CHAPITRE V
Les tableaux à l'huile du Corrège. — Saint François. -- Le Christ aux oliviers. — La Vierge et l'Enfant de la tribune de Florence. — Le mariage mystique de Sainte Catherine (Naples). — Même sujet (Louvre). — Za bella Zinrjarinn.
— Fresques de la Madonna délia Scala. — Fresque tle l'Annonciation. — Jupiter et Antiope. — L'école d'Amour.
— Le martyre de Sainte Flavie et de Saint Placide. — La déposition du Christ. —Le martyre de Saint Sébastien. — Saint Sébastien. — La Madone de l'Ecuelle. — Le Saint J('-rôme. — L'enlèvement de Ganymède. — Le Saint Georges.
— Vénus et l'Amour. — La Danaé. - Léda et ses compagnes, — lo et Jupiter. — La Madeleine.
Nous nous proposons clans ce chapitre d'étudier le Corrège surtout comme peintre à Thuile. Nous parlerons successivement de ses principaux tableaux, en observant l'ordre chronologique, et en ne mentionnant que ceux dont l'authenticité est constatée. Ce qui frappe tout d'abord dans cette série considérable, c'est la variété des sujets traités par le maître et son progrès continu vers la perfection. On a pu dire de Raphaël qu'il avait trois manières, selon les trois influences qu'il a subies : celles de l'Ombrie, de Florence et de Rome. Rien de pareil chez le Gorrège ; il a autant de manières que de tableaux; son style se plie à toutes les nuances de son sentiment, et sa composition ressort
toujours de sa conception particulière du sujet, où parfois on découvre une philosophie profonde. Une quahté cependant prédomine sur les autres dans ses tableaux, c'est la grâce, dont le charme mystérieux et suave désarme et persuade. Oui pourrait la définir? En quoi réside-t-elle? Est-ce dans la douceur des contours, dans la légèreté des mouvements, dans le sourire des lèvres, ou dans cette scintillation de vie qu'un rayon furtif donne à un beau visage? N'est-elle pas plus encore dans l'âme invisible, qui crée tout cela par sa merveilleuse harmonie? Le Corrège possède ce don exquis. On l'a appelé le peintre des Grâces et on a eu raison. Elles furent ses vraies Muses.
Les coupoles de Parme marquent avant tout la grandeur de l'inspiration et de la pensée; les peintures à l'huile d'Allegri dénotent plutôt le sentiment intime de la vie et de la passion. Elles nous feront voir en lui un esprit sagace et profond, un maître psychologue qui fait vibrer à son gré toutes les cordes de la chair et de l'âme ; un homme qui décrit toutes les émotions en les dominant.
A côté de la candeur virginale d'une Sainte Catherine, nous trouvons l'âpre convoitise dans Jupiter et Antiope; la tendresse sensuelle dans sa Léda\ les ardeurs brûlantes de l'amour dans son lo. Mais ces scènes hardies sont parfumées de tant de grâce, elles ont une délicatesse d'impression si infinie, que la volupté même s'y voile d'une séduction nouvelle. Oui, séduction est le vrai mot qui convient à ce maître. Qu'il nous prenne par les
sens ou par l'âme, toujours il s'insinue, toujours il séduit, si bien qu'en se livrant à ce charme on oublie quelquefois les pensées profondes qui se dérobent sous la magie de son pinceau.
TABLEAU d'autel * : SAINT FRANÇOIS PEINT EN l5l4 POUR l'église de SAINT-FRANÇOIS A CORREGE
Ce tableau qu'on voit aujourd'hui au Musée de Dresde possède toutes les qualités des vieux maîtres, par l'expression d'une dévotion passionnée, avec plus de largeur dans le trait, plus d'ampleur, de relief et de naturel dans la composition. La Vierge est assise sur un trône élevé, sous un large dais, et tient l'Enfant divin dans ses bras. La tête de Marie, d'une suave beauté, est légèrenent penchée à droite, et suit le mouvement de son corps. Sa main droite est étendue, par un geste gracieux, vers saint François, debout au pied du trône, et lui donne sa bénédiction. Le petit Jésus assis sur ses genoux, répète le geste de sa mère, avec un mouvement tout enfantin et gracieux. La figure du Saint est touchante et pleine de dévotion. 11 a un genou plié sur le gradin du trône, et semble exprimer une profonde adoration, mêlée au bonheur de se trouver sous la tutelle de Marie et de Jésus. De sa main droite il relève un pan de son froc et découvre son pied stigmatisé. Son visage, tourné vers l'enfant et la mère^ semble rayonner de con-