I. Taine, Voyage d'Italie. Second vol., pages
Il était naturel qu'un soldat d'aventure, un virtuose de tous les vices devînt le grand maître de cette société, et c'est un signe caractéristique du temps qu'une dame aussi bien née et aussi sage que Véronica Gambara ait cru devoir rechercher son amitié en se prosternant devant ses méritas.
Faut-il s'étonner maintenant qu'Antonio Allegri se soit tenu à l'écart de ce monde ? Qu'y avaitil de commun entre lui et l'Arioste ou l'Arétin ? La légèreté de l'un et l'infamie de l'autre ne pouvaient qu'inspirer de l'éloignement à son âme pure et sereine, du dédain à son esprit profond et conscient.
Ce n'est pas que l'occasion ou la faveur lui eussent manqué pour se pousser dans le monde aussi bien et mieux que les autres. Nous savons positivement que les comtes de Corrège le protégèrent, le choyèrent dès son adolescence. Toute sa vie, ses bonnes relations avec la famille ne cessèrent. Les fresques qu'il peignit à leur Villa pour faire plaisir à Véronica Gambara furent exécutées par le grand peintre (sans rémunération) en témoignage de son dévouement. Sa signature se trouve dans les Archives de Corrège parmi celles des invités qui assistaient au contrat de noces d'un fds de la dame de Corrège. Il est certain d'autre part que le duc Fiédéric de Mantoue lui commanda plusieurs tableaux pour Charles-Quint et que l'empereur en fut ravi. Il n'aurait donc tenu qu'à Allegri de faire sa connaissance, s'il eût