III. FIBRO-CÜRTILAGES TARSES. OU CHALAZIOM. — Les
fibro-cartilages tarses sont des lames minces, longues et étroites, qui occupent le bord libre des paupières : ils forment, pour ainsi dire, le squelette des voiles palpébraux et servent à en maintenir la forme. On les a comparés à ces cylindres de bois que l’on place au bas des tableaux pour les empêcher de se plisser. Ils sont maintenus en position par les ligaments larges ou ligaments suspenseurs des paupières
qui partent des rebords de l’orbite. Les écoliers se font un jeu de luxer les tarses de la paupière supérieure en la retournant : ils appellent cela « faire pleurer la sainte Vierge » .
Dans la face postérieure des cartilages tarses sont incrustés de petits canaux flexueux, linéaires, étranglés de distance en distance, connus sous le nom do glandes de Meibomius (fîg. 272).
Plus nombreuses dans la paupière supérieure où l’on en compte de 30 à 40, ces glandes ont pour fonction de sécréter une matière huileuse qui recouvre le bord des paupières et retarde l’écoulement des larmes sur les joues. Aussi les larmes remplissent-elles les yeux avant de tomber, de même qu’on peut, sans le faire déborder, remplir un verre dont les bords ont été enduits d’un corps gras.
Parfois, les orifices de ces glandes s’obstruent et le produit de sécrétion s’accumule dans le canal excréteur qu’il distend considérablement : d’où la production d’un kyste appelé chalazion (yàXa^a, grêle).
IV. CONJONCTIVE. REPLI SEiU-LC* NVIRE ET CARON CELE LACRYMALE.
— La conjonctive est une membrane muqueuse transparente, ainsi appelée parce qu’elle unit le globe de l’œil aux paupières. Après avoir tapissé la face profonde de ces dernières, dans les deux tiers de leur hauteur, elle se réfléchit sur le globe de l’œil, en formant un sillon circulaire, dit cul-de-sac oculo-palpébral.
La conjonctive peut donc être considérée comme composée de deux portions : la portion palpébrale et la portion oculaire . La portion palpébrale est adhérente aux cartilages tarses ; elle contient dans son épaisseur des papilles nombreuses qui donnent à sa surface libre un aspect rugueux et comme velouté. Ces papilles augmentent de volume dans la conjonctivite et font éprouver aux malades la sensation de petites poussières qui rouleraient sous la paupière. La portion oculaire n’est pas adhérente à la sclérotique ; elle en est séparée par un tissu cellulaire à larges mailles qui lui permet de glisser sur elle.
La conjonctive oculaire du cheval, au lieu d’être transparente et incolore comme celle de l’homme, est colorée en brun, ce qui fait paraître foncé l’œil de cet animal.
Dans le grand angle de l’œil, la réflexion de la conjonctive forme
Fig. 272. — Glande de Meïbomius. (D’après M. Fort).
SENS DE LA VISION
un repli semi-lunaire qui s’efface quand on dirige l’œil en dehors, ainsi qu’on peut s’en assurer sur soi-même. Ce repli est le vestige de la membrane clignotante ou troisième paupière des oiseaux.
En dedans du repli semi-lunaire, la conjonctive est soulevée par un amas de glandules sébacées surmontées de petits poils blancs, que l’on appelle caroncule lacrymale .
La conjonctive renferme des follicules qui sécrètent un liquide particulier, destiné à faciliter le glissement réciproque des paupières sur le globe de l’œil. Certains physiologistes pensent que ces glandes ne sont pas étrangères à la production des larmes, parce que ces dcr-
1, Conjonctive oculaire. — 2, Paupière supérieure. — 3, Paupière inférieure. — 4, Tendon du muscle droit supérieur. — 5. Tendon du muscle droit externe. — 6, Tendon du muscle droit inférieur. — 7, 7, Cavité de l’orbite. — 8, Tendon du grand oblique. — 9, Vaisseaux et nerfs sus-orbitaires. — 10, Glande lacrymale. — 11, Caroncule lacrymale. — 12, Point lacrymal supérieur. — 13, Point lacrymal inférieur. — 14, Sac lacrymal. — 15, Canal nasal. — 16, Tendon de l’orbiculaire. — 17, Trou sous-orbitaire.
nières persistent, même après l’ablation des glandes lacrymales, et que dans la xérophtalmie (Çvjpoç, sec ; oçOaXpwç, œil), la conjonctive devient sèche et rugueuse, bien que les mêmes glandes soient intactes.
