I. — DU CANAL DIGESTIF
TEX.TUOE GÉWÉRAXÆ OU TUBE DÏGESTÏF. — LOS parois dll
tube digestif sont formées de trois tuniques superposées : une interne ou muqueuse , qui renferme des glandules dont le produit de sécrétion est destiné à lubrifier la surface libre de cette membrane ; une externe ou musculaire , qui favorise la progression des aliments ; et une moyenne ou celluleuse , qui sert à unir les deux autres tuniques. La portion abdominale du tube digestif est revêtue d’une quatrième enveloppe qui est de nature séreuse, et n’est autre que le péritoine.
A. — De la bouche.
COIVFORMÆlTIOIV ï)E LA BOUCHE. STOMATITE ET ÉOUÏjIS.
— La bouche est une cavité circonscrite par les deux maxillaires ;
elle est le sieste de la mastication, de la gustation, de Pinsalivation et de la déglutition. Elle sert encore à l’émission de la voix et supplée à l’obstruction des fosses nasales dans Pacte respiratoire. Les parois de la cavité buccale sont formées en avant par les lèvres , en arrière par Yisthme du gosier , sur les côtés par les joues, en bas par la langue , en haut par le palais.
On appelle vestibule de la bouche la galerie en fer à cheval limitée intérieurement par les arcades dentaires, et extérieurement par les joues et les lèvres. Cette galerie communique avec la cavité buccale proprement dite par un petit espace ménagé en arrière des dents de sagesse et permettant le passage des liquides lorsque les mâchoires ne peuvent être écartées.
Les parois de la cavité buccale sont tapissées d’une membrane muqueuse dont l’inflammation constitue la stomatite (<7T0[/,a, bouche). Le muguet , qui est dû, comme nous l’avons dit, à la présence d’un champignon, Y oïdium albicans (fig. 238), est une variété de cette affection. La stomatite, dite saturnine , s’observe surtout chez les peintres en bâtiments qui font usage de céruse ou carbonate de plomb ; elle est caractérisée par la présence d’un liséré ardoisé de sulfure de plomb, occupant le bord libre des gencives. Dans \e scorbut, les gencives sont gonflées, ramollies, ulcérées, et les dents deviennent vacillantes.
L’ébranlement des dents s’observe aussi dans la stomatite, dite mercurielle, provoquée le plus souvent par une dose trop forte de sels mercuriaux, tels que le calomel, le sublimé corrosif et le proto-iodure de mercure.
La muqueuse gingivale est parfois le siège de petites tumeurs charnues appelées épulis (ém, sur ; ôuXôv, gencive), et dont la couleur et la forme les font ressembler à une cerise. Ces tumeurs, auxquelles plusieurs auteurs attribuent une nature cancéreuse, doivent être traitées énergiquement, car elles ont une grande tendance à se reformer.
jo deslèvres. ANTHRAX labïal. — Les lèvres interceptent entre elles Y orifice buccal , qui est plus ou moins ouvert, selon les individus. Cet orifice est contractile grâce au muscle orbiculaire (pl. II, B, 10) contenu dans l’épaisseur des lèvres. C’est au grand développement de ce muscle et aussi à la proclivité des incisives qu’il faut attribuer la saillie des lèvres dans la race nègre. Chez certains individus, principalement chez les musiciens et les joueurs de cor, les lèvres se renversent en dehors. Cette conformation expose la muqueuse labiale à des excoriations fréquentes. La lèvre supérieure est moins souvent affectée de gerçures que la lèvre inférieure, parce qu’elle est plus rentrée ; elle est d’ailleurs protégée chez l’homme par des moustaches.
La structure essentiellement musculaire des lèvres explique leur
LE GORPS HUMAIN.
extrême mobilité et leur permet de concourir à des actes physiologiques importants, tels que la préhension des aliments, la succion, l’expuition, l’articulation des sons en général et celle des labiales en particulier. Elles jouent aussi un certain rôle dans l’expression du visage, et l’on sait quel caractère de stupidité une bouche ouverte et immobile imprime à la physionomie.
