‹ Le CorrègeChapitre 131 sur 158 · LE CHRIST AUX OLIVIERS V · texte numérisé non relu

LE CHRIST AUX OLIVIERS V

Le petit tableau du Christ aux oliviers se distingue par le charme de l'expression, autant que par sa couleur. Le sujet y est peint avec évidence et cette simplicité remplie de grandeur qui est le fait du génie.

La situation qu'il décrit est une des plus touchantes ; elle nous montre l'homme fort de sa puissance morale, dans sa lutte avec lui-même et avec l'adversité. Elle accentue la victoire de la Foi et de l'Espérance, qui se relève avec uneprofonde sécurité, sous le doute et la fatalité. C'est la victoire de V Idéal Humain dans son combat contre la perfidie et la malice de a Mammon ».Le moment choisi est celui qui suit le repas du Christ avec ses apôtres et précède de peu d'instants la trahison de Judas. Le Christ a vu jusqu'au fond l'amer tume de sa situation, il a prédit sa mort. Sentant le besoin de se recueillir, il est entré avec quelques disciples au verger de Gethsémané. Il avait pris à part Pierre et les deux fils de Zébédée et leur avait dit : « Veillez

I. Tableau à l'huile exécuté en ioiq. Présenté par le Corrêçe à son pharmacien pour défrayer un sien compte de la valeur de 6 écus, revendu par le pharmacien pour la valeur de l\oo écus d'argent.

avec moi pour quelques instants n. Pour toute réponse ces derniers se sont endormis par trois fois après l'avertissement du Maître. Le Christ est donc seul avec sa destinée. Il en sonde le fond; il en sent le poids ; il en souffre jusqu'à l'agonie. Il avait dit en entrant au verger : « Mon âme est triste jusqu'à la mort » ^ Mais aucun de ses disciples ne l'avait écouté. Après toutes leurs promesses de dévouement, pas un seul n'a su veiller avec lui. D'abord, en quittant les disciples, il fait quelques pas en avant tombe la face contre terre et prie, disant : « Mon Père, s'il est possible, que ce calice passe loin de moi; toutefois que ta volonté soit faite et non pas la mienne ». Par trois fois, à courts intervalles, il s'approche des disciples, qui sommeillaient toujours. A la fin, il leur dit : « C'est trop dormir et vous reposer. L'heure approche, le fils de l'homme va être livré entre les mains des pécheurs. » (Matthieu, chap. XXVI, verset 45.) C'est alors qu'il fut saisi par la troupe armée qui venait à lui, guidée par le traître Judas.

La phase représentée par le Gorrège est celle entre l'accablement profond et la sérénité triomphante de la dernière résolution ; moment que le récit évang-élique désigne par ces paroles du Christ : a Mon àme est triste jusqu'à la mort. » C'est l'heure où son àme puise dans la prière sa force et sa consolation. L'esprit de Dieu vient à lui, sous la forme

[. Saint Mathieu, XXVI, verset 23 : « Il leur dit alors : « Mon àme est triste d'une tristesse mortelle; restez ici et veillez avec moi »

d'un ange, et renouvelle son espérance et sa foi *. Dans le tableau du Corrège on voit le Christ agenouillé, les yeux tournés vers le ciel, où flotte auprès de lui un ange lumineux. La tête et la poitrine de Jésus, comme aussi les paumes de ses mains sont noyées dans la lumière, qui ceint son front d'une auréole céleste. Sauf ces points lumineux, le reste du tableau est sombre. Les disciples dorment au loin et sur l'horizon grisâtre s'élève un monticule, derrière lequel on voit poindre les premières lueurs du matin. Dans cette immense solitude, la figure du Christ agenouillé, avec l'ange qui flotte dans les airs au-dessus de lui, produit un efl'et très émouvant. Des massifs d'arbres, vus de loin, font ressortir l'accent tragique de la scène. Cette œuvre remarquable par l'originalité de la conception ne porte aucune trace de l'art traditionnel sinon par la ferveur du sentiment qui en émane.

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