II. — MÉCANISME ET TROUBLES DE LA VISION
makciie des RAvoxs saisis L’ŒIL.. — Parmi les rayons qui partent d’un corps lumineux, les uns rencontrent la sclérotique, qui les réfléchit en totalité, et les autres tombent sur la cornée, qu’ils traversent. Ceux-ci éprouvent une première réfraction qui les rapproche de l’axe optique ; puis ils continuent leur route à travers l’humeur aqueuse, sans subir de nouvelle déviation, parce que le pouvoir réfringent de ce milieu est sensiblement égal à celui de la cornée. Arrivés au fond de la chambre antérieure, les rayons qui frappent l’iris sont
réfléchis, et ceux qui traversent la pupille, les seuls qui servent à la vision, rencontrent le cristallin, qui les réfracte de nouveau ; enfin, après avoir subi une dernière réfraction dans l’humeur vitrée, ils viennent former sur la rétine une image renversée et très-petite des objets où ils émanent (fig. 293).
images renversées du Foxn de l’oeil. — Ce renversement des images se démontre par l’expérience suivante. On prend un œil de bœuf, dont on amincit préalablement la sclérotique en son pôle postérieur, puis on le fixe ainsi préparé à l’ouverture d’un volet d’une chambre obscure, et l’on voit alors se peindre en ce point les images renversées des objets placés en avant de cet œil. Magendie se servait d’un œil de lapin albinos, parce que la sclérotique de cet animal est très-mince, et sa choroïde dépourvue de pigment.
Les physiologistes n’ont pas encore expliqué d’une façon satisfaisante cette illusion d’optique qui fait que nous ne voyons pas les objets tels qu’ils impressionnent la rétine, c’est-à-dire renversés. Toutefois voici l’explication qui nous semble la plus vraisemblable. On localise les sensations visuelles là où se trouvent leurs conditions exté» rieures, sans tenir compte de la condition organique, qui nous intéresse peu. Or, ce qui est le haut de l’image sur la rétine a sa condition extérieure en bas, et ce qui est le bas a sa condition extérieure en haut. Puisque ce sont ces conditions extérieures qui seules régissent la localisation, nous situerons nos sensations
dans l’ordre inverse de l'image et dans le même ordre que les conditions extérieures.
C’est pourquoi dans la recherche des phospliènes avec le doigt (fig- 2G3), le cercle lumineux semble être extérieur et opposé au côté comprimé.
On peut comparer l’organe de l'œil à l’appareil de photographie nommé chambre obscure : l’iris est le diaphragme, la pupille l’ouverture, le cristallin la lentille convergente, le pigment de la choroïde la teinte noire des parois, et enfin la rétine l’écran sur lequel viennent se peindre les images. Mais c’est pousser trop loin ces analogies que de penser que le portrait d’un criminel peut se retrouver fixé dans l’œil de sa victime : ce fait ne s’est encore rencontré que dans l’imagination des romanciers.
ADAPTATION DE L’OEIL A TOUTES LES DISTANCES. — PûUr
que l’image se reproduise avec neiteté sur la plaque de verre dépoli de l’appareil photographique, il faut, d’après ce que nous avons dit plus haut, que cet écran occupe le foyer principal de la lentille biconvexe. Si l’objet vient à se déplacer, le foyer variera aussi, selon la loi d’optique qui veut que plus l’objet se rapproche de l’appareil, plus le foyer s’éloigne de la lentille. A chaque variation de distance, on sera donc obligé de déplacer l’écran, pour le faire coïncider avec le foyer
Fig. 294. — Section du segment antérieur de l’œil,
(t, a, b, b. Plis de la zone de Zinn intercalés entre les procès ciliaires. — s. Canal de Schlemm. — Moitié droite de l’œil adaptée à la vision de près. — F, Moitié gauche de l’œil adaptée à la vision de loin.
principal correspondant. Les photographes obtiennent ce résultat à l’aide d’une crémaillère qui éloigne ou rapproche de l’écran l’objectif mobile. Or Fœil est muni d’un appareil spécial, le muscle ciliaire , qui lui permet de se mettre au point, ou, comme on dit encore, de s'adapter à toutes les distances. Ge muscle joue le rôle de la crémaillère ; mais au lieu de faire varier la position du cristallin, il modifie sa convergence en comprimant sa périphérie (fig. 294). Le muscle ciliaire est
SENS DE LA VISION
appelé, pour cette raison, muscle de V accommodation ; il n’intervient pas pour la vue des objets éloignés, parce que l’œil est construit de telle sorte que, dans ce cas particulier, les images viennent naturellement se peindre sur la rétine.
Le muscle ciliaire n’entre en contraction pour une vue normale qu’à partir de 65 mètres environ. Plus l’objet est rapproché et plus l’effort musculaire est considérable; aussi la vision de près est-elle accompagnée d’une fatigue plus ou moins grande : on dit qu’elle « tire les yeux » .
