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C'est seulement en 1896 que Baumann,et en même temps que lui Drechsel, signalèrent dans le corps thyroïde la présence d'une substance spéciale renfermant de l’iode,qu'ils désignent sous le nom de thyroiodine ou iodothyrine. Voici comment Baumann obtient cette thyroiodine. Il fait bouillir la glande hachée avec de l'acide sulfurique au dixième. Par refroidissement, il se forme un précipité, qui lavé, puis épuisé par l'alcool à 85°,est séparé des graisses par l'éther de pétrole. On dissout ensuite le précipité dans de la soude caustique faible, puis en neutralisant, on obtient la thyroiodine.
C était là une importante découverte ; pour la première fois la présence de l'iode se trouvait signalée dans l'organisme humain. Or, cette substance contient de 3 à 10 pour 100 d'iode et représente de 0,2 à 0,5 pour 400 de la glande. Roos dans un travail qu'il fit avec Baumann ({), prétendit que cette thyroiodine est la seule substance active de la glande thyroïde, et que les autres préparations thyroïdiennes deviennent inactives, quand on en précipite l'iodothyrine, ou le sont d'emblée, quand la préparation est faite de telle façon, que l'iodothyrine se trouve précipitée au cours de la fabrication.
Dans une série d'expériences, les auteurs firent des recherches, sur les échanges interstitiels d'un chien, qui pendant une première période recevait de la (hyroantitoxine de Fraenkel,et pendant une autre de la thyroiodine. Pendant la première période, l'urine ne subit aucune mo-
(1) E. Roos, Les substances actives de la glande thyroïde, Munch. medic. Wochenschr., 24 novembre 1896, n° 47, p. 1157. Giraud 4
difieation, à part une très légère augmentation des chlorures ; au contraire pendant la deuxième période, l'animal maigrit beaucoup,en même temps les auteurs observèrent une augmentation de l'azote total, des chlorures,de l’acide phosphorique : de plus la quantité d'acide carbonique rejeté se trouva également augmentée.On en conclut à l'inefficacité de la thyroantitoxine de Fraenkel, préparée de telle façon, qu’elle ne peut contenir d'iodothyrine.
Cette thyroiodine d’ailleurs rétablit le rythme cardia-. que, fait cesser les convulsions après la thyroïdectomie. Elle diminue le volume des goîtres, calme la dyspnée des goîtreux.,el agit comme spécifique du myxœædème tout comme l’ingestion de glande fraîche. D'autre part, elle est moins abondante que l’état normal dans le corps thyroïde des goîtreux.
Oswald (1) de Zurich distingua la thyroglobuline, substance protéique contenant de l'iode (1,6 p.100) et ayant les réactions des globulines en général, et une autre substance présentant les propriétés des nucléo-protéines, ne contenant pas d'iode, mais du phosphore. Cette thyroglobuline est aclive et sa composition est constante,
Dario Baldi (2) étudiant la glande au même point de vue, conclut qu'aucun des corps précédents, ne constitue les produits uniques et primitifs de la glande. En même temps, 1l signale la présence du brome. Gautier (3) à son
(1) Oswazr, Nouvelles recherches chimiques sur la glande thyroïde Congrès internat. de Paris, 1900.—Que savons-nous de la chimie et dela physiologie du corps thyroïde. Arch. f. de phys., 1900, LXIX, 450 à 460,
(2) Dario Barr, Archives ital. de biologie, t. 29, p. 353, 1853.
(3) GAUTIER, L'arsenic normal chez les animaux. Congrès intern. de 1900, p. 86. |
tour étudie la présence de l'iode et de l'arsenic dans le corps thyroïde, 1l signale son influence sur la croissance des ongles et des poils, et son rôle dans la menstruation dont le sang renferme de l’iode et de l'arsenie (1).
Blum alla plus loin et montra que, dans l'organisme, la thyroïde seule peut fixer l’iode, sous forme de combinaison albuminoïde, et 1l pense que cette combinaison est décomposée dans l'organisme : l'iode deviendrait libre et s’éhminerait par les urines à l’état d’iodure.
