‹ Le CorrègeChapitre 13 sur 158 · XX ESSAI SUR LA YIE ET L ŒUVRE · texte numérisé non relu

XX ESSAI SUR LA YIE ET L ŒUVRE

ment décisif de sa cristallisation intellectuelle et morale. Tous les courants de pensée et d'émotion, qui devaient agiter son existence, affluèrent vers la jeune fillependant les deux années qu'elle passa à Madras. — Le pressentiment d'un monde suprahumain devant la beauté transcendante de la nature indienne; la compréhension douloureuse de la misère humaine au spectacle du peuple hindou; la contradiction efîrajante qui résulte de ce contraste et le g-ouffre qui se creuse entre l'àme et le monde par sa découverte ; l'enthousiasme débordant pour la poésie; la ferveur religieuse née de la contemplation et le doute philosophique né du raisonnement; une échappée sur le monde occulte; enfin le bouleversement de tout l'être à la première étincelle de l'amour aussitôt suivie d'une séparation cruelle; — tels furent les événements compliqués qui mirent cette jeune âme en ébullition, mais au milieu desquels elle sut trouver néanmoins sa boussole intérieure.

Le palais du g-ouverneur était une large maison isolée, sans architecture, à persicnnes nombreuses, entourée de vérandahs. Du haut du belvédère on dominait un vaste g-azon planté d'arbres tropicaux. A l'horizon, la ligne sombre de la mer avec ses brisans rég-uliers. De l'autre côté, la plaine infinie. A distance, un assemblag-e de baraques brunes et noires avec de rouges bungalows entourés d'arbres représentait la ville de Madras. Dans la maison, une centaine de serviteurs obséquieux, vêtus de blanc, A peau noire ou jaune, glissaient silencieusement comme des ombres.

Après une secousse d'étonnement et quelques jours de nostalgie, le premier désirde la jeune fille fut de pénétrer dans le cœur de cette race et de ce monde nouveau qui l'environnaient. Elle s'y était préparée par des lectures. Mais elle dut y renoncer bientôt en constatant qu'une barrière infranchissable sépare l'Européen de l'Oriental et particulièrement de l'Hindou. Ames profondes et fermées! Ce qu'on en voit, chez le peuple, est un abîme de

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