aile du nez. — 7, Cartilage accessoire. — 8, Lame perpendiculaire de l’éthmoïde. — 9, 10, Vomer. — 11, Voûte palatine. —12, Conduit palatin antérieur. — 13, Bord postérieur du vomer s’unissant au sphénoïde.
facilité sous l’influence d’un choc, d’une congestion sanguine ou d’un simple éternument. Gomme son système vasculaire est très-riche, la déchirure de cette membrane est toujours accompagnée de la rupture
Fig. 246. — Coupe transversale des fosses nasales (d’après Hirsehfeld.) i, 2, 3, Coupe des cornets inférieur, moyen, supérieur. — 4, 5, 7, Méats inférieur, moyen, supérieur. — 6, Sinus maxillaire. — 8, Cellules éthmoïdales.
dite pituitaire (de pituita, mucosité), qui se continue avec celle de l’arrière-bouche.
Cette membrane est si mince qu’elle se déchire avec la plus grande
d’un certain nombre de vaisseaux, qui donne lieu à un écoulement de sang plus ou moins abondant, appelé épistaxis (sttI, sur ; jiaÇs'.v, couler goutte à goutte).
Lorsque le saignement de nez ne peut pas être arrêté par les moyens ordinaires tels que la clef dans le dos, l’élévation des bras, la ligature des quatre membres, l’aspiration d’eau froide, etc., on a recours, ainsi
Fig. 248. — Cathétérisme de la trompe d’Eustache par les fosses nasales.
que nous l’avons déjà dit, au tamponnement de l’orifice postérieur des fosses nasales (fig. 250).
Le saignement de nez est souvent provoqué dans les pensionnats, où
certains élèves emploient ce petit stratagème pour obtenir la permission de quitter la classe.
On peut encore, en se mouchant, s’introduire une certaine quantité d’air par la déchirure de la membrane pituitaire et déterminer ainsi un emphysème qui, de proche en proche, s’étend à toute la face.
ou coryza. — La pituitaire Fig. 249. Caaai nasal. renferme dans son épaisseur de
A, B, Conduits lacrymaux supérieur et inférieur. . . ,
- c, Sac lacrymal. - d, Canal nasal. — e, nombreuses glandes en grappes Maxillaire supérieur. (fig. 251), qui sécrétentun mucus
destiné à entretenir une légère humidité à la surface de la muqueuse nasale. Cette condition est indispensable à l’accomplissementderolfaction;
DE L’OLFACTION
car ce sens est altéré quand la sécrétion du mucus est trop abondante ou, au contraire, quand elle est insuffisante, ainsi qu’on l’observe dans le coryza. Cette affection, que l’on appelle vulgairement rhume de cer veau , bien qu’il n’existe, ainsi que nous l’avons vu, aucune communication directe entre les cavités nasale et cérébrale, est encore carac-
A, Cloison des fosses nasales. — B, Pharynx. — C, Coupe de la langue. — D, Sonde introduite dans la fosse nasale gauche. — D', Extrémité de la sonde dans le pharynx. — E', Ressort dans lequel on passe les fils G, du bourdonnet de charpie F.
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térisée par un boursouflement de la pituitaire, qui obstrue les fosses nasales et s’oppose au passage de Tair.
De là, la gravité de cette maladie chez le nouveau-né qui, gêné par la respiration, peut difficilement prendre sa nourriture et succombe, dans certains cas, à l’inanition.
Un léger gonflement de la membrane pituitaire constitue Venchi frènement qui est le premier degré du coryza. Cette affection peut être provoquée par l’ingestion de certaines substances, comme l’iodure de potassium.
L’impuissance des nombreuses médications que l’on oppose au coryza justifie cette ironie d’Alphonse Karr : « Tout ce que les médecins ont pu faire contre le rhume de cerveau, c’est de l’appeler coryza. »
La pituitaire pénètre à l’intérieur des sinus qui s’ouvrent dans les
Fig. 251. — Glandes de la pituitaire.