On voit par cet historique rapide combien la question s'éclaircissait peu à peu, et combien la présence et l’importance de l'iode étaient signalées de plus en plus par les auteurs. D'autres, imitant encore la question, recherchèrent quelle quantité d'iode métalloïdique pouvait exister dans la glande, indépendamment des matières organiques auxquelles 51 pouvait être combiné.
En 1897, Aufrecht (2) fait une analyse très complète de la glande thyroïde, analyse que nous citons en entier :
ES en NU AE AE A MArIéPe Oro aiques rl ane en EH sr bl O4 SOA brie MA LAN Luto y cv 082 Matières albuminoïdes . . : . . . . . . 16.27 CRIS SE te neue es 1() 52 Substances sélaltineuses et 70. 4 07262 Ode EEE HER NE MEBISS. 7:28 020047 Noidephosphorique eut neue a0a 0:02
pour 100 grammes de glande fraiche.
Pour cet auteur la glande thyroïde contient donc 0,0047 (1) Gauner, Des rapports de la glande thyroïde avec les poils et les
organes génitaux. Acad. de médecine, 6 août 1900. (2) Aurrecur, Journal de phys. et chim., 1897.
d'iode pour 100 grammes. La même année F. Weiss (1) fit une étude des teneurs en iode des nombreux corps thyroïdes pris dans la région de Breslau. Sur 50 corps thyroïdes d'adultes de 46 à 77 ans morts d’affections diverses, il trouve une moyenne de 0 gr. 004 d’iode par corps thyroïde ; cette quantilé d'iode varie d’ailleurs selon lui suivant les régions, et tandis que les habitants de Berlin ont 0 gr. 0066 d'iode dans leur corps thyroïde, ceux de Hambourg n'en auraient que 0,00383, et ceux de Fribourg 0,0025 seulement. Le corps thyroïde des goftreux pourrait contenir selon cet auteur de 0 gr. 006 à 0 gr. 011 d'iode, s'ils n'ont pas subi de traitement 1odé ; dans le cas contraire, la teneur en iode a pu atteindre jusqu'à 0 gr. 058.
On voit que les chiffres donnés par ces auteurs sont très différents. En effet, si nous admeltons le poids moyen de 25 grammes pour le corps thyroïde ; d’après Aufrecht, la teneur en 1ode serait à peine de 0,0012, puisqu'il donne le chiffre de 0,0047 pour 100 ; au contraire, Weiss donne des chiffres variant entre 0,0025 et 0,0066. Ces divergences de résultat ne doivent pas nous surprendreet doivent tenir, en partie du moins, à ce que ces dosages furent pratiqués sur des corps thyroïdes d'individus morts d'affections diverses, et les maladies autres que la tuberculose peuvent très bien exercer leur influence sur la sécrétion iodée thyroïdienne.
Ces auteurs ont d'ailleurs signalé eux-mêmes les causes de ces variations, qu'ils attribuent aux différences de
(4) F. Wurss, De la richesse en iode des glandes thyroïdes des habitants de Breslau. WMünch. med. Wochenschr., 5 janvier 1897, n° 1, p:11)
nourriture, d'habitat, de climat. Ces influences extérieures ont élé également signalées par Baumann, Oswald, Schnnltzler. C'est également cette influence des conditions extérieures, sur la fixation de l'iode dans l'organisme, qu à étudiée Bourcet (1) dans sa thèse. Il recherche successivement l'iode dans l'air, le sol, les eaux, dans les plantes: alimentaires ou non. dans le règne animal. Il fait une élude très complète des divers tissus de l'organisme au point de vue iode ; toutefois l’auteur ne donne pas de dosages d'iode dans le corps thyroïde d’un individu normal. D'autres auteurs ont cherché à savoir à partir de quel momentle corps thyroïde humain commençait à renfermer de l’iode. Pour Miva, Stœlzner (2), Lafayette B. Mendel (3), le corps thyroïde de l'enfant nouveau-né ne contiendrait pas d'iode. Charrin et Bourcet (4) grâce à leur méthode de dosage plus sensible purent en trouver, du moins chez les enfants nés de mères bien portantes. Au contraire, ces deux auteurs ont vu que, dans sept cas de tuberculose maternelle, six fois le corps thyroïde de l’enfant ne contenait pas d'iode ; et encore dans le cas où ils avaient trouvé ce métalloïde (5 mg.pour 100 gr.de glande) ils avaient affaire à une tuberculose à évolution fibreuse. L'iode manquait également chez des enfants, dont les mères élaient alteintes de : paludisme, de lithiase biliaire,
(4) Bourcer, De l'iode dans l'organisme. Ses origines, son rôle, son éliminalion. Thèse de Paris, 1900.