Les « coups de sang » de l’œil résultent d’un épanchement sanguin dans la trame de la conjonctive. Ce petit accident se produit souvent lorsqu’on passe d’un endroit chaud dans un froid. Il ne présente d’ailleurs aucune gravité.
3° appareil lacrymal, — Les larmes sont en grande partie sécrétées par la glande lacrymale (fig. 273) qui est logée dans la fossette lacrymale de l’orbite (pl. II, C, 4), et se prolonge dans l’épais-
seur de la paupière supérieure ; d’où sa division en deux portions, l’une orbitaire et l’autre palpébrale (fig. 274). Cette glande présente trois à cinq canaux d’écoulement qui s’ouvrent à la partie externe et supérieure du cul-de-sac oculo-palpébral par autant d’orifices imperceptibles. Sous l’action du clignement, les larmes s’étendent unifor-
Fig. — 274. — Face profonde des paupières avec la glande lacrymale (d’après Sappey).
1. Glande lacrymale proprement dite. — 2, Glande lacrymale accessoire. — 3, Conduits excréteurs de la glande. - 4, Orifices de ces conduits dans le cul-de-sac de la conjonctive. — 6, 7. Cartilages tarses renfermant les glandes de Meibomius. — 8, Orifices de ces glandes sur le bord libre des paupières. — 9, Points lacrymaux. — 10, Muscle de Horner.
mément à la surface de l’œil, puis s’accumulent à l’angle interne de l’orbite dans l’espace triangulaire nommé lac lacrymal. De ce réservoir, les larmes passent par les orifices capillaires ou points lacrymaux, creusés dans l’épaisseur des tubercules cartilagineux que l’on rencontre à la partie interne du bord libre de chaque paupière.
Le muscle de Horner, qui s’insère à ces tubercules, n’a d’autre usage que de faire plonger les points lacrymaux dans le lac lacrymal, en les attirant en arrière et en dedans.
Aussi la paralysie de l’orbiculaire, dont le muscle de Horner est une dépendance, est-elle toujours accompagnée de larmoiement.
écoulement des larmes. — Après avoir franchi les orifices des points lacrymaux, les larmes traversent successivement les conduits lacrymaux, le sac lacrymal, le canal nasal et tombent dans le méat inférieur des fosses nasales où elles sont évaporées par le double courant d’air de l’inspiration et de l’expiration.
La ressemblance plus ou moins réelle des voies lacrymales avec un siphon avait fait penser à J.-L. Petit que l’écoulement des larmes s’opérait par le même mécanisme. Mais il est plus probable que ce n’est là qu’un simple phén omène de capillarité.
Si la sécrétion des larmes est augmentée sous une influence morale ou physique quelconque, le trop plein s’épanche sur les joues et le reste afflue par les voies ordinaires dans les fosses nasales ; trop abon-
SENS DE LA VISION
dan tes pour être évaporées, elles s’écoulent alors par le nez et provoquent le besoin de se moucher. C’est ce que l’on observe au théâtre pendant une situation pathétique.
La glande lacrymale reçoit ses nerfs du trijumeau et du grand sympathique : la sécrétion des larmes dépend donc de ces nerfs et leur ébranlement, direct ou réflexe, active la sécrétion. Les émotions morales telles que la tristesse, la joie, et les irritations mécaniques de la conjonctive ou de la muqueuse nasale, font couler les larmes ; le rire, l’éternument, les efforts violents agissent de la même façon. Dans tous ces cas, la volonté n’intervient pas. Certaines personnes ont le « don des larmes » ; elles peuvent pleurer à volonté : nous citerons comme exemples les larmes des pleureuses de l’antiquité, des anabaptistes larmoyants et celles de quelques héritiers.
D’après M. Richet, l’orifice inférieur du canal nasal est le plus souvent obturé par une valvule membraneuse, qui joue le rôle de soupape et empêche la pénétration de l’air dans les voies lacrymales. L’existence de cette valvule est loin d’être constante, et son absence explique la faculté que possèdent certaines personnes de faire sortir de la fumée de tabac par lqs yeux, ou pour mieux dire par les points lacrymaux. Le sang qui provient d’un saignement de nez suit quelquefois la même voie. Fumey dit que des parcelles de tabac prisé peuvent monter par le canal nasal jusque dans le sac lacrymal et s’introduire dans les conduits lacrymaux qu’ils obstruent et enflamment.
