PAPILLE OPTIQUE. LXPÉRIEACE DE MAUIOTTE SUR UE
poimt aveugle. — La couleur de la papille, en se modifiant, fournit de précieux éléments de diagnostic pour les maladies oculaires et même cérébrales ; ainsi l’inflammation du nerf optique, ou névrite optique , lui donne une couleur rouge plus ou moins intense, et l’atrophie des éléments nerveux du nerf optique, une coloration blanche, qui tranche, par son éclat nacré, sur la teinte rouge du fond de l’œil.
Fig. 262. — Expérience de Mariotte-
Les physiologistes ont appelé la papille du nerf optique, le punctum cæcum ou point aveugle , parce qu’elle est à peu près insensible à l’action de la lumière.
Ainsi, le nerf qui nous fait voir ne peut voir lui-même. Cette insensibilité est facile à constater sur soi-même en répétant une expérience ingénieuse imaginée par Mariotte. Fermez l’œil droit et fixez avec l’œil gauche le cercle noir de la figure 262 ; puis éloignez peu à peu le livre de l’œil : il arrivera qu’à une certaine distance (30 centimètres
SENS DE LA VISION. W
environ), la croix disparaitra complélement parce qu’à ce moment son image se peint sur le punctum cæcum.
A deux mètres de distance une figure humaine peut disparaître en entier. Mariotte fit cette expérience, la première fois , à la cour de Charles II d’Angleterre, en indiquant à ses courtisans la manière de se voir mutuellement sans tête.
La papille est aveugle parce qu’elle est dépourvue de pigment et qu’elle réfléchit en tous sens les rayons lumineux projetés à sa surface. Comme les images se forment sur la rétine au pôle postérieur de l’œil, ce point doit être le plus sensible de tous à l’impression de la lumière; aussi est-il occupé par la tache jaune , et non par le nerf optique qui, à cause de l’insensibilité de la papille, pénètre dans l’œil en un autre point que sa partie centrale.
des phosphèives. — La rétine n’est pas seulement impressionnable à la lumière ; on peut encore par action mécanique éveiller des sensations lumineuses dites phosphènes (çôç, lumière ; <pa£vetv, faire briller). La recherche des phosphènes sous l’influence d’une légère
Fig. 263. — Phosphène temporal.
pression du globe de l’œil avec la pulpe du doigt ou un corps résistant quelconque est un moyen employé en oculistique pour apprécier l’état de la sensibilité rétinienne. L’image lumineuse qui se produit dans ce cas est un cercle à bords brillants et à fond sombre ; elle rappelle» ainsi que l’a fait remarquer Newton, la partie centrale d’une queue de paon. Fermez les yeux, regardez du côté du nez et pressez le globe oculaire du côté opposé : vous verrez aussitôt se produire, vers la région où l’œil est dirigé, le phosphène dit temporal (fig. 263).
C’est par le même mécanisme qu’une violence exercée sur l’œil fait apparaître dans le champ de la vision de nombreux phosphènes : d’où la locution vulgaire « voir trente-six chandelles » . La lueur intense qui se produit dans ce cas est purement subjective.
Muller rapporte que des médecins légistes ont été appelés par les tribunaux à se prononcer sur cette question : un homme attaqué la nuit peut-il avoir reconnu son agresseur grâce aux phosphènes déter-
minés par un coup de poing asséné sur l’œil droit? Les experts déclarèrent que la reconnaissance était impossible.
ïuin ntvTis couches DE la RÉTircE. — Le nombre des
Fig- 20 1 ■ Fig. 263.
Figure schématique de la rétine (M. Schultze.)
couches qui entrent dans la stucture de la rétine varie selon les auteurs ; nous en admettrons six, à savoir, de dehors en dedans : £° la
SENS DE LA VISION
couche des bâtonnets ou membrane de Jacob (c, c\ fig. 265); 2° la couche granuleuse externe (d, f); 3° la couche des fibrilles (g); 4° la couche des ganglions (h) ; 5° la couche des fibres du nerf optique (i) ; enfin, 6° la membrane limitante dans laquelle se ramifient les vaisseaux de la rétine ( e , l, fig. 264). Le réseau vasculaire de la rétine est donc disposé en avant des fibres du nerf optique et celles-ci occupent un plan antérieur à celui de la membrane de Jacob.
impoutwce de lü MEMBRANE de jacob. — Cette dernière couche est la plus importante de toutes au point de vue physiologique. Elle est constituée par la juxtaposition d’une quantité innombrable de petits cylindres dits bâtonnets , disposés comme les bûches d’une pile de bois. La vue d’ensemble des extrémités de ces éléments nerveux, dont le plan de section mesure environ trois millièmes de millimètre de diamètre, simule assez bien le dessin d’une mosaïque à divisions microscopiques. Certains bâtonnets ont une extrémité renflée en forme de massue et prennent alors le nom de cônes. La tache jaune, la partie la plus sensible de la rétine, est exclusivement composée de cônes. Ces corps microscopiques, cônes et bâtonnets, peuvent donc être assimilés par leurs usages aux papilles nerveuses de l’organe du tact, et c’est avec raison qu’on les considère comme les éléments terminaux du nerf optique.
L'artère centrale de la rétine préside à la nutrition de cette membrane et sa situation en avant de la couche des bâtonnets explique comment il est possible de voir ses propres vaisseaux rétiniens. Pour cela il suffit de se mettre en face d’une muraille obscure, dans une cave, par exemple, et de faire passer devant les yeux une lumière vive en la déplaçant de haut en bas. Les vaisseaux projettent leur ombre sur la couche des bâtonnets et produisent l’image qui porte le nom d'arbre vasculaire de Purkinje.
Cette expérience démontre que la membrane de Jacob est la seule couche de la rétine qui reçoit l’impression visuelle.
Les physiologistes n’ont pas encore expliqué par quel mécanisme les fibres du nerf optique situées, comme nous savons, sur un plan antérieur à cette membrane, transmettent ensuite au cerveau les impressions qui s’y produisent.
troubles visuels uÉTixiEvs. — La perte temporaire ou permanente de la sensibilité de la rétine détermine plusieurs variétés de troubles visuels tels que : Yamblyopie (à;j.6XüÇ, émoussé;
âty, œil) ou affaiblissement de la fonction visuelle; Yhéméralopie (^éva, jour; oTtto^at, je vois), ou inaptitude à voir dès que le jour baisse; la nyctalopie (vu£, nuit; oty, œil), caractérisée, au contraire, par la faculté de distinguer les objets à une faible lumière, et l’impos*