Les lèvres sont encore comme une digue naturelle à l’issue de la salive au dehors de la cavité buccale : aussi l’écoulement involontaire de ce liquide s’observe-t-il lorsque les lèvres sont atteintes de paralysie ; quand elles ont été détruites par une affection cancéreuse, ou enfin lorsqu’elles sont maintenues écartées, comme on l’observe dans la luxation de la mâchoire inférieure, par exemple, à la suite d’un bâillement exagéré.
Outre les fibres musculaires de l’orbiculaire, on rencontre encore dans les lèvres des pelotons de tissu cellulaire, qui, en cas d’inflammation, sont bridés et étranglés par ces fibres ; de là la vive douleur éprouvée dans les anthrax des lèvres. Ce tissu cellulaire est souvent le siège d’une induration hypertrophique donnant lieu au gonflement des lèvres, surtout de la lèvre supérieure, que l’on observe chez les scrofuleux.
Les nerfs des lèvres sont très-nombreux, et leur abondance rend compte de l’exquise sensibilité de la région labiale. C’est cette sensibilité qui permet de diriger les chevaux en tirant sur le mors placé dans la bouche.
Les artères des lèvres ont reçu le nom de coronaires , parce qu’elles forment autour de l’orifice buccal une véritable couronne.
Enfin les veines labiales sont très-nombreuses ; elles communiquent avec les sinus crâniens par l’intermédiaire des veines faciales qu’elles concourent former. Cette particularité explique la gravité des anthrax des lèvres par suite de la propagation de l’inflammation aux méninges.
DÉVELOPiuiiiKivr des lèvkes. BEc-DE*LiÈvRE. — Le développement des lèvres se fait par cinq bourgeons : trois pour la lèvre supérieure et deux pour la lèvre inférieure. La soudure de ces différentes parties doit être effectuée vers le quarantième jour après le début de la vie embryonnaire, pour la lèvre supérieure, et vers le vingtième pour l’autre. Si un arrêt de développement a empêché la soudure d’une ou de plusieurs de ces parties, il en résulte une division simple ou double de la lèvre supérieure, ou encore une division unique et médiane de la lèvre inférieure.
Ce vice de conformation constitue le bec-de-lièvre ; il est le plus souvent simple et il occupe alors l’un des côtés de la lèvre, plus fréquemment à gauche (fig. 312), au-dessous delà narine correspondante.
DE LA DIGESTION
Le bec-de-lièvre est, comme nous l’avons déjà vu, quelquefois compliqué de la proéminence des os incisifs (fig. 42). Lorsque la division s’étend à la voûte palatine et au voile du palais, cette difformité prend le nom de gueule-de-loup.
On remédie à ce vice de conformation en avivant les deux bords de la division (fig. 313) et en les maintenant rapprochés jusqu’à ce que leuraccolement se soit produit. Pour affronter les deux plaies, les Arabes se servent d’une espèce de Fi, 31* B d ,.. scarabée dont la tête est armée de pinces. Dès simple limité à la fente de que l’insecte a saisi les bords de la plaie, ils coula îevre supérieure. pent son extrémi té postérieure et laissent en place les appendices de l’animal jusqu’à la cicatrisation complète.
2° isthme ou gosier. — On appelle isthme du gosier l’ouverture qui établit une communication directe entre la bouche et le pharynx, et qui est limitée en bas par la langue, en haut et sur les côtés par le voile du palais et ses piliers (314).
Chez les solipèdes, comme le cheval, l’étroitesse de l’isthme du gosier est telle que, dans le vomissement, qui, d’ailleurs, est rare chez ces
animaux, les matières sont rejetées par les cavités nasales et non par la bouche. C’est aussi pour la même raison que ces animaux ne respirent jamais par la bouche.
