DE MARGHERITA ALBANA XIX
pendant que de joyeux poissons volants les observaient de haut. D'autres fois, par les nuits tranquilles, une lumière phosphorescente s'allumait dans le sillage du navire, lumière aussi brillante, aussi magique que celle des étoiles au-dessus. Celles-ci semblaient croître et la lune enfler son volume à mesure que nous avancions vers les tropiques. La pureté de l'atmosphère insondable et sans nuages est cause de cette apparence. On croit apercevoir pour la première fois la gloire des cieux. En changeant d'hémisphère, on change d'étoiles, et cela frappe l'esprit. La splendide croix du Sud surpasse de son éclat toutes les autres constellations. Comme la plus aimée de l'Esprit universel, elle veille sur les myriades d'étoiles et semble écouter leurs voix se répondre dans le silence de la nuit. »
On le voit, l'inoubliable traversée fut pour la jeune fille une sorte de communion intense et constante avec l'âme de l'univers, et, à travers celle-ci, un pressentiment du Dieu inconnu. Elle avait pleuré en quittant sa Grèce adorée ; maintenant il lui semblait que les flots étaient sa vraie patrie. Dans son ivresse juvénile des horizons sans borne et des ciels marins, elle avait presque perdu l'envie de revoir la terre, tant elle avait retrouvé sur l'Océan sa propre mesure et comme sa respiration naturelle. « Je lisais beaucoup, dit-elle, mais toutes les lectures me semblaient pauvres à côté de cette nature. La Bible seule résistait à la comparaison. Il n'y avait plus pour moi qu'un seul livre, la Bible, et qu'un seul poème, l'Océan. » Un soir, au crépuscule, les voyageurs aperçurent la côte de l'Inde. « Une terre plate, à perte de vue, précédée de larges sables; une vieille forteresse avec autour des maisons éparses; la ville basse, semée de quelques palmiers, brûlée, désolée, sans espérance. C'était Madras. »
Corfou avait été pour M. A. le songe d'une âme heureuse en dehors du réel. Son séjour en Inde fut le mo-