L L lj 1, Orifices des glandes. — 2, 2, 2, Conduits excréteurs et acini.
fosses nasales; de plus elle se continue avec la conjonctive des paupières en passant par le canal nasal (fig. 249) et avec la membrane muqueuse de la caisse du tympan par l’intermédiaire de la trompe d’Eustache. Cette continuité entre ces diverses membranes muqueuses explique la facilité avec laquelle se propage l’inflammation de la pituitaire aux cavités du voisinage, ainsi que les douleurs frontales, maxillaires, conjonctivales et auriculaires, qui accompagnent souvent le coryza.
l’ozène xasal. — La membrane pituitaire est parfois le siège d’ulcérations qui répandent une odeur de punaise écrasée : d’où les noms de punaisie et d ’ozène (o£eiv, sentir mauvais) donnés à cette maladie. Ces ulcérations siègent le plus souvent sur la cloison osseuse de l’ethmoïde qu’elles envahissent consécutivement.
La fétidité de l’ozène est telle que l’on évite les personnes qui en sont affectées ; aussi comprend-on que cette infirmité ait quelquefois conduit au suicide.
Il est des conscrits qui simulent l’ozène en s’introduisant dans les fosses nasales un morceau de viande en putréfaction ; mais cette supercherie se reconnaît facilement.
On observe encore dans la morve des ulcérations plus ou moins étendues de la pituitaire ; elles ont reçu le nom de chancres morveux .
polypes nasaux. — Il se développe souvent sur la membrane pituitaire des excroissances charnues que l’on appelle des polypes (toXuç, beaucoup; tuouç, pied).
Ces polypes, dits muqueux , sont mous, grisâtres et très-hygrométriques; aussi gonflent-ils sous l’influence de l’humidité. Lorsqu’ils sont très-volumineux, ils obstruent les narines et par suite interceptent le passage de l’air : d’où la perte de l’odorat, l’altération notable de la voix qui devient nasillarde et la gêne de la respiration qui force les malades à dormir la bouche ouverte.
On rencontre dans les fosses nasales d’autres polypes, dits fibreux, qui, ayant leur point d’implantation en dehors de ces cavités, s’y introduisent et déterminent des dégâts considérables (fig. 31). Ces polypes sont encore appelés naso-pharyngiens , parce qu’ils naissent le plus souvent du périoste recouvrant l’apophyse basilaire de l’occipital située au fond du pharynx (fig. 252).
Pour se soustraire au service militaire, certains jeunes gens imitent un polype, en s’introduisant dans les fosses nasales des reins de poulet ou de lapin. Mais il est facile de reconnaître la fraude en provoquant un éternument. Un jeune militaire, rapporte Fallot, dans l’espoir de se faire réformer, s’était introduit un gros morceau de rein qui bouchait entièrement la fosse nasale droite où il était étroitement emprisonné. Désigné pour le service, il confessa incontinent l’imposture et
DE l’olfaction. 363
se débarrassa sur place du corps étranger qui le gênait prodigieusement.
nerfs de l’appareil olfactif. — La membrane pituitaire reçoit des nerfs de deux ordres : 1° des nerfs de sensibilité gênéraie ou tactile; 2° des nerfs de sensibilité spéciale ou olfactive.
1° Les nerf» <ie sensibilité tactu© émanent des nerfs trijumeaux et président à la sensibilité générale des fosses nasales. Ce sont eux
Fig. “252. — Extraction d’un polype fibreux implanté sur l’apophyse basilaire de l’occipital.
qui, à la suite de l’irritation la plus légère delà pituitaire, déterminent l’éternument : de là l’emploi des sternutatoires, tels que les feuilles de tabac, de marjolaine, de bétoine, d’asarum, de verveine, les rhizomes d’iris, les fleurs de muguet, de sauge, de lavande, etc., pour faciliter l’expulsion des mucosités ou des corps étrangers contenus dans les voies respiratoires.
La corrélation physiologique qui existe entre les nerfs des fosses nasales et ceux de la cavité thoracique justifie l’emploi des inhalations d’ammoniaque et de vinaigre pour rappeler, dans le cas de syncope, les mouvements respiratoires. Dautre part, la démangeaison des narines, qui porte les enfants à se frotter le nez, et qui est généralement considérée comme un signe de la présence de vers dans l’intestin, semble démontrer qu’il existe aussi un certain rapport entre les filets nerveux de la pituitaire et ceux de l’appareil digestif. La sphère d’action des fosses nasales s’éten d encore plus loin, puisque le froid aux pieds provoque l’éternument.
