‹ Le corps humainChapitre 81 sur 144 · SS · texte numérisé non relu

SS

sibilité de supporter le grand jour : Vhêmiopie (^icuc, à moitié ; SwtôjMei, je vois), symptôme fréquent de la migraine qui consiste dans là disparition subite de la moitié des objets fixés par l’œil malade : la marquise de Pompadour, rapporte Demours, éprouva cet inconvénient ; enfin V amaurose (cqj.au péo), j’obscurcis), ou perte de la vue.

' L’amaurose est communément désignée sous le nom de goutte sereine parce que, dans cette maladie, les yeux conservent leur éclat et qu’on lui donnait pour cause l’écoulement d’une goutte d’humeur obstruante venant du cerveau.

Comme exemples curieux de nyctalopie, Boerhaave rapporte celui d’un gentilhomme anglais qui, après un séjour prolongé au fond d’un puits où il avait été descendu à la suite d’une condamnation, distinguait facilement tout ce qui l’entourait, tandis qu’il ne put soutenir l’éclat du jour lorsqu’on le retira de sa prison. Larrey a raconté l’histoire d’un forçat qui, après avoir passé trente-trois ans dans un cachot, fut transféré au bagne de Toulon, et là ne pouvait plus reconnaître les objets que dans l’obscurité. Tibère, Cardan l’astrologue, Cœlius Rliodiginius et Joseph Scaliger ont eu, dit-on, la faculté de voir plus clair la nuit qu’en plein jour. On sait que chez les chats et les oiseaux nocturnes, tels que les chouettes, les effraies, les ducs et les chevêches, la nyctalopie constitue l’état normal.

L’héméralopie est produite surtout dans les régions boréales par le reflet de la neige et dans les contrées où la lumière du jour est rendue éblouissante par l’éclat direct des rayons solaires comme en Égypte, en Arabie, en Éthiopie, etc. C’est pour éviter cet aveuglement temporaire, que les touristes qui font l’ascension du Mont-Blanc, sous les ardeurs du soleil, se couvrent la figure d’un voile vert. Les ouvriers qui travaillent le verre et les métaux en fusion sont aussi exposés à cet inconvénient.

La cécité est quelquefois simulée. Si elle n’est accusée que dans un seul œil, il est facile de découvrir la simulation à l’aide d’un prisme ; la difficulté est plus grande, si l’amaurose est simulée par les deux yeux.

6° zowEDEzim — Cette membrane fibreuse (pl. I, fig. 1, C. 1) a la forme et la direction de l’iris. Les festons de sa grande circonférence donnent attache à la rétine et les radiations de sa petite circonférence entourent le cristallin à la manière d’une collerette. Cette zone fibreuse est un appareil de sustentation qui, d’une part, tend la rétine, et de l’autre maintient le cristallin dans sa position verticale ; aussi rappelle-t-on encore ligament suspenseur. Sa surface antérieure est couverte de plis et de sillons peu accentués qui se moulent sur ceux des procès ciliaires.

Si l’on pratique une ouverture à la zone de Zinn, on pénètre dans

SENS DE LA VISION

un canal annulaire et prismatique limité en avant par cette zone, en arrière par la membrane hyaloïde et en bas par la périphérie du cristallin. En insufflant ce canal par cette ouverture artificielle, il se produit, d’après Petit, « des bosselures semblables aux ornements que l’on pratique sur des pièces d’argenterie, que l’on nomme pour cela vaisselle godronnée » ; de là son nom de canal godronné de Petit .

B. — Milieux de l’oeil.

1° humeur, aqueuse. — Ce liquide limpide et transparent remplit l’espace compris entre la cornée en avant et le cristallin en arrière. Cet espace est divisé par l’iris en deux chambres : la chambre antérieure et la chambre postérieure, qui est fictive. La quantité de l ’humeur aqueuse est trèspetite : elle est évaluée environ à huit gouttes; ce liquide jouit de la propriété de se reproduire avec la plus grande rapidité. L’humeur aqueuse perd sa transparence et devient louche dans diverses affections de l’œil ; elle peut aussi renfermer des flocons fibrineux, du sang ou du pus (fi g. 266). Parfois, on rencontte dans la chambre antérieure des corps étrangers qui ont perforé D la cornée, des tumeurs implantées sur l’iris, le cristallin luxé, des vers cysticerques (fig. 268), etc.

