‹ Le CorrègeChapitre 132 sur 158 · I. Saint Matthieu, cliap. XXYI, verset · texte numérisé non relu

I. Saint Matthieu, cliap. XXYI, verset

tr'oiiverts, devant son Enfant, dans une attitude de tendresse infinie. Du geste elle semble lai dire : Viens ! L'Enfant, couché sur le dos, tout nu, et souriant, tend ses petits bras vers sa mère, par un mouvement naturel et gracieux.

La Vierg-e est vêtue de rouge ; une ample draperie enveloppe à demi sa tête et descend jusqu'au berceau de l'Enfant. A gauche, un monument en ruines parle du Passé, qui va disparaître devant la clarté du jour nouveau. Cette clarté, le Corrège la fait reluire dans la personne du petit Enfant : c'est par son reflet que la mère est illuminée, comme par le sourire du divin amour. Ce petit tableau quoique fort simple, renferme plusieurs des plus belles qualités du maître. C'est évidemment une œuvre de jeunesse. On y voit comme ébauchée cette ^dée de la lumière (symbole de la vérité morale émanant du Christ), qu'il a su faire reluire triomphalement dans son célèbre tableau de la Nativité et que nous avons décrit dans l'Introduction à ce livre.

MARIAGE MYSTIQUE DE SAINTE CATHERINE AU MUSÉE DE NAPLES, lÔig

Un heureux ensemble de joie naïve et d'harmonie profonde éclate dans l'attitude et le sourire des trois personnages de ce tableau.

C'est la Vierge Marie et sainte Catherine qu'on

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voit groupées ensemble. Elles sont assises vis-à-vis l'une de l'autre, ayant entre elles TEnfant Jésus. Ce dernier tout radieux est assis sur les genoux de sa mère, et lui jette un regard épanoui et souriant; de sa petite main il serre un anneau, et montre sainte Catherine. Celle-ci répond à son geste en tendant sa main gauche à l'Enfant. La Vierge Marie soutient de sa main droite le bras de l'Enfant, tandis qu'il tend l'anneau à la sainte; en même temps, elle attire, de sa main gauche, la main de sainte Catherine dont elle tient les doigts repliés entre les siens. L'attitude et la pose des deux jeunes vierges est ravissante. La Vierge Marie est une jolie brune aux cheveux noirs. Sa tête gracieuse, coiffée d'un turban, est d'une vivacité piquante. Son profil déhcat est fin et distingué. Une joie vive et spontanée sourit sur son visage, d'une beauté suave et virginale. La même expression de douceur, mêlée à une réjouissance angélique, marque les traits de sainte Catherine, laquelle, par contraste à Marie, est toute blonde et mignonne. Ses beaux cheveux sont ramassés derrière sa jolie tête, qui s'incline vers le petit Jésus. Elle tient de sa main droite la palme de son martyre, tandis qu'elle présente sa gauche au petit Enfant. Les yeux et l'expression de l'Enfant sont d'une ineffable beauté. Un vrai paradis de douceur et de joie y rayonne. Ses prunelles noires et lumineuses semblent, en regardant sa mère, étinceler de bonheur. Il est difficile de concevoir un ensemble plus ravissant que ce groupe, parles traits, le geste et l'expression.

Un parfum de lis et de roses s'en exhale, un air de joie y rayonne. Les lueurs du couchant, entrevues au loin, enveloppent ce tableau de toute leur splendeur . Une chaude harmonie se répand sur toutes les %ures, et il en ressort comme un hymne d'amour et d'innocence.

Ce tableau a été fait par le Corrèg-e pour une pauvre femme, nommée Catherine, qui l'avait soig^né pendant une maladie.

Quoique sa fortune fût modeste à ses débuts, il se montre dès lors prodigue et généreux avec les pauvres et les simples; car il donne la sainte Catherine à sa servante et le Christ aux Oliviers à son pharmacien, pour le dédommager des médicaments qu'il lui avait fournis pendant sa maladie. Songeons qu'à cette date le Corrège était déjà fort connu et ses tableaux très appréciés.

MARL\GE MYSTIQUE DE SAIXTE CATHERINE AU LOUVRE. PEIXT EX lOIQ

Ce tableau, qui représente le même sujet que le précédent, a été offert comme présent de noces par le Corrège à sa sœur. 11 contient toutes les belles qualités du maître, mais il diffère essentiellement de l'autre, par les types et la conception générale du sujet. C'est un tableau plus grand : saint Sébastien y est introduit épisodiquement. Le charme de ce tableau lui vient surtout du coloris. Ici, comme dans l'autre, on voit la Vierge et sainte Catherine