Les globes oculaires privés de cristallin par l’opération de la cataracte manquent nécessairement du pouvoir d’accommodation ; iis suppléent à l’absence de cette lentille par l’emploi de plusieurs paires de lunettes à verres biconvexes, qui servent, les unes pour la vision de loin, et les autres pour la vision de près.
portée de la vue. — Le point le plus éloigné de la vision distincte est appelé le punctum remotum ( punctum , point; remotum , éloigné), c’est l’infini pour l’œil normal, et le point le plus rapproché c’est-à-dire celui auquel on doit lire les caractères ordinaires d’un livre, est dit punctum proximum ( proximum , le plus proche). Giraud-Teulon fixe ce point à 1 mètre, tandis que la plupart des auteurs ont donné comme moyenne 25 à 30 centimètres. La distance qui sépare les deux points remotum et proximum s’appelle parcours de V accommodation, parce que c’est à l’aide de l’accommodation que l’œil parcourt cette distance. Le parcours de V accommodation du myope est très-limité ; celui du presbyte et de l’hypermétrope diffère peu de celui de la vue normale.
presbytie ou vieieiæsse de E’OEiL,. — En vieillissant, le cristallin perd son élasticité et devient plus rigide; il n’obéit plus à l’action du muscle ciliaire et perd peu à peu son pouvoir d’accommodation. Cette modification commence à se manifester vers l’àge de quarante ans. A partir de ce moment, la vision des objets éloignés, pour lesquels l’accommodation n’a pas à intervenir, est toujours aussi nette ; mais celle des objets rapprochés se trouble ; autrement dit, le punctum proximum s’éloigne de quelques centimètres.
< L’attitude du presbyte qui lit est caractéristique ; il tient son livre éloigné et recherche la lumière, pour compenser la distance par un plus grand éclairage.
j La presbytie est donc bien un trouble de l’accommodation qui dépend de l’àge de l’anpareil visuel. Son nom vient, en effet, de 'îîpssêuç, vieillard.
On coirige la presbytie par l’usage de lunettes à verres convergents, qui servent seulement dans la vision des objets rapprochés.
acuité dela vision. — Pour mesurer la force visuelle , les oculistes emploient des lettres typographiques de grandeur déterminée. Tel caractère de cette échelle, avec un éclairage suffisant, doit être vu par un œil normal à une certaine distance. Supposons, par exemple, qu’un individu ne distingue qu’à une distance de 4 mètres les caractères qui doivent être vus à 8 mètres par un œil normal, on en conclut que sa force visuelle a diminué de moitié. On a démontré, à l’aide de ces échelles, que l’acuité de la vision diminue sous Finfluence de l’âge et sous celle de certains états pathologiques, tels que l’anémie, l’intoxication saturnine, l’urémie, l’abus du tabac à fumer, etc.
Nous avons déjà dit que l’affaiblissement de l’acuité visuelle constitue Vamblyopie et sa perte totale Y amaurose. Il n’est pas vrai, comme on le croit généralement, que des personnes aient perdu la vue en fixant des éclairs ; cependant, s’ils sont très-forts et très-rapprochés, ils peuvent produire un éblouissement qui aveugle, mais pour un certain temps seulement.
oimension des objets visibles. — Chaque élément nerveux de la rétine ne transmet au cerveau qu’une impression unique ; aussi, pour que deux objets ou deux points d’un même objet soient visibles, il ne faut pas que leurs images se forment sur un seul élément, comme cela arrive pour les grains de poudre bleue, mélangés avec des grains de poudre jaune, qui paraissent tous verts. Les éléments de la rétine ont chacun trois à quatre millièmes de millimètre ; pour qu’un objet soit visible dans tous ses détails, il faut donc que son image rétinienne mesure plus de trois à quatre millièmes de millimètre. Or les physiciens ont calculé que, à une distance de l’œil de 20 centimètres, l’image qui sera dans ces conditions proviendra d’un objet mesurant un vingtième de millimètre environ. Au-dessous de cette limite, on devra avoir recours aux microscopes, qui sont des instruments d’optique destinés à augmenter la puissance de la vue en grossissant les objets.
i PERSISTANCE DES IMPRESSIONS DE LA RÉTINE. — On a
démontré expérimentalement que l’excitation instantanée d’un corps lumineux produisait sur la rétine une impression qui ne durait environ qu’un dixième de seconde. Si ce corps est mis en mouvement avec une vitesse assez grande pour impressionner pendant ce laps de temps une certaine étendue de la rétine, on éprouvera la sensation d’une série d’impressions successives qui paraîtront continues. C’est ce qui explique la traînée lumineuse des étoiles filantes et le cercle de leu déterminé par la rotation d’un charbon ardent.
C’est aussi grâce à la persistance des impressions de la rétine, que la vision n’est pas interrompue pendant le clignement des paupières.
SENS DE LA VISION
Le thaumatrope, le pénakisticope, qui a eu, dans ces derniers temps, une si grande vogue sous le nom de zootrope, la roue de Faraday, le kaléidoscope, les disques stroboscopiques de Stampfer, sont des appareils d’optique qui donnent lieu à des illusions du même genre.