Le rôle de l’humeur aqueuse est de réfracter les rayons lumineux qui la traversent et de maintenir régulière la courbure de la cornée. Après Fig. 266. — Cette figure re- mor^ ce liquide est résorbé et la cornée s’afprésente un épanchement de faisse.

pus (D) dans la chambre antérieure et un abcès (a) de 2<> cmsTALLiA. — Le cristallin (fig. 26*8) l’intérieur de la cornée (B). , -, . , , , . ,

doit son nom a la purete de sa transparence ; il

a la forme et les dimensions d’une grosse lentille. Son diamètre mesure près d’un centimètre et représente le double de son épaisseur.

En avant il est baigné par l’humeur aqueuse, et en arrière il se creuse une loge dans l’humeur vitrée. Il est contenu dans une enveloppe diaphane et élastique, dite capsule cristalloïde, qui adhère par sa face profonde à la membrane hyaloïde. Cette capsule a la propriété de reproduire le cristallin, comme le périoste a celle de régénérer les os : elle préside donc à la nutrition de cet organe. Galien a comparé la capsule du cristallin à une pelure d’oignon ; mais cette comparaison

s’applique d’une façon plus heureuse au cristallin lui-même qui est formé, comme ce légume, de lamelles emboîtées les unes dans les autres. L’imbrication de ces lamelles se constate avec facilité sur le

Fig. 2G7. — Dissection des membranes de l’œil. (Hirschfeld.)

1, Sclérotique divisée. — 2. Coupe de la cornée. — 3, Coupe de l’iris. — 4, Canal de Schlemm.

— 5, Procès ciliaires choroïdiens. — 6, 6, Vasa vorticosa delà choroïde. — 7, Muscle ciliaire.

— 8, Nerfs ciliaires. — 9, Rétine. — 40, Corps vitré. — 11, Cristallin.

cristallin volumineux et sphérique des poissons cuits. Chaque lamelle est constituée par l’accolement d’un grand nombre de fibres longitudinales, prismatiques et dentelées, creusées d’un canal qui renferme un liquide visqueux.

de la cataracte. — Lorsque le cristallin perd sa transparence on dit qu’il est affecté de la cataracte (de cataracta , chute d’eau), parce que les anciens attribuaient cette affection à la chute d’une humeur sur les yeux. Cette altération se produit sous l’influence de l’àge, de l’hérédité ou de certaines maladies, telles que le diabète, les blessures de l’œil, etc. La cataracte n’est donc pas due à la formation d’une peau sur Vœil, ainsi

Fig. 268. — Cysticerque de la qu’on le pense généralement, mais bien à chambre anterieure. l’opacité de la lentille cristalline. L’opération de la cataracte consiste à extraire ce cristallin opaque qui empêche les rayons lumineux d’impressionner le fond de l’œil. Nous représentons sur ia figure 270 le dernier temps de cette opération ; on voit le cristallin franchir l’incision préalablement faite à la cornée.

H. Gavin a rapporté l’observation de neuf lanciers qui avaient pro-

SENS DE LA VISION

vogué une cataracte en introduisant une aiguille à travers le centre de la cornée et de la pupille. La fraude, dit à ce sujet le docteur Edm. Boisseau, fut découverte ; on les opéra avec succès et ils furent ren-

Fig. 269. — Cataracte, forme étoilée (figure tirée de la Pathologie externe de M. Fort).

voyés à leur corps sans avoir retiré de leur coupable tentative d’autre bénéfice qu’une diminution inévitable delà vision.

usages ou cristallsw. — Le rôle du cristallin est de réfracter les rayons lumineux qui pénètrent dans l’œil. Son pouvoir réfringent diminue du centre à la circonférence par suite de la densité différente de ses couches. Il joue, de plus, un rôle passif dans l’acte de l’accommodation, ainsi que nous le démontrerons plus loin.