3° des .«moues, fluxion et womal. — La région des joues occupe les parois latérales de la bouche ; son nom lui vient du mot latin
jugum (joug) à cause de la disposition arquée de l’os de la pommette ou os malaire.
Les joues renferment dans leur épaisseur les muscles peauciers de la face (pl. II, B), qui concourent surtout à l’expression de la physionomie. Parmi ces muscles, le buccinateur (pl. Il, B, 5) joue un rôle im-
Fig. 314. — Cavité buccale et isthme du gosier.
1 , Luette. — 2, Base de la langue. — 3, Piliers antérieurs du voile du palais. — 4, Piliers postérieurs limitant l’isthme du gosier. — 5, Amygdales.
portant dans la mastication : il s’oppose à l’accumulation des parcelles alimentaires dans le vestibule de la bouche, et il active l’écoulement de la salive en excitant directement le conduit de la glande parotide, qui le traverse de part en part.
Chaque joue renferme, en outre, une couche celluleuse plus ou moins chargée de graisse, qui sert à combler les vides du squelette de la face. C’est à l’engorgement inflammatoire de ce tissu cellulo-graisseux que l’on donne communément le nom de fluxion (de fluere, couler), parce que les mailles de ce tissu s’imbibent de liquides plastiques et se gonflent à la façon d’une éponge mouillée. Chez les enfants débilités par les maladies et les privations, la couche cellulo-graisseuse de la joue peut être détruite par la gangrène qui est, le plus souvent, consécutive à une simple inflammation de la muqueuse buccale. Cette affection constitue le noma (vépetv, ronger).
On remarque encore au milieu des joues une boule graisseuse^ pl. II, A, 4) signalée pour la première fois par Bichat. Cette boule existe, même chez les individus les plus émaciés ; mais elle est plus développée chez l’enfant que chez l’adulte, ce qui explique la rondeur des joues dans le jeune âge. L’usage de la boule graisseuse de Bichat era-
DE LA DIGESTION
pêche le mâchonnement des joues pendant la mastication et s’oppose à leur enfoncement dans la cavité buccale au moment de la succion.
4° plancher die K.A. bouche. — La pl ii s grande partie du plancher de la bouche est occupée par la langue. Outre le rôle important que cet organe joue dans la phonation et dans la gustation, il aide encore à la mastication et à la déglutition des aliments. Sa mobilité extrême lui permet d’explorer rapidement tous les recoins de la bouche afin d’empêcher le séjour de parcelles alimentaires dans cette cavité: de là le nom de « balai de la bouche » qui lui est communément donné.
5° PilROï SUPÉRIEURE LA BîOUCHE. VOUTE PALATIXE.
— La paroi supérieure de la cavité buccale est formée en avant d’une portion osseuse, dite voûte palatine , et en arrière d’une portion membraneuse, dit e voile du palais (pl. II, I, 8).
La voûte palatine ou palais doit son nom à sa disposition cintrée qui augmente la capacité de la bouche. D’après Velpeau, la courbure de cette région serait très-accusée chez les chanteurs.
voile pax,a.is. — Le voile du palais, encore appelé palais mou , est une espèce de soupape membraneuse qui, en devenant horizontale, interrompt la communication de la bouche et des fosses nasales. Aussi une injection faite dans une narine peut-elle ressortir par l’autre sans tomber dans la gorge. Le redressement du voile du palais s’oppose encore au passage de l’air par les fosses nasales pendant la phonation et à celui des liquides pendant la déglutition. De là le reflux de ces derniers par le nez et le son nasonné que prend la voix dans la paralysie du voile du palais.
A l’état normal le voile du palais est abaissé et permet à l’air de traverser librement les fosses nasales. Quand on dort la bouche ouverte, le voile du palais entre en vibration, principalement au moment de l’expiration, et détermine le ronflement.