Les larmes sont incolores et salées ; dans certains cas, on les a vues sanguinolentes. Elles servent à lubrifier l’œil et surtout à entraîner les poussières qui tombent à sa surface.
épiphora ex calculs lacrymaux. — L’écoulement permanent des larmes sur les joues ou épiphora (èiuî, sur ; çépo>, je porte), est la conséquence de l’oblitération plus ou moins complète d’un point quelconque des voies lacrymales. Cette obstruction est quelquefois déterminée par la présence de petits dépôts calcaires analogues à ceux que l’on rencontre dans la vessie. Il est même assez curieux, ainsi que le fait remarquer le Dr Chéreau, que toutes ces observations aient été recueillies sur des femmes dont on connaît les dispositions à verser des pleurs abondants.
tumeur ex fisxule lacrymales. — Four rendre la perméabilité aux voies lacrymales rétrécies, on se sert de petites tiges d’argent dites sondes de Bowman, que l’on introduit dans le canal nasal par les conduits lacrymaux préalablement incisés. Cette opération constitue le cathétérisme des voies lacrymales (fig. 275).
L’inflammation du sac lacrymal s’accompagne, le plus souvent, d’accumulation de muco-pus dans sa cavité et produit la tumeur lacrymale. La communication des voies lacrymales avec les fosses
nasales explique par quel mécanisme une mère a guéri son enfant atteint de cette affection, en exerçant de simples succions sur le nez.
Lorsque la suppuration s’établit dans la tumeur lacrymale, le pus se fait jour à la partie interne de l’œil par un trajet artificiel qui forme la
fistule lacrymale. Cette maladie est difficile à guérir, et, dans les cas incurables, on a proposé de changer le cours naturel des larmes et de les diriger directement du lac lacrymal dans les fosses nasales, en pratiquant la perforation de l’osunguis de l’orbite qui correspond au méat moyen.
4° MUSCLES DE L’APPAREIL DE LA VISION. — CeS mUSCleS
sont au nombre de sept : le releveur de la paupière supérieure , les quatre muscles droits et les deux obliques.
Le muscle releveur de la paupière supérieure prend insertion au fond de l’orbite et se termine dans la paupière supérieure, par un prolongement membraneux que M. Sappey désigne sous le nom de muscle orbito-palpébral et que tous les auteurs considèrent comme l’expansion tendineuse du muscle releveur de la paupière supérieure (fig. 276). Par son action, il est l’antagoniste du muscle orbiculaire et sa paralysie est caractérisée par la chute de la paupière supérieure.
Les muscles droits sont au nombre de quatre : le supérieur 9 Yinférieur , Yinterne et Y externe ; leur nom indique leur situation.
Ces muscles s’insèrent en arrière, au fond de l’orbite ; puis ils se
sens de la vision.
dirigent en avant pour se fixer sur le segment antérieur de la sclérotique au pourtour de la cornée (fig. 277). Chaque muscle, en se contractant, attire la pupille de son côté : le supérieur en haut, l’inférieur
Fi:'. “276. — Muscles moteurs du globe oculaire et de la paupière supérieure.
1, Muscle élévateur de la paupière supérieure. — 2, Droit supérieur. --3, Droit interne. — 4, Droit externe. — 5, Droit inférieur. — 6, Petit oblique. — a. Nerf optique. — b, Ganglion de Gasser. — c, Nerf maxillaire inférieur. — d , Nerf maxillaire suoérieur. — e, Branche ophthalmique de Willis. — f, Nerf moteur oculaire commun. — g, Nerf pathétique. — h. Artère carotide. (Figure tirée de Y Hygiène de la vue de M . A. Chevalier.)
en bas, l’interne en dedans et l’externe en dehors. Dans le langage des passions, le muscle droit supérieur exprime l’orgueil, le droit inférieur
Fig. 277. Insertion des muscles de l’œil sur le segment antérieur de la sclérotique.