3° humeur vitrée. — L’humeur vitrée est ainsi nommée à cause de sa ressemblance avec le verre fondu. C’est un liquide transparent, de consistance gélatineuse analogue à celle du blanc d’œuf cru et qui

occupe les deux tiers postérieurs de la cavité oculaire. Elle est renfermée dans une en veloppe spéciale désignée sous le nom d e membrane liyaloïde (pl. 1, fig. 1). Le contenant et le contenu réunis constituent le corps vitré . De la face interne de la membrane liyaloïde, partent des filaments nombreux qui s’entre-croisent en tous sens et limitent des espaces aréolaires communiquant tous entre eux, ainsi qu’on le démontre en pratiquant une piqûre en un point quelconque de l’enve-

Fig. 270. — Expulsion de la cataracte.

loppe hyaloïde : on voit alors l’humeur vitrée s’écouler en entier par cet orifice et bientôt il ne reste plus du corps vitré qu’une trame semblable à celle de l’éponge.

mouches volantes. — Les maladies de l’humeur vitrée sont rares : on a cependant constaté sa liquéfaction ou synchysis (aùy^usic, confusion). On y rencontre aussi des flocons albumineux qui flottent

Fig. 271. — Formes diverses des mouches volantes et des filaments du corps vitré.

dans son épaisseur et donnent lieu aux sensations subjectives, décrites sous le nom de mouches volantes (fig. 271), berlue ou imaginations; mais ils proviennent le plus souvent d’affections de la rétine ou de la choroïde. La digitale prise à une certaine dose, détermine des troubles visuels semblables à ces derniers ; de là son nom vulgaire de «berlue ».

IL — Annexes de l’œil.

Les organes annexes qui entrent dans la constitution de l’appareil visuel, servent à protéger et à faire mouvoir le globe oculaire. Ces annexes sont : les sourcils , les paupières, V appareil lacrymal, Y appareil moteur, Y appareil suspenseur et enfin la cavité de V orbite dans laquelle ils sont contenus.

1° sourcils» — Les sourcils (super, sur ; cïlium, cil) sont formés par deux arcades pileuses plus ou moins touffues ; ils sont destinés à abriter l’appareil de la vision contre l’intensité de la lumière et contre l’action irritante de la sueur du front. C’est pour ces motifs qu’ils sont plus épais et plus foncés de couleur chez les méridionaux que chez les habitants du Nord.

Ils servent aussi à orner le visage et rien n’est plus disgracieux qu’un front privé de sourcils. « L’argot populaire, dit le docteur G. Camuset,

SENS DE LA VISION

stigmatise du nom de tête de veau la physionomie des infortunés auxquels la nature a mesuré parcimonieusement les poils des sourcils, ou auxquels elle les a donnés trop blonds et peu visibles. » Dans la pelade , maladie qui atteint tout le système pileux, les sourcils tombent souvent pour ne plus repousser.

) Avec les yeux, les sourcils sont les parties du visage qui contribuent le plus à l’expression des passions (1) ; ils s’abaissent et se rapprochent sous l’influence de la colère et de la terreur : on dit alors qu’ils se froncent; ils s’élèvent et s’écartent, au contraire, pour exprimer la joie et l’espérance. Lorsqu’ils se confondent au-dessus du nez, ils donnent à la physionomie une expression de dureté qui a fait de cette conformation un signe de jalousie.

Les sourcils sont implantés sur une saillie osseuse, appelée arcade sourcilière, qui favorise le rôle protecteur des cils et sert à préserver l’appareil de la vision contre les chutes ou les violences extérieures.

Les sourcils doivent leur extrême mobilité aux muscles sourcilier, frontal et orbiculaire des paupières (pl. II, B, 1, 2, 3) dont les nombreuses fibres s’insèrent à la face profonde de la peau de cette région.

Les plaies des sourcils sont quelquefois suivies de cécité, sans qu’on puisse expliquer la cause de cette complication. Le nerf qui donne la sensibilité à la peau du front et à celle de la paupière supérieure est le nerf sus-orbitaire , qui sort de l’orbite par l’échancrure de même nom (fig. 41). On a conseillé et pratiqué l’excision de ce nerf lorsqu’il est affecté d’une névralgie rebelle à tout traitement.

