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FIXATION DES IMAGES SUR. LA RÉTIXE. OPTOGRAPHES

— En 1877, M. Bail a découvert dans la couche profonde de la rétine, c’est-à-dire dans la membrane de Jacob, une substance de couleur pourpre que la lumière décolore et détruit, mais qui se reproduit aussitôt après sa décoloration. L’étude de cette substance et de ses modifications conduisit ce savant italien à conclure que l’action exercée sur la rétine par la lumière est d’ordre chimique, et que la formation des images résulte d’une série de photographies successives et instantanées. Cette théorie a été de tout point confirmée par les expériences de M. Kuhne qui est parvenu à fixer les images du pourpre rétinien à l’aide du procédé suivant : il dirige la tête d’un lapin vivant sur un point déterminé ; un instant après il ferme les yeux de l’animal, lui tranche la tête et la jette dans une solution concentrée d’alun. Le lendemain il ouvre les globes oculaires du lapin et l’image photographique des objets placés dans le champ visuel de l’animal se détache en blanc sur le pourpre rétinien. Ces impressions rétiniennes constituent les optographes.

Il ne faudrait pas aller jusqu’à croire avec bien des personnes qu’on peut trouver au fond de l’œil de sa victime l’image de son meurtrier.

images consécutives. — La persistance de l’impression lumineuse est proportionnée à la durée et à l’intensité de l’excitation. Il est facile de s’en rendre compte en fixant, pendant un certain temps, un objet fortement éclairé, et en fermant aussitôt les paupières; l’image de cet objet sera encore visible durant quelques minutes. Les images produites dans ces conditions sont dites images consécutives. Si l’objet est coloré, l’image consécutive perçue sera de la couleur complémentaire (1) de celle de l’objet, c’est-à-dire que si la couleur de l’objet est bleue, son image sera orangée, et celle-ci sera verte si l’objet est de couleur rouge.

Les images consécutives et les illusions de coloration peuvent encore se manifester lorsque les yeux restent ouverts. Fixons sur une feuille de papier un pain à cacheter rouge ; portons après un certain temps les yeux sur une autre feuille entièrement blanche ; nous verrons alors une image verte de même forme. La synthèse de cette expérience peut se faire en regardant au fond d’un stéréoscope dont

(1) Voir la note au bas de la page 406.

les compartiments seront colorés l’un en rouge et l’autre en vert : dans ce cas l’on ne percevra qu’une seule impression, celle de la lumière blanche. Les signaux de chemins de 1er sont rouges et verts ; et si les conducteurs de trains reçoivent dans chaque œil un faisceau de lumière provenant de l’un des signaux, ils auront la perception d’un signal de lumière blanche, erreur qui peut être suivie de graves conséquences.

La production des couleurs subjectives complémentaires peut donner lieu à des illusions d’optique qui présentent un certain intérêt en médecine légale. Ainsi M. Gillet de Grandmont a rapporté l’exemple d’une femme qui, travaillant auprès d’une fenêtre au sarreau bleu de son mari, entend tout à coup crier : « Au voleur ! » Elle voit un homme qui se sauve, et elle affirme qu’il était en chemise jauneorange. On arrête un inconnu vêtu de jaune, mais plus tard on reconnaît que le véritable voleur était en blanc ; or l’ouvrière avait donné aux vêtements du malfaiteur la couleur complémentaire du bleu qu’elle avait depuis longtemps devant les yeux.

irradiation. — Lorsque la source lumineuse est très-vive, elle produit une excitation qui s’irradie par diffusion autour de la portion de rétine impressionnée, et les objets d’où elle émane paraissent plus grands qu’ils ne le sont réellement ; aussi de deux cercles de diamètres égaux, l’un blanc et l’autre noir, le blanc paraîtra plus grand. C’est en vertu du même principe que les personnes maigres recherchent les étoffes de couleur claire, qui leur donnent de l’ampleur. En regardant le soleil à travers un verre foncé, ses contours apparaissent plus nets et mieux définis. L’éblouissement que l’on éprouve en sortant d’un endroit fortement éclairé pour pénétrer dans un lieu obscur est encore un phénomène d’irradiation.

De deux impressions lumineuses, la plus vive est la seule qui soit perçue par la rétine. De là vient que la phosphorescence. des vers luisants, la lueur des éclairs de chaleur et celle des étoiles sont effacées par l’éclat du jour et ne sont visibles que pendant la nuit. On peut apercevoir des étoiles en plein midi, soit pendant une éclipse de soleil, soit en considérant du fond d’un puits une portion du ciel ; car les rayons partant de ces astres arrivent directement à l’œil de l’observateur, tandis que ceux du soleil n’y parviennent qu’obliquement et affaiblis par des réflexions successives.

5*eiace3»tiœ3î des couleurs. — Se fondant sur les données de l’anatomie comparée, les physiologistes ont assigné aux bâtonnets de la rétine le rôle de mesurer la quantité de la lumière et aux cônes , celui d’en apprécier la qualité, c’est-à-dire les nuances. Il paraît que le punctum cæcum des oiseaux de nuit n’est constitué que par des bâtonnets, tandis que celui de l’homme n’est pourvu que de cônes.

SENS DE LA VISION

»u daltonisme. — Certaines personnes ne peuvent reconnaître une ou plusieurs couleurs ; la couleur rouge est celle qui trompe le plus souvent. C’est ainsi que tous les objets rouges paraissaient verts au chimiste Dalton : de là le nom de daltonisme donné depuis à cette afiection. L’historien Sismondi confondait le rose et le bleu tendre. Arago a cité une famille écossaise dont tous les membres prenaient, comme Dalton, le rouge pour le vert; de sorte que, ajoutait l’illustre astronome, pour ces infortunés Écossais les cerises n’étaient jamais mûres.