Le voile du palais doit son extrême mobilité à ses nombreux muscles. Ces muscles sont dits staphylins (qruaçuX'f), luette), parce qu’ils aboutissent tous à la luette. On les distingue, selon leur situation, en glosso-staphylin , pharyngo-staphylin , palato-staphylin , occipito-staphylin, péristapliylin interne et péristaphylin externe (fig. 315).
Ils concourent à la constriction de l’isthme du gosier et à l’occlusion de l’arrière-cavité des fosses nasales. Les péristaphylins externes dilatent aussi la portion antérieure de la trompe d’Eustache à chaque mouvement de déglutition, afin de renouveler l’air renfermé dans ce conduit. Le bruit que l’on entend dans chaque oreille, en avalant sa salive, résulte précisément de l’introduction de l’air dans la caisse du tympan.
Le bord libre du voile du palais présente un prolongement médian, la luette , d’où partent de chaque côté deux replis ou piliers , qui limitent une excavation occupée par l 'amygdale,
ois la luette. — Son nom lui vient du vieux français uvette (de uva, grain de raisin). C’est une petite languette parfois bifide, qui,
Fig. 315. — Muscles du \oile du palais.
1, Parties latérales du pliarynx é artécs avec des crochets. — 2, Faee postérieure du larynx. — 3, Epiglotte. — 4, Luette. — 5, Replis aryténo-épiglottiques. — 6, Isthme du gosier et base de la langue. — 7, Trompe d’Eustache. — 8, Constricteur supérieur du pharynx. — 9, Pharyngo-staphylin. — 10, Péristiphylin interne. —11, Paiato-staphylin. (Figure tirée de l’dnatomie de 31. Fort.)
sous l’action des muscles palato-staphylins , vient se placer entre les deux piliers postérieurs pour compléter l’occlusion de l’arrière-cavité des fosses nasales au moment de la déglutition. On peut cependant pratiquer l’excision de la luette sans aucun inconvénient. C’est ce que l’on est obligé de faire lorsqu’elle présente une longueur trop considérable, car alors elle pend sur la base de la langue et produit une titillation continuelle de cet organe qui provoque des nausées fréquentes et une toux plus ou moins pénible.
L’opiniâtreté de cette toux a fait croire, dans certains cas, au début d’une phthisie pulmonaire, et c’est à cette méprise qu’il faut attribuer
DL La i)i(jtsTioN.
les prétendues guérisons de cette maladie par la simple excision de la luette.
Lorsque rabaissement de la luette résulte d’une infiltration inflammatoire passagère, cet organe reprend bientôt de lui-même ses dimensions normales. Dans ce cas, réussit le procédé employé par les commères qui, pour relever la luette, choisissent le cheveu correspondant à cet organe .
La gêne respiratoire que l’abaissement de la luette détermine dans la gorge est sans doute la cause des cauchemars que produit cette conformation.
piliers nu voile ou palais. — Ces piliers sont au nombre de quatre, deux antérieurs et deux postérieurs. Ils partent tous de la luette et se terminent, en formant une double arcade, les premiers sur les côtés de la langue, et les autres sur les parois du pharynx. Les piliers antérieurs contiennent dans leur épaisseur les glosso-stapliylins , et les piliers postérieurs, les pharyngo-staphylins. Le rôle des piliers du voile du palais est donc subordonné à l’action des muscles qu’ils renferment; ainsi les piliers antérieurs concourent à l’occlusion de l’isthme du gosier et les piliers postérieurs à celle de l’orifice qui fait communiquer le pharynx avec l’arrière-cavité des fosses nasales.
Le tiraillement exercé par les muscles des piliers du voile du palais sur la muqueuse qui les recouvre est la cause de la douleur que 1 on ressent au moment de la déglutition dans les affections inflammatoires de l’arrière-gorge. Cette gêne de la déglutition, commune à ces diverses maladies, les a fait désigner sous le nom générique d 'angine, (de angere , étrangler).