2° Les nerf» <ie sensibilité olfactive subissent les impressions des
particules odorantes et transmettent au cervau les sensations qui en résultent. Les filets de ces nerfs traversent les trous de la lame criblée de l’ethmoïde et viennent s’épanouir dans la muqueuse du tiers supérieur des fosses nasales. Il n’y a que la zone innervée par les
1, Bulbe du nerf olfactif. — 2, Ramification du nerf olfactif sur la cloison des fosses nasales. — 3, 4, Filets nerveux présidant à la sensibilité de la muqueuse de la cloison.
nerfs olfactifs qui soit sensible aux odeurs. Par conséquent, les deux tiers inférieurs de la cloison, la partie située au dessous des cornets moyens et les sinus adjacents sont impropres à l’olfaction.
USAGES DES REPLIS DE L V PITUITAIRE. — Les physiolo-
gistes enseignent que les profondes anfractuosités de ces sinus servent, ainsi que les sinuosités multiples des cornets, à emmagasiner l’air et à permettre aux molécules odorantes de prolonger leur contact avec la muqueuse pituitaire. Or nous pensons qu’en raison du mode de distribution des filets olfactifs et de l’instantanéité de l’impression olfactive, les nombreux replis des cornets ne jouent qu’un rôle secondaire dans l’olfaction, et qu’ils n’ont d’autre but que d’étendre la surface de la pituitaire dont l’épithélium à cils vibratiles tamise l’air de la respiration. L’étendue des fosses nasales, chez le cochon et le chien, est en rapport avec l’habitude qu’ont ces animaux de flairer sans cesse les objets voisins du sol et plus ou moins couverts de poussière.
Les nombreux replis de la membrane pituitaire servent non-seulement à tamiser l’air de la respiration, mais encore à l’humidifier et à le réchauffer. Aussi, lorsqu’un polype nasal ou tout autre obstacle oblige à respirer par la bouche, l’air exerce-t-il une action irritante sur la gorge et les voies respiratoires. C’est pour remédier à cet inconvénient qu’à la suite de la trachéotomie, on a proposé de recouvrir U’uue mousseline l’ouverture extérieure de ia canule, Ce tamis im-
DK L OLFACTION.
provisé réchauffe l’air qui le pénètre, tout en retenant les poussières atmosphériques.
On pourrait obtenir le même résultat en substituant à la mousseline le petit appareil en étoffe que M. Collin a imaginé pour les personnes affectées de maladies de poitrine ou de maux de gorge et que l’on maintient devant la bouche à l’aide de cordons fixés aux oreilles, afin de mitiger l’air respiré.
L’action tempérante de la pituitaire sur l’air respiré explique encore pourquoi, en été et dans les pays chauds, on souffre moins de la soif en ne respirant que par le nez. Sans cette précaution, l’Arabe ne pourrait entreprendre ses longues traversées dans le désert. De même le caillou que les coureurs gardent dans la bouche et le fétu de paille que les lutteurs ont l’habitude de serrer entre les dents, maintiennent la bouche fermée et obligent à ne repirer que par le nez.
Cfest surtout chez les animaux que les fosses nasales nous apparaissent comme des annexes des voies respiratoires. Ainsi lorsqu'un cheval s’emporte, on le retient en lui serrant les naseaux; on a imaginé un mors muni de deux branches extérieures qui lui coupent la respiration, dès qu’il s’emballe, et le forcent à s’arrêter. Les chiens cependant, après une longue course, respirent la gueule ouverte ; mais c’est afmde suppléer au défaut de la transpiration cutanée par l’évaporation de la salive à la surface de la langue.
Quant aux sinus, il faut les considérer, avec M. Tillaux, comme un artifice de construction dont la nature s’est servie pour donner plus de légèreté aux os de la face sans nuire à leur résistance.