Pourtour de l’orbite. — 2, Cavité de l’orbite. — 3, Muscle grand oblique. — 4, Muscle droit supérieur. — 5, Muscle droit inférieur. — 6, Muscle droit interne. — 7, Muscle droit externe. — 8, Globe oculaire.
la modestie, le droit externe aidé du droit interne du côte oppose, le mépris. Le mouvement de circumduction de la pupille résulte de l’action successive de ces muscles.
Les muscles obliques sont au nombre de deux : le grand et le petit. Ils président aux mouvements de rotation de l’œil sur son axe antéro-postérieur, et tendent à attirer le globe de l’œil en avant, tandis que les muscles droits agissent en sens inverse. Ces deux forces opposées se neutralisent et contribuent à maintenir l’œil en équilibre.
Le grand oblique (pl. I, fig. 1, D 1) part, comme les muscles droits, du fond de l’orbite (fig. 282), et se dirige en avant jusqu’à l’angle interne du rebord orbitaire pour se réfléchir ensuite sur le segment postérieur de la sclérotique.
Le petit oblique (pl. I, fig. 1, D 2) s’insère, d’une part, sur le plancher de l’orbite au voisinage du sac lacrymal, et de l’autre, sur la
Fig. 278. — Strabisme convergent de l’œil droit.
sclérotique, au-dessous de l’insertion du grand oblique. En dirigeant la pupille en haut et en dehors, il concourt à donner à la physionomie une expression particulière qui a valu à ce muscle le qualificatif de pathétique , par opposition à celui de méprisant donné au grand oblique, qui lui, au contraire, porte la pupille en bas et en dehors : c est donc à tort que l’on appelle pathétique le nerf qui anime le muscle grand oblique.
Par leur action combinée, les muscles obliques empêchent les yeux de suivre les divers mouvements d’inclinaison de la tête; aussi la para-
lysie de l’un d’eux produit-elle la vue double ou diplopie (SctuXoôç, double ; wtî/, œil), dès que le malade incline la tête lans un sens qui varie avec le muscle
paralysé.
ou STRABISME oïj loucherie,
— La paralysie de l’un des muscles droits détermine une déviation permanente de la pupille dans le sens opposé au muscle paralysé, tandis que la contracture di-
Fig. 279. ■ — Section du tendon du muscle l'i^e la PUPille de SOn rMè- DailS CCS droit interne dans le strabisme conver- deux Cas, On dit qu’il y a Strabisme
(sipaêoç, louche) ou loucherie (fig. 278). Cette alfection peut se guérir par la section totale ou partielle du tendon du muscle qui attirait la pupille de son côté (fig. 279).
On obtient encore, chez les enfants, la guérison du strabisme, en leur faisant porter des louchettes (fig. 280} ou mieux la lunette anti-
SENS DE LA VISÎON. 399
strabique (fig. 281), qui tend à rendre la vision normale en rapprochant graduellement du centre, l’ouverture par laquelle passent les rayons lumineux.
Outre la paralysie et la contracture des muscles de l’œil, le strabisme
Fig. 280. — ; Louchette. Fig. 281. — Lunette antis'-rabique de M A. Chevalier.
peut aussi s’acquérir par l’imitation. Des enfants sont devenus louches en imitant souvent leur bonne, atteinte de cetto infirmité. Pour éviter ce danger, il sera prudent de ne pas prendre des serviteurs strabiques. Cependant Descartes, dont la nourrice louchait, ne contracta pas ce défaut, et ce souvenir d’enfance lui faisait aimer les personnes atteintes de strabisme.
A son début, le strabisme est toujours accompagné de diplopie ou
Fig. 282. — Muscles de l’œil.
AC, Axes optiques. — BC, Axes de révolution des muscles obliques. — DC, Axes de révolution des muscles droits.
vue double. Mais cet inconvénient disparaît bientôt, parce que, pour l’éviter, les strabiques s’habituent à se passer du service de l’un de leurs yeux.
Le strabisme convergent , dont Néron et Tyrtée étaient atteints, est
le plus fréquent, parce que le muscle droit interne est le plus volumineux : c’est pour le même motif que les yeux sont tournés en dedans pendant le sommeil. Le strabisme externe est plus rare. Si l’un des yeux est affecté de strabisme supérieur et l’autre de strabisme inférieur, la physionomie prend une expression telle qu’elle a reçu le nom de loucherie « horrible » . Une faible convergence des yeux, dit « œil à la Montmorency » , donne un certain piquant à la physionomie: c’est ce que l’on appelle lo a faux trait » . Si, au contraire, les yeux sont légèrement divergents, cette conformation donne au regard une expression de dureté, qui caractérise le « mauvais œil » .