B. — Glandes annexes de la bouche.
|o amygdales, ayglyes. — Les amygdales (ày.tYSaXôv, amande) ou tonsilles sont deux glandes dont la forme et le volume rappellent ceux d’une amande.
i Elles sont logées dans la fossette limitée par les piliers du voile du palais. A l’état normal, les amygdales ne sont pas visibles au fond de la gorge; mais sous l’influence de l’inflammation et dans certains cas d’hypertrophie, elles sortent de leur loge et peuvent même se rejoindre en interceptant l’ouverture de l’isthme du gosier.
Quand elles prennent un trop grand développement, on peut sans danger et sans inconvénient pratiquer leur excision. Cette opération se fait avec un instrument en forme de guillotine appelé amygdalotome (fig. 316).
Quelques chirurgiens ont préconisé l’énucléation de cet organe à l’aide des ongles. D’autres se servent du bistouri ; mais avec cet instrument on peut blesser l’artère carotide interne, qui est parfois en
rapport avec la face adhérente de l’amygdale. Le mieux est d’avoir recours à Pamygdalotome et de n’exciser que les deux tiers de la glande, laissant au travail cicatriciel le soin de rétracter la partie laissée dans la fossette.
La surface libre des amygdales présente une dizaine d’orilices béants, qui s’ouvrent dans des cavités plus ou moins anfractueuses, dites lacunes amygdaliennes (fig. 317). La muqueuse qui tapisse ces cavités sécrète un produit particulier semblable, par l’aspect et la consistance, au fromage blanc. L’odeur désagréable de ce produit caséeux est la cause de la fétidité de l’haleine des personnes atteintes d’engorgement chronique des amygdales.
Dans la variété d’angine dite pultacêe (de pulta , bouillie), on rencontre aussi des dépôts blancs crémeux qu’il ne faut confondre ni avec les grumeaux dont nous venons de parler, ni r t avec les plaques du muguet, ni enfin avec les
transversale de l’amygdale: la fausses membranes de l’angine couenneuse iaCgauche.0U mleme Se tr°uve maligne ou diphthéritique (cio ôépa, membrane), 1, 3, 5, 6, Ouvertures des lacunes dont la propagation au larynx produit le croup, conjionciif Q—- 4” Food iTe La dernière méprise est assez commune et lacune. — 7, Follicules dans contribue à faire la réputation des prétendus GiandTafgrap^M îrâ U- spécifiques de cette terrible maladie, mites de l’organe. Les amygdales renferment dans leur épais-
seur des glandes folliculaires qui sécrètent un mucus filant, destiné à favoriser le glissement du bol alimentaire sur les parois de l’isthme du1 gosier. Dans ces derniers temps, on a assimilé les amygdales aux gan-
DE LA DIGESTION
plions lymphatiques, et on a pensé que les follicules amygdaliens contribuaient à l’élaboration de la lymphe qui, nous le verrons plus tard, est le principal liquide formateur du sang. Quelle que soit la valeur de cette hypothèse, l’utilité des amygdales est fort contestable, puisque leur extirpation n’entraîne aucun trouble fonctionnel.
Il entre encore dans la structure des amygdales une certaine quantité de tissu cellulaire dont l’inflammation constitue l’angine tonsillaire ou phlegmoneuse , qui se termine le plus souvent par la formation d’un abcès. Cette forme d’angine est plus connue sous le nom d ’esquinancie (cruvay^î angine).
2° glamdes salivaires, oreilloxs. — Ces glandes ont pour fonction de sécréter la salive. Elles sont au nombre de six : les
Artère carotide primitive. — 2, Carotide externe. — 3, Carotide interne. — A, Faciale. — S, Occipitale. — 6, Auriculaire postérieure — 7, Veine jugulaire interne. — 8, Nerf grand hypoglosse. (Figure tirée de Y Anatomie de M. Fort).
deux parotides , les deux sous-maxillaires et les deux sublinguales. Le nom de ces glandes marque leur situation : les premières sont audevant des oreilles (pl. II, B, 3), les secondes au-dessous de la mâchoire inférieure (fi g. 318), et les dernières sont dissimulées sous la pointe de la langue (fig. 319).