Le daltonisme est très-fréquent; on compte, en France, plus de trois millions de personnes qui en sont affectées, dont trois cent mille femmes seulement.

Cette anomalie visuelle est incompatible avec certaines professions : ainsi, D’Hombres-Girmas cite un peintre qui peignait un sujet d’appartement en bleu, croyant assortir la couleur de sa composition à celle de l’ameublement qui était rouge ; Marion rapporte encore l’exemple d’un tailleur de Plymouth qui mit une pièce écarlate à une culotte de soie noire.

On conçoit quelles conséquences désastreuses peut produire l’incapacité de discerner certains signaux des navires et des chemins de fer; aussi les marins et les employés des voies ferrées sont-ils spécialement examinés pour les couleurs. Le I)r Favre a cité dans son Étude sur le Daltonisme de nombreux exemples où cette aberration visuelle a été la cause d’erreurs, de contestations et d’accidents plus ou moins sérieux. Un tisseur daltonien ayant occasionné des pertes sérieuses à un fabricant, par suite de confusion des fils ; des témoins, atteints de la même infirmité, se trompant sur la couleur de l’habit d’un accusé ; des examinateurs mettant dans l’urne une boule verte pour une boule rouge ; un habitant de Saint-Étienne, affranchissant ses lettres avec des timbres destinés aux journaux ; un marchand de nouveautés de Villefranche, qui expédie des étoffes non conformes aux échantillons ; des ouvriers tailleurs, cousant des vêtements avec de la soie plus foncée que le drap ; des bijoutiers, incapables de distinguer le rubis des autres pierres précieuses; des teinturiers, prenant du jaune foncé pour du vert; un Turc, venu dans un magasin pour acheter un turban ‘ rouge, et le refusant comme noir; enfin, un docteur en médecine, se montrant chez sa fiancée avec un superbe pantalon rouge, qu’il croyait être gris perle.

Le daltonisme peut être passager ; c’est surtout lorsqu’il provient d’une cause accidentelle, toile que la jaunisse et l’effet de la santonine : dans ces différents cas les objets paraissent tous jaunes.

M. Javal corrige l’infirmité daltonienne par l’usage de verres entre lesquels il interpose une lame mince de gélatine colorée avec la fuschine.

vue simple avec ues delx veux. — Tous les objets forment au fond de chaque œil une image distincte. Nous les voyons donc doubles et cependant ils nous paraissent simples.

Dans cette appréciation de nombre, comme dans celle de la position des objets, une opération mentale fondée sur le sens du toucher rec-

Fig. 295. — COB, Angle -visuel. — col , Angle sous-tendu sur la rétine par l’objet BC. — 0, Centre optique situé près de la face postérieure du cristallin. — aka, Angle optique. — A, Sommet de l’angle. — ak, ak, Axes optiques. — cl, cl, Images renversées et plus petites que l’objet B c.

tifie l’impression de la vue. De même les insectes, qui ont des milliers d’yeux, ont aussi la vue simple.

Pour que la vision d’un objet paraisse simple, il faut que le sommet de Y angle optique (fig. 295, aka), formé par la rencontre des deux axes optiques (ak), coïncide avec cet objet. Ce qui le prouve, c’est que si vous fixez un objet avec les deux yeux et que vous déplaciez l’un d’eux en le refoulant avec la pulpe du doigt, les axes optiques ne convergeront plus sur cet objet, et celui-ci semblera se dédoubler. C’est pourquoi tous ceux qui louchent doivent voir double s’ils regardent avec les deux yeux ; mais afin d’éviter cette diplopie désagréable, ils ne voient que d’un œil à la fois et ils habituent leur cerveau, comme nous l’avons dit plus haut, à ne pas tenir compte de l’image qui se forme dans l’autre œil.

Wheatstone a fait la démonstration synthétique de cette loi d’optique en prouvant que la vue de deux corps identiquement semblables ne déterminait qu’une sensation unique. Pour répéter son expérience, il faut regarder, à travers deux cylindres creux, deux billes de billard

SENS DE LA VISION

placées l’une à côté de l’autre ; alors on n’apercevra qu’une bille qui semblera plus éloignée que les deux autres et qui occupera virtuellement le point d’intersection des deux axes optiques prolongés.

sensation ou relief, stéréoscope. — Lorsqu’on fixe alternativement un même objet avec chaque œil, on remarque que les images perçues de la sorte ne sont pas identiques ; or c’est de la perception simultanée de ces deux images différentes que résulte la sensation du relief, sensation impossible sans la vision binoculaire. C’est en se fondant sur ces considérations que l’ingénieux Wheaststone a construit le stéréoscope (sifepsoç, solide; uxôiueiv, considérer), dont le but est de faire apparaître en relief des images représentées sur une surface plane.

Cet appareil se compose d’une boîte à deux compartiments : au fond de chacun on dispose deux dessins représentant le même point de vue, mais différant quelque peu entre eux. Le dessin de droite est le même que celui que l’œil droit percevrait s’il regardait le point de vue réel, l’œil gauche restant fermé ; il en est de même pour le dessin du côté gauche. Les deux images de l’aspect droit et de l’aspect gauche tombent sur la rétine des deux yeux et se confondent en une image commune qui donne la sensation du relief et celle de la diversité des plans.

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