(2) Miva et SrLorzxer, Jahrbuch. für Kinderheilkunde, 1898 Ba&.XIV, Heft I.
(3) Menvez, Laravyerte (B.), American journal of Physiologie,t. 3 p. 285.
(4) Cnarmin el Bourcer, Variations pathologiques de la quantité d’iode du corps thyroïde. Soc. de Biologie, 31 mars 1900.
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d'urémie, de typhoïde, de pneumonie, de chloro-anémie. L'alcoolisme, le placenta praevia avaient été aussi deux causes d'absence de l’iode. Au contraire dans deux cas de syphilis, le corps thyroïde de l'enfant en renfermait une quantité notable (6 mg. et 15 mg. pour 100 gr. de glande) ; d’ailleurs les mères suivaient un traitement iodé.
Nous avons voulu essayer de compléter ces recherches, et nous avons dosé l’iode d’un certain nombre de corps thyroïdes. Pour pratiquer ces dosages, nous avons employé le procédé de Gautier et Bourcet dont nous empruntons la description à la thèse de ce dernier auteur (1).
« La matière dans laquelle on veut rechercher l’iode, est suivant sa nalure finement hachée ou pulvérisée, hu-
“mectée avec une solution diluée de potasse complètement exempte d'iode, et desséchée dans l’étuve à 100°. La masse sèche est de nouveau finement pulvérisée, puis fondue avec de la potasse exempte d’iode dans une capsule de fer ou de nickel.
« La fusion terminée, on laisse refroidir la masse, que l'on épuise par l’eau distillée bouillante, jusqu’à ce que l'eau de lavage filtrée, ne soit plus sensiblement alcaline. La liqueur ainsi obtenue est réduite par évaporation à la moitié de son volume primitif. A la liqueur froide on ajoute peu à peu de l'acide sulfurique pur et sans iode, étendu de cinq fois son poids d’eau distillée, en évitant tout échauffement et refroidissant au besoin le vase dans lequel s'effectue la saturation. Quand la liqueur est neu-
tre, on y verse quelques gouttes de solution de po-
(1) Bourcer, Thèse de Paris, 1900, p. 19.
tasse sans 1ode pour la rendre alcaline, et on l’additionne lentement et en agitant, de la moitié de son volume d'’alcool à 95°. La majeure partie du sulfate de potasse se précipite alors à l’état de poudre fine, qu'on essore à la trompe et lave à l'alcool à 30 pour 100 ; qui entraîne les eaux mères dont elle est imprégnée.
« Le liquide filtré est évaporé au tiers de son volume primitif et additionné quand il est refroidi d'alcool à 90°. Une nouvelle quantité de sulfate de potasse se précipite qu'on essore et lave avec de l'alcool à 30 pour 100 comme précédemment. En renouvelant plusieurs fois la concentration des liqueurs filtrées, et leur précipitation par l'alcool, on finit par éliminer tout le sulfate de potasse, ou à peu près, alors que l'iode, s'il y en a, se concentre dans les liqueurs alcalines solubles dans l’alcool.