LF, CORPS HUMAIN.
Fig. 313. — Glande sub-lingnaio, nerfs et muscles de la langue.
1,2, 3, Artères carotides primitive, interne et externe. — 4, Thyroïdienne supérieure. — 5, Linguale. — fi, Grand hypoglosse, nerf moteur. — 7, Branche descendante de l’hypoglosse. — 8, Glosso-pharyngien, nerf sensitif. — 9, Lingual, nerf sensitif. — 10, Corde du tympan. — 11, Canal de Warthon. — 12, Ganglion nerveux sous-maxillaire. — 13, Muscle stylo-pharyngien. — 14, Muscle constricteur moyen du pharynx. — A, Corps de l’os hyoïde. — B, Coupe du maxillaire inférieur.
Outre ces glandes principales, il existe de nombreuses glandules disséminées dans l’épaisseur de la muqueuse buccale et qui concourent par leur produit de sécrétion à former la salive.
Les glandes parotides sont lès plus importantes par leur volume et
aussi par les nombreux nerfs et vaisseaux qui les traversent. La présence de ces derniers organes explique la vive douleur qui accompagne les inflammations des parotides et l’abondante hémorrhagie que déterminent leurs blessures.
L’inflammation de la glande parotide ou •parotidite s’observe sou-
Fig. 320. — Glande salivaire.
vent dans le cours ou vers le déclin des fièvres graves, et son apparition est considérée comme d’un pronostic très-fàcheux. La simple
DE LA DIGESTION
fluxion du tissu glandulaire de la parotide constitue les oreillons. On sait que cette maladie est souvent épidémique dans les pensionnats et qu’elle se termine toujours heureusement.
structure res glandes SALIVAIRES. — Les glandes salivaires appartiennent à la variété des glandes en grappes (fig. 320) : elles sont donc composées de nombreux grains ou acini qui s’ouvrent dans de petits tubes dits canaux excréteurs , aboutissant à un conduit commun destiné à verser, dans la cavité buccale, le liquide sécrété par les acini .
La glande parotide et la glande sous-maxillaire déversent le produit de leur sécrétion dans la bouche par un conduit spécial, tandis que le liquide de la glande sublinguale s’écoule par cinq ou six conduits, qui s’ouvrent au niveau du bord supérieur de cette glande.
Le conduit de la parotide est appelé canal de Sténon et celui de la glande sous-maxillaire canal de Warthon du nom des anatomistes qui les ont signalés les premiers.
1° Le canal de Sténon s’ouvre dans la bouche, au niveau de la deuxième grosse molaire supérieure, par un orifice que l’on peut sentir avec la pointe de la langue et que l’on prend souvent pour une ulcération. La situation superficielle de ce conduit (pl. II, B, 3) l’expose à de fréquentes blessures, et alors se produit souvent une fistule qui donne continuellement issue à la salive. C’est pour éviter cet |\ accident que l’on recommande de faire les Il incisions de la joue dans la direction du conduit de Sténon, c’est-à-dire horizontalement. En suivant ce conseil, on évitera, en outre, la section d’un grand nombre de filets du nerf facial qui parcourent transversalement cette région pour animer les muscles de la physionomie.
2° Le canal de Warthon vient s’ouvrir a, Spatule relevant la langue. — b, sur les côtés du frein de la langue. C’est la dans la tumeur pour en obtenir la contraction énergique de ses parois qui suérison- projette la salive à une certaine distance,
quand on ouvre fortement la bouche. Ce conduit est susceptible d’une grande dilatation, soit par suite de la formation d’un calcul salivaire qui s’est développé dans sa cavité, soit encore par l’accumulation d’un liquide visqueux qui distend ses parois, au point de former sur le plancher de la bouche une tumeur appelée grenouillette (fig. 321), parce que son aspect rappelle plus ou moins le ventre d’une grenouille.
