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CHAPITRE VIII

SENS DE LA VISION

importæivce i>e l\ vee. — Le sens de la vue, que Buffon appelait le « toucher lointain » , fait percevoir la lumière et distinguer les propriétés extérieurs des corps, telles que la couleur, la forme, la distance et l’état de repos ou de mouvement.

L’œil, qui, d’après Charron, est « le plus beau joyau du corps », ne sert pas seulement à percevoir les objets qui nous entourent : souvent aussi il trahit les mouvements de l’àme, ses passions, ses sentiments ; on le considère justement comme le miroir de l’àme, et Y. Hugo a pu dire : « L’œil de l’homme est une fenêtre par laquelle on voit les pensées qui vont et viennent dans sa tête. » Nous trouvons la même idée dans ces vers de Racine :

Le cœur pour s’exprimer n’a-t-il qu’un interprète ?

Ne dit-on rien des yeux, quand la bouche est muette ?

La vue, ce « roi des sens », ainsi que l’appelait Gerdy, est certainement le plus utile et le plus précieux de tous. Et cependant les aveugles sont moins portés à la tristesse que les sourds ; ils suppléent au sens qui leur manque par les autres sens et surtout par le toucher.

aveugles et borgnes gélèbres. — Crever les yeux est un des supplices les plus atroces que les hommes aient inventés. Les grandes victimes de cette barbarie ont été : Samson, Bélisaire, le pape Léon III, Bernard roi d’Italie et petit fils de Charlemagne. Les personnages célèbres privés de la vue par l’effet de l’âge, ou par accident sont : Homère, Michel-Ange, Louis IIÎ roi de Provence, Boleslas III duc de Bohême, Magnus IV roi de Norvège, Bêla II roi de Hongrie* Jean Ziska le général des Hussites qui, après avoir perdu l’œil qui lui restait au siège de Raby, en 1420, commandait encore son armée et remporta d’éclatantes victoires. De même Jean V Aveugle, roi de Bohême, périt dans la mêlée à la bataille de Crécy, en 1346. Citons encore Galilée, Milton et Delille le traducteur du Paradis perdu où nous trouvons ce passage qui fait allusion à la cécité de l’auteur :

Mais, hélas î à mes yeux la lumière èst raviôj

En vain leur globe éteint et roulant dans la nuit

Cherche aux voûtes des cieux la clarté qui me fuit j

SENS DE LA VISION

Tu ne visites plus ma débile prunelle

Les ans, les mois, les jours, par une sage loi,

Tout revient ; mais le jour ne revient pas pour moi.

Après les aveugles, il est naturel de parler des borgnes célèbres : Tyrtée, Philippe de Macédoine, Annibal, Gamoëns, le grammairien Despautère, le graveur Pozzo, le chimiste Conté ; et plus près de nous : Buloz, le fondateur de la Revue des Beux-Mondes, Gambetta qui perdit à huit ans l’œil droit en regardant trop près le travail d’un coutelier, enfin l’histologiste Robin qui devint borgne dans sa jeunesse en jouant au bâtonnet.

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