« Les dernières liqueurs ainsi obtenues sont évaporées à sec dans une capsule de nickel ou de porcelaine, et le résidu est soumis à un léger coup de feu, qui achève de détruire le peu de matières organiques qui pouvaient encore s’y trouver. On laisse refroidir, on reprend par le minimum d’eau distillée chaude, on filtre et c’est dans les quelques centimètres cubes de liqueur ainsi obtenue que se trouve rassemblé tout l'iode contenu dans la matière détruite.
« Ces quelques centimètres cubes sont franchement acidulés par l'acide sulfurique au tiers, en évitant avec soin tout échauffement. On ajoute alors à la liqueur un centimètre cube de sulfure de carbone parfaitement pur et quelques gouttes d’une solution de nitrite de soude à 20 p. 100, et on agite énergiquement :s'il y avait de l'iode dans
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la matière analysée, le sulfure de carbone se colore immédiatement en violet dont l'intensité croît avec la quantité d’iode dissous. »
C’est ce procédé très sensible que nous avons suivi pour déceler l'iode : pour le dosage, nous nous sommes adressé au procédé de Nicloux également recommandé par Bourcet. Ce procédé est uniquement un procédé colorimétrique. On commence par faire une solution mère d’iode dans le sulfure de carbone, de titre connu. Cette solution diluée de plus en plus donnera une échelle de teintes qu'il sera facile de comparer aux teintesobtenues aprèsle dosage. Nous avons préparé de cette façon une solution mère à 0,01 centimètre cube d’iode pour 10 centimètres cubes de sulfure de carbone, solution dont 1 centimètre cube renferme 0 gr. 001 d'iode. Avec cette première solution nous avons préparé des étalons renfermant pour 1 centimètre cube, respectivement : 0,0005, 0,0001, 0,00005, 0,00001, 0,000005, 0,000001, 0,0000005.
Cette dernière solution étant d’ailleurs à peine teintée en rose. En ayant soin de prendre des tubes de diamètre égal pour la comparaison, on arrivé à un dosage très exact. D'ailleurs, dans le cas où on obtient une teinte intermédiare à 2 étalons, il suffit d'étendre la liqueur de sulfure de carbone jusqu’à ce qu’on ait obtenu la teinte semblable à l'étalon inférieur, une simple multiplication du nombre de centimètres cubes par le titre de la solution donne alors la quantité d'iode contenue dans le liquide à examiner.
Toutefois nous signalerons encore un point important ; les étalons,même scellés et conservés à l'obscurité, tendent
au bout d’un certain temps à s'éclaircir, ce qui pourrait fausser les dosages, nous nous sommes loujours mis en garde contre cette erreur possible en les renouvelant fréquemment. Grâce à ce procédé de dosage, nous avons obtenu des résultats très précis, résultats que nous avons consignés dans les tableaux suivants.
Nous avons en premier lieu, pratiqué ce dosage chez six individus non tuberculeux.
$ 2. — Dosages de l’iode dans le corps thyroïde d'individus non tuberculeux.
Numéro de l'observation Affection ayant causé la mort lade total
27 Gangrène du membre inférieur gauche. 0 gr.,00462
RS PUDEUR SG dre 0. AÆOUT RG LE Le nn man te Lao Tome sd et(), 0013 16 Paralysie générale . de rt AL 0012 17 Lympho-sarcome du poumon . . . . . Néant 34 Rhumatisme cérébral MEET Néant
Dès maintenant, 1l nous faut mettre à part les deux derniers cas (17 et 34) où 1l y avait un manque absolu d'inde. Dans le premier de ces dosages, nous avions affaire à un sarcome du poumon ayant envahi le foie. Le corps thyroïde était profondément modifié dans sa structure et infiltré d’une grande quantité de issu Iymphoïde ;la matière colloïde était grenue. Dansle second, on avait affaire à une malade atteinte de rhumatisme cérébral, et on peut admettre que cette infection suraigué, sans avoir le lemps de modifier profondément la glande au point de vue histologique comme dans le cas précédent, l’a du moins épuisée au point de vue fonctionnel (1).
(1) Dans un cas de tuberculose à évolution lente, nous avons trouvé également une absence totale d'iode correspondant aussi sans doute à un épuisement complet de l’organe.