Fig. 321. — Crenouillette.
de la salive. — On donne le nom de salive au liquide limpide et un peu visqueux qui est versé de la bouche par les canaux excréteurs des glandes salivaires proprement dites et par les conduits des nombreuses glandes labiales, palatines et linguales, comprises dans la muqueuse buccale.
L’homme sécrète environ 1500 grammes de salive dans les vingtquatre heures. Pendant le même temps, le cheval en fournit quarante mille et le bœuf cinquante-six mille.
MODIFICATIONS DE LA SÉCRÉTION SALIVAIRE. DES MA- STICATOIRES. — La sécrétion salivaire est constante ; mais elle peut être activée ou ralentie, suivant les circonstances. Elle est activée par la présence d’un corps sec dans la cavité buccale, et ralentie ou même suspendue, quand la substance est de nature molle ou liquide. On sait que les coureurs entretiennent l’humidité de la bouche en roulant un caillou dans cette cavité.
Certaines substances, dites masticatoires ou sialagogues (uiaXov, salive ; oyetv, chasser) ont aussi la propriété d’activer la sécrétion salivaire. Parmi ces substances, nous citerons les feuilles de tabac roulées en corde et connues vulgairement sous le nom de « chiques » ; le bétel ou siri-daun, que les Indiens mâchent et qu’ils s’offrent entre eux, comme en France le tabac à priser; la racine de pyrèthre, le spilanthe, le piment, le gingembre, la coca du Pérou, etc.
Dans les inflammations de la bouche et principalement dans la stomatite mercurielle, on observe souvent une augmentation notable de la sécrétion salivaire. Chez les enfants en bas âge, la salivation abondante est l’indice d’un travail d’évolution dentaire ; on dit alors qu’ils « bavent » .
Les impressions morales vives exercent encore une influence plus ou moins marquée sur la sécrétion de la salive : c’est ainsi que la vue ou le souvenir d’un mets favori nous fait venir « l’eau à la bouche » , et que la peur empêche, par sécheresse de la muqueuse buccale, l’articulation des mots : « vox faucibus hœsit. » Longet raconte dans sa Physiologie que, pour reconnaître le coupable entre plusieurs accusés, les Indiens leur font garder dans la bouche, pendant un certain temps, quelques grains de riz, et iis condamnent celui qui à la fin de l’épreuve a la bouche sèche.
Une solution de sulfate d’atropine, injectée dans le sang, supprime en même temps l’excrétion de la sueur et celle de la salive chez les ani-* maux.
caractères chimiqles £>e la salive. — La réaction de la salive est alcaline. Elle ne pouvait pas être acide, parce qu’elle eût attaqué les dents. C’est ce que l’on observe chez les dyspeptiques qui ont des rapports acides. L’alcalinité de ce liquide explique pourquoi il
DE LA DIGESTION
suffit de passer entre ses lèvres le bec d’une plume à écrire pour le débarrasser des corps gras qui l’empêchent de prendre l’encre.
La salive se compose en moyenne pour 1000 parties de 990 parties d’eau, de 6 parties de matières animales et de 4 parties de sels.
La grande quantité d’eau qui entre dans la composition de la salive permet à ce liquide d’imbiber les aliments, de les ramollir et de dissoudre les parties solubles qu’ils renferment.
Les matières organiques contenues dans la salive se composent de mucus et d’un ferment particulier, auquel Berzélius a donné le nom d eptyaline (VcuâXov, crachat).
C’est l’abondance de ce mucus qui rend le produit de sécrétion des glandes sublinguinales et sous-maxillaires plus visqueux que celui des autres glandes salivaires. L’usage de ce mucus est de faciliter le glissement des aliments dans la partie supérieure des voies digestives.