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assises en face Tune de l'autre. Leur visag^e, vu presque des trois quarts, présente une sérénité parfaite. L'Enfant seul est animé. Ce dernier, assis auxg-enoux de sa mère, paraît au premier plan, entre la Vierg-e et sainte Catherine. On le voit dans l'acte de passer de sa main g-auche l'anneau mystique au doig"t de la sainte. Elle-même tend l'annu laire de sa main gauche (dont les doigts sont écartés) vers l'Enfant Jésus, tandis que la Vierge mère soutient la petite main de la sainte avec la sienne, pour faciliter la mystique union. Le bras droit du petit enfant est suspendu à ses côtés, et sa main droite est légèrement appuyée sur la main droite de sa mère. Ce qui surtout anime le tableau, c'est l'intensité d'expression du petit Jésus. Son œil vif et intelligent suit la direction de sa main avee la conscience de l'acte solennel auquel il vient de s'engager en célébrant ces mystiques fiançailles; et cependant son expression est remplie d'une naïveté tout enfantine. Avec cela on voit en lui le développement d'une énergique volonté et d'une vigueur de vie supérieure à son âge, qui correspond cependant à la grandeur de son front, et à l'intensité de sa nature passionnée. 11 n'y a que le Corrège pour produire des effets pareils par des moyens aussi simples.

Debout, dans la pénombre, derrière sainte Catherine, on aperçoit la belle figure de saint Sébastien, qui observe avec complaisance ce qui se passe dans cette scène intime. C'est une tête angélique, où l'enthousiasme se peint à côté de l'amour divin.

A dislance, dans un paysage lointain, paraît le martyre des deux saints (Sébastien et Catherine). Un calme profond émane de ce beau tableau ; une candeur virginale y sourit à travers la fête des couleurs. Le ton des carnations est chaud, une lumière dorée de soleil couchant enveloppe les têtes. Le paysage est sombre, le tout est d'un fondu admirable. Le tableau est peint dans la gamme forte des couleurs : du jaune d'or au rouge cramoisi, et du bleu foncé au vert sombre.

Ce tableau fit époque à Corrège, par la sensation qu'il produisit parmi les jeunes filles du pays, dont six voulurent prendre le voile sous le coup de l'enchantement qu'il avait produit.

LA BELLA ZINGARIXA. NAPLES, ÏD20

Certains tableaux du Corrège nous touchent comme la plus belle mélodie, tant l'âme en leur présence s'éveille au sentiment du divin. La bella Zingarina, faite après son mariage, est de ce nombre.

On voit à l'ombre d'une forêt vierge, la jeune Marie et l'enfant Jésus.

La Vierge est assise à terre; elle tient le petit enfant étroitement serré, avec toute la tendresse de Tamour maternel. Son bras retient l'enfant, qui presse doucement la main de sa mère. Elle se penche vers lui de son corps souple et de sa tête gracieusCj sous l'attrait d'une irrésistible passion. On

comprend par leur attitude et leur sourire que les deux se sont longtemps regardés avec bonheur et extase, qu'ils se sont contemplés avec la joie vive de l'amour. Leurs lèvres se sont pressées avec une înefFable douceur. Et maintenant l'enfant dort. Et la jeune mère, penchée sur lui, semble sommeiller aussi, invitée au repos par le charme du lieu et les fatigues du jour. Dans cette paisible solitude, rien ne trouble leur bonheur. La paix de Dieu respire autour d'eux dans l'arôme des bois, le parfum des fleurs et le chant des oiseaux, perchés familièrement sur les branches des arbres. La Vierge est simplement drapée d'une robe claire. Un turban blanc couvre sa tête et s'entremêle aux tresses abondantes de ses cheveux. Un bandeau de mousseline est passé sous son menton; cette coifl'ure originale fait ressortir la déhcatesse et la pureté de son profil. Une fragrance de lis semble se dégager de tout son être, et l'enveloppe d'une atmosphère virginale. Son bras droit allongé par le sommeil pend à ses côtés, et sa main effleure légèrement le pied de l'enfant qu'elle semble caresser encore en dormant. Rien de plus ravissant que l'ensemble de son attitude, la délicate tendresse de sa figure la beauté de ses pieds nus chaussés de sandales et posés sur l'herbe fleurie qui borde une petite nappe d'eau. C'est l'heure de la sieste. La nature semble reposer dans cette vaste solitude. Un lapin blanc, blotti à côté de la Vierge, au second plan, dresse l'oreille au bruissement des feuilles. Ce sont les branches d'un palmierqui remuent. Un ange y est accroché par

les mains, et se tient suspendu au-dessus du groupe de la mère et de l'enfant. Ce petit être vif et remuant semble veiller avec un soin extrême, tout en voltigeant de ci et de là, sur la Mère et l'Enfant endormis dans un calme délicieux. Ce tableau nous laisse sous l'impression d'une paix profonde. Xous Tavons choisi entre bien d'autres charmants tableaux de Madones peintes par le Corrège, parce qu'il exprime une nuance particulière de la ten dresse maternelle et filiale.

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