‹ Le CorrègeChapitre 11 sur 158 · XVIII ESSAI SUR LA VIE ET L ŒUVRE · texte numérisé non relu

XVIII ESSAI SUR LA VIE ET L ŒUVRE

souffleté avec fureur. II plonge, il se dresse, il se cabre contre les va^^ues comme un être vivant qui lutte avec les éléments et fait sentir à toutes les fourmis humaines, qui rampent dans sa frêle carcasse, le pouvoir de Dieu. . . .Pour plusieurs jours, notre bateau à voiles resta immobile sous la ligne, et rien ne donne une sensation plus terrible d'écrasement sousTinfîni que ce calme plat sous l'éqnateur. Dans la tempête il y a de la vie parce qu'il y a la lutte folle des éléments entre eux et de l'homme avec les éléments, mais la stupeur qui nous prend devant ce lac sans rives, que ne ride aucun souffle et au milieu duquel sommeille un navire immobile et mort, a quelque chose de plus effrayant. Combien nous nous sentons petits et abandonnés dans cette immensité brûlante et morne. Au premier, au plus imperceptible souffle du vent, il semble qu'on s'éveille avec 1 ame de la terre. » Les couchers de soleil sous l'équateur sont décrits dans leur splendeur terrible. «La scènerie du midi de l'Europe est froide comme cire en comparaison de cet éther équatorial, embrasé et cramoisi, de cet or rouge incandescent de l'horizon en flammes. — Derrière vous, du côté de la nuit, l'Océan prend la couleur d'une cité noire, frappée du choléra, d'une Sodome et d'une Gomorrhe. Il y a dans l'ensemble de cet Océan et de ce ciel du sud d'un rouge stérile, d'une chaleur sans espoir, d'un repos éternel, quelque chose du Destin inexorable. »

Dans l'Océan indien, tout change d'aspect et tout devient énorme, les vagues, les monstres marins, les étoiles et le firmament. Les jours s'enflamment, les nuits s'approfondissent. Il semble tantôt qu'on a changé de planète, tantôt qu'on traverse les époques de la terre, où la nature, gorgée de sève créatrice, enfantait les espèces par centaines et les êtres par millions, a Souvent des baleines suivaient notre navire et lançaient par leurs naseaux des jets deau retombant comme de grandes fontaines. Quelquefois aussi des requins gigantesques plongeaient de la crête d'une vague dans le gouffre

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