La salive fournie par les glandes parotides renferme une faible proportion de mucus et une grande quantité d’eau. Cette composition explique la fluidité de ce liquide et, par suite, la propriété qu’il a d’imprégner les aliments et de faciliter la gustation et la mastication. Comme ces deux fonctions n’existent pas chez les oiseaux, on conçoit que ces animaux soient dépourvus de glandes parotides ; aussi leur salive estelle essentiellement visqueuse et même gluante.
La ptyaline, ou ferment organique de la salive, a reçu de M. Mialhe le nom de diastase salivaire (Smrtwkjiç, séparation), par analogie d’action avec la diastase qui se développe au moment de la germination dans les graminées ; ce ferment jouit de la propriété de transformer la fécule en dextrine, puis en glucose ou suc de raisin. La diastase salivaire fait donc subir aux aliments féculents la même transformation, et le goût sucré que prend, en moins d’une minute, un morceau de pain bien cuit, trituré dans la bouche, vient de cette réaction chimique.
Les sels qui se rencontrent dans la salive sont des composés de soude et de potasse, des phosphates et des carbonates terreux, du chlorure de sodium ou sel marin, et du sulfocyanure de potassium. Cette dernière substance existe en si faible quantité, que sa présence a été contestée par un grand nombre de physiologistes. Ceux qui l’admettent lui attribuent la virulence de la salive des animaux enragés. Le liquide salivaire possède, il est vrai, une certaine action irritante, si l’on en juge par les herpès qu’il provoque aux lèvres chez les personnes qui boivent au même verre. On cite en outre des cas où la salive a acquis des propriétés vénéneuses. M. Lepelletier (de la Sarthe) rapporte, dans sa Physiologie , le fait d’une dame de cinquante ans qui fut mordue par sa fille dans un accès de colère, et dont la plaie, devenue gangréneuse, mit quinze mois à se cicatricer. Il raconte aussi l’histoire de Pierre Hubert, soldat au 12e régiment de dragons, qui mourut des suites d’une
morsure faite à l’index de la main gauche par un de ses camarades en état de fureur. Ces faits confirment l’opinion de plusieurs physiologistes, Pasteur, Yulpian, etc., qui affirment que la salive de l’homme contient un poison mortel, pouvant tuer un lapin en quelques heures. Le docteur Sternberg de Washington attribue cette virulence à la présence de micro CO cci, qu’il a trouvés dans la salive de l’homme et dans le sang des lapins empoisonnés.
Ce sont les sels de soude et de potasse, et aussi la nature albumineuse de son mucus qui font mousser légèrement la salive quand on l’agite : telle est l’origine de la mousse que l’on voit à la bouche des chevaux. Pour la même raison aussi, pendant les attaques d’épilepsie, la salive devient mousseuse. Cette circonstance est bien connue des individus qui simulent cette maladie, soit pour exciter la compassion des passants, soit pour se faire exempter du service militaire : ils se servent, pour donner le change, d’un procédé qui était en usage à la Cour-des- Miracles, si l’on en croit Victor Hugo : « Un jeune hubin, dit-il dans Notre-Dame de Paris , prenait leçon d’épilepsie d’un vieux sabouleux qui lui enseignait l’art d’écumer en mâchant un morceau de savon. »
Les phosphates et carbonates terreux qui sont à l’état de dissolution dans le liquide salivaire, se déposent autour du collet des dents mal entretenues et constituent le tartre dentaire. Ces sels forment parfois des concrétions calcaires ou calculs (de calculas , petite pierre) à l’intérieur des conduits salivaires.
Quelques substances passent du sang dans la salive : ce sont le chlorate de potasse, l’iode et les iodures. Le sucre des diabétiques passe aussi dans les glandes salivaires et irrite les gencives.