2° paupières, leur utihté. — Placées au-devant de l’orbite, les paupières ont pour usage de protéger l’œil contre les poussières de l’air et contre la lumière trop vive. Au grand jour, les paupières sont moins ouvertes qu’à l’obscurité : c’est pour cette raison que dans une reproduction photographique, l’œil du côté de l’ombre est toujours plus ouvert que l’autre. Les paupières servent de plus à favoriser le sommeil et à faciliter l’écoulement des larmes à la surface du globe oculaire. La destruction de ces voiles mobiles peut entraîner la perte de l’œil : aussi était-ce un cruel supplice que de couper les paupières, comme on le faisait à Carthage pendant les guerres puniques. On sait que Régulus subit cette affreuse mutilation.

Chaque œil a deux paupières, l’une supérieure et l’autre inférieure ; elles sont séparées par la fente palpébrale. L’ouverture exagérée de cette fente est regardée comme un signe de beauté, et c’est pour la faire paraître plus grande que certaines personnes noircissent son extrémité externe. Les deux angles de l’ouverture palpébrale ont reçu le nom de commissures.

(1) Ce n’est donc pas sans motif que Strabon plaçait l’âme entre les detyc sourcils.

L’angle interne est situé sur un plan inférieur à l’angle externe ; cette disposition détermine une pente inclinée en dedans qui dirige le? larmes dans le lac lacrymal, c’est-à-dire dans l’espace compris entiv la commissure interne et le globe oculaire.

Le bord libre de chaque paupière a deux lèvres : la lèvre antérieure ou cutanée, sur laquelle s’implantent les cils et la lèvre postérieure ou conjonctivale, à laquelle aboutissent les glandes de Meibomius que nous étudierons bientôt.

DES CILS. BLÉPHARITE. RENVERSEMENT DES CILS. — Les

cils sont irrégulièrement implantés sur le bord des paupières. Leurs racines ou bulbes sont accompagnées d’une paire de glandes sébacées dites glandes ciliaires. Dans la blépharite (gXéçapov, paupière) ou inflammation du bord libre des paupières, ces glandes sécrètent en abondance un liquide jaunâtre et onctueux connu vulgairement sous le nom de chassie. Cette affection, si commune chez les enfants à tempérament lymphatique, est encore caractérisée par la chute des cils, l’épaississement et la rougeur des bords palpébraux. Si l’inflammation passe à l’état chronique, le bord de la paupière inférieure est exposé à se renverser soit en dehors, soit en dedans : elle produit, dans le premier cas, Yectropion (éxxpérw, je renverse) et, dans le second, Yentropion (év, en dedans; Tpéiuo), je tourne).

Les cils servent à tamiser la lumière et empêchent les poussières de l’air d’irriter l’œil. C’est donc à tort que les indiens Roucouyennes des Guyanes épilent leurs cils et leurs sourcils, pour mieux voir.

structure des paupières. — Les paupières sont formées, de cinq couches surperposées les unes aux autres et qui sont d’avant en arrière : la peau, le muscle orbiculaire des paupières, les fibro-car tilages tarses avec les ligaments larges, et enfin la conjonctive.

I. couche cutaxée. de l’orgelet. — La peau des paupières est fine et transparente. Elle est doublée d’une couche de tissu cellulaire qui, par son extrême laxité, favorise la rapidité des mouvements palpébraux.

Les aréoles de ce tissu ne sont jamais chargées de graisse, même chez un sujet obèse. On rencontre, en outre, dans son épaisseur des glandes sudor if ères et des glandes sébacées; la sécrétion exagérée des premières donne lieu à Yéphydrose (éicl, sur; IBpow, je sue), ou production de sueurs abondantes ; celle des autres détermine la séborrhée (de sébum, suif), qui couvre les paupières d’une couche huileuse.

V orgelet est le produit de l’inflammation du tissu cellulaire souscutané, et il apparaît dans le voisinage des cils. Son nom vulgaire de Compère loriot lui vient sans doute de sa coloration jaunâtre comme le plumage de l’oiseau du même nom.

SENS DE LA VISION

Il ne faut jamais mettre de sangsue à la paupière, parce qu’il est souvent difficile d’arrêter le sang, le globe de l’œil étant trop mobile pour qu’on puisse comprimer la piqûre contre un plan résistant. Il sera préférable, dans les cas d’ophthalmies, de poser ces annélides sur l’apophyse mastoïde.

Page 1