MOUVEMENTS OU GLOBE OCULAIRE. NYSTAGML’S. — LeS
mouvements multiples de l’œil peuvent être ramenés à trois principaux:
Fig. 2o3. — Coupc de l’orbite dans l’axe antcro-poslénear.
1, Dure-mère. — 2, 3, Aponévrose orbitaire. — 4, Cavité de l’aponévrose orbitaire occupée par du tissu cellulo-graisseux. — 5, Muscle droit supérieur. — 6, Son tendon orbitaire, — 7, Son tendon oculaire. — 8, Muscle droit inférieur. — 9, Son tendon oculaire. — A, Parois osseuses de l’orbite. — B, Nerf optique. — C, Sclérotique. — 1 D, Cornée. — E, Choroïde, — F, Iris. — G, Rétine. — H, Corps vitré. — I, Cristallin. — K, Canal hyoïdien. — L, Chambre antérieure. — M, Chambre postérieure.
rotation autour de l’axe transversal, rotation autour de l’axe vertical, rotation autour de l’axe antéro-postérieur ou ligne du regard.
Les deux yeux ont les mêmes mouvements ; on ne peut lever l'œil d’un côté et tenir l’antre baissé. Aussi est-il utile de bander les deux yeux lorsqu’à la suite d’une opération sur le globe oculaire on veut obtenir l’immobilité de l’œil opéré.
Le globe de l’œil est quelquefois le siège d’oscillations continuelles et rhythmiques contre lesquelles la volonté est impuissante, mais qui cessent pendant le sommeil : c’est ce qui constitue le nystagmus (vucTaÇw, je m’incline).
Ces mouvements spasmodiques sont le plus souvent symptomatiques d’une maladie cérébrale. On les observe aussi chez les mineurs, principalement chez ceux qui travaillent à la vane. Dans ce dernier cas,
SENS DE LA VISION
la maladie est due surtout à la position élevée du regard que le mineur est obligé de soutenir en travaillant.
5° appareil suspeuvseur de l’oeuf. — Comme le gland du chêne dans sa cupule, le globe oculaire est maintenu dans une coque fibreuse qui lui permet les mouvements de rotation, mais lui interdit ceux de translation. Tous les auteurs désignent cette enveloppe sous le nom de capsule de Tenon ; M. Sappey, qui en a fait une étude spéciale, l’appelle Y aponévrose orbitaire . Cette membrane enveloppe donc l’œil de toutes parts, à l’exception toutefois de la cornée, sur la périphérie de laquelle elle s’arrête.
Elle fournit une gaine complète aux muscles de l’œil, et chaque gaine présente une expansion qui se fixe sur l’orbite et sert de tendon
Fig. 284. — Enucléation du globe oculaire par la méthode de Bonnet.
d’arrêt. Les expansions des muscles droits supérieur et inférieur se terminent dans la paupière correspondante. C’est pourquoi les paupières suivent les mouvements de l’œil en haut et en bas.
DE L’EXTIRPAIIOA DU GLOBE OCULAIRE. OEIL ARTIFI- CIEL. — Lorsqu’on est obligé d’extirper un œil malade, on emploie de préférence la méthode de Bonnet (fig. 284), qui consiste à faire l’énucléation de cet organe en respectant l’aponévrose orbitaire. Grâce à ce procédé, après la cicatrisation de la plaie, les parties molles de l’orbite qui ont été conservées, forment un moignon mobile auquel pourra s’adapter une pièce en émail de la couleur et de la forme du segment antérieur de l’œil sain. La prothèse oculaire est arrivée à un tel degré de perfection qu’il est souvent difficile de reconnaître l’œil postiche de l’œil naturel. Ainsi M. Boisseau a rapporté l’histoire d’un jeune homme qui portant un œil artificiel du côté droit fut déclaré propre au service. On sait que M. Gambetta porte un œil artificiel du même côté.
Dans le cas où toutes les parties molles de l’orbite ont été enlevées avec le globe oculaire, la pièce prothétique est immobile et ressemble à un œil mort.
6° cavité s>e l’okbstse. — Cette cavité est creusée dans la face et renferme tous les organes que nous venons de décrire. Sa forme est celle d’une pyramide à quatre parois, dont la base regarde en avant et en dehors, le sommet en arrière et en dedans. Les parois supérieure, intérieure et interne sont représentées par des lamelles osseuses, d’une faible résistance, qui séparent l’orbite des cavités cérébrale, maxillaire et nasale. Cette disposition anatomique explique la facilité avec laquelle une blessure de l’orbite peut atteindre le cerveau. Telle est la cause de la mort de Henri II, atteint à l’œil dans un tournoi par la lance de Montgomery. Philippe, roi de Macédoine, fut plus heureux que ce prince, car la flèche de l’archer Aster ne lui creva que l’œil droit sans mettre ses jours en danger.
Du côté externe, l’œil déborde la base orbitaire : cette disposition augmente le champ de la vision, mais expose le globe oculaire â être plus souvent blessé de ce côté.
La cavité de l’orbite contient encore des pelotons de tissu graisseux
Fig. 28 5. — Altères de l’œil. Fig. 286. — Veines iriennes et choroïdiennes.
1, Artères cilia:res courtes postérieures.—* 2, 1» Sclérotique. — 2, 2, Vasa vorlicosa. 3,
3, Arteres ciliaires longues postérieures. — 3, Fibres du muscle ciliaire. — 4 , Iris. —
4, Altérés ciliaires antérieures. — 5, Iris et 5, Pupille. — 6, Veines des procès ciliai.‘3S
vaisseaux de l’iris. — 6, Pupille. (Figure allant se jeter dans les vasa vorlicosa. (Fi-
tirée de l 'Anatomie de M. Fort.) gure tirée de V Anatomie de M. Fort.)
qui comblent les interstices ménagés entre les organes de la vision. Cette graisse, dont l’orbite est toujours pourvue abondamment, même chez les sujets les plus émaciés, sert de coussinet moelleux au globe de l’œil, et lui permet de supporter des chocs violents sans danger. La résorption de ce tissu graisseux est très-rapide chez les sujets
SENS DE VISION
affaiblis et chez les cholériques : elle produit l’enfoncement des globes oculaires qui caractérise le faciès de ces individus ; on dit qu’ils ont les yeux caves.
7° vaisseaux ex xerfs de u9oeiu. — Les ARTÈRES destinées au globe oculaire sont toutes des branches de l’artère ophtlialmique : les principales sont la centrale de la rétine , les ciliaires courtes antérieures, les ciliaires longues et courtes postérieures. La première se creuse un canal dans le nerf optique, et émerge du centre de la papille (PI. I, fig. 1, D). A ce niveau, elle se partage en deux branches, l’une ascendante, l’autre descendante (fig. 261), qui se subdivisent ellesmêmes en de nombreux rameaux à l’intérieur de la rétine.
Les artères ciliaires courtes postérieures (fig. 285) se distribuent à la choroïde et se ramifient dans cette membrane au-dessous du plan veineux.
Les deux ciliaires longues postérieures concourent à former en
Fig. 287. — Nerfs ciliaires.
GEil dont on a fendu la sclérotique. Les lambeaux de celte membrane sont renversés pour laisser voir ia choroïde, l’iris et les nerfs ciliaires.
avant le grand cercle artériel de l’iris qui est complété par les ciliaires courtes antérieures; ces dernières sont fournies par les artères des muscles droits de l’œil.
Toutes les veines de l’œil se rendent dans les veines de la choroïde pour former l’origine des veinules appelées vorticosa vasa (fig. 286), parce qu’elles sont disposées, comme nous l'avons déjà dit, en petits groupes étoilés.
Les nerfs de l’œil sont les nerfs ciliaires: ils rampent entre la sclérotique et la choroïde (fig. 287), puis se distribuent au muscle ciliaire,
à l’iris, à la cornée et à la conjonctive. Les nerfs ciliaires émanent du trijumeau et leur origine, commune à celle des filets sensitifs de la face, explique la coïncidence si fréquente des douleurs de cette région avec celles du globe oculaire. C’est aussi à cette circonstance qu’il faut ' attribuer l’amaurose temporaire qui accompagne quelquefois l’extraction d’une dent.
ARTICLE II