‹ Le CorrègeChapitre 134 sur 158 · JUPITER ET ANTIOPE · texte numérisé non relu

JUPITER ET ANTIOPE

{tableau peint, 4521) lui tableau du Louvre qui représente Jupiter et

I. Cette be'Ie œuvre est horriblement endommag'ôe. Elle fultransportée une première fois, par ordre de Louis Farnese,de l'Oratoire à ré|s:!ise de la SS™'' Annunziaia. De là. sous prétexte de la détérioration qu'elle subissait par cause de 1 humidité, on l'a transférée définitivement à l'Académie des Ceaux-Arts à Parme. Ce trajet lui a été tellement funeste, qu'à l'heure qu'il est, on n'en voit plus que des débris. Sans la gravure de Toschi, à peine pourrait-on devi- -rier le mérite supéi leur (?e cette œuvre.

LES TABLEAUX 'iG'J

Antiope par le Corrèg-e est un chef-d'œuvre de grâce et de naturel.

On voit la jeune nymphe endormie à l'ombre d'un arbre épais, au milieu d'une sombre forêt coupée de quelques éclaircies. Elle est couchée à terre, sur un manteau bleu : la tête appuyée sur le bras droit ; la main gauche posée sur un arc. Ses jambes sont lég'èrement repliées. Son beau corps nu est d'une blancheur nacrée, d'une fraîcheur incomparable. Ses beaux cheveux retombent à grandes ondes sur ses épaules et sa pose est d'un parfait abandon.

C'est l'heure de midi : tout dort aux alentours. La jeune fille, après sa course matinale à travers champs, s'est assoupie sur l'herbe fleurie des g-rands bois. Elle dort d'un sommeil profond, ses paupières closes voilent ses yeux appesantis, sa jolie tête repose sur son bras arrondi, ses lèvres à demi souriantes invitent à la volupté. A sa droite l'on voit, près de l'arbre qui l'ombrage, Jupiter sous forme d'un satyre ; il soulève l'ample draperie de la nymphe et l'observe attentivement. La tête et le corps velu du satyre, son torse robuste et charnu, son expression sensuelle, forment un puissant contraste avec la belle jeune fille. La convoitise brille dans son regard et rit sur ses lèvres épaisses, qui hument le plaisir. C'est le Satyre selon le mythe g:rec : robuste, intellig-ent et sensuel, que le Corrège nous peint. A gauche d' Antiope, on voit l'Amour endormi. Sa tête blonde toute bouclée effleure le beau corps de la nymphe. Il est couché sur

une peau d'ai^-neau, qui recouvre une peau de lion, dont les formidables g-riffes s'étalent sous ses pieds mignons, et dont le museau paraît derrière lui. Reposant sur le flanc, et tournant le dos au spectateur, l'enfant dort d'un sommeil de conquérant. Son flambeau est renversé à terre, entre lui et la nymphe. Son carquois, d'un jaune fauve, est formé de la crinière du lion. Son sommeil est lég-er; il semble prêt à se réveiller au moindre bruissement du feuillag-e. Son minois espiègle est vu de profil. Il est bien vif, bien câlin, et annonce les heureuses dispositions de l'aimable dormeur et ses habitudes volages. Les petites ailes, frétillantes encore du mouvement qui les a agitées, complètent cette impression. Sa main droite, posée près de son arc, effleure la main d'Antiope. Il semble rêver à de nouvelles conquêtes : il est tout près de ressaisir son arc et son flambeau. La forêt environnante est sombre. La vaste éclaircie qu'on voit à droite du tableau est d'une teinte neutre. Le groupe est éclairé d'une forte lumière, qui vient d'un rayon de soleil, perçant les branches tandis que le reste de la forêt est noir. Ce tableau est d'un fondu admirable, dans la gamme douce des couleurs : du blanc nacré au vert tendre et aux teintes délicates de la fleur de pêcher.

l'école d'amour, i52i

Sur un fond de paysage un peu sauvage et rocailleux, où poussent des épines et des broussailles,

on voit groupés Vénus et l'Amour, auquel Mercure fait la leçon. L'enfant se prête d'assez bon gré à son nouvel apprentissage . Mercure, sous les traits d'un jeune homme spirituel et avenant, s'incline vers lui. L'Amour suit de son doigt mignon les lettres qu'il est en train d'épeler. Il est vu de profil ; deux petites ailes poussent sur ses épaules ; il est d'une rare beauté et sa jolie tête blonde est d'un type ravissant. Subtil, intelligent et spirituel, c'est l'idéal d'un petit Amour. Sa mère debout à ses côtés préside gravement à la leçon ; appuyé contre un roc qui sert de fond au tableau, son corps blanc et majestueux est tout nu. Sa belle tête, très noble, relevée par un ample front, est douce et intelligente. Deux larges ailes se déploient sur ses épaules. Elle tient l'arc de son fils ; une songerie profonde répand sur sa figure un charme puissant.

Les trois personnages de C2 groupe ont un cachet distinct. Le Corrège a voulu par un symbolisme transparent nous faire pressentir l'omnipotence de l'Amour. A ses charmes habituels il ajoute l'attrait de l'imagiaation et de la pensée intelligente. En donnant des ailes à Vénus, il a youlu peut-être en faire une « Uranie » qui sait s'élever aux plus sublimes régions de la pensée pure.

Les rocs, les épines et les broussailles qui remplissent le fond du tableau, semblent indiquer les ronces et les épines de la vie, qu'il faut traverser pour cueillir sa plus belle fleur, qui est l'Amour.

Ce célèbre tableau faisait partie de la collection du duc d'Albe.

LE MARTYRS DE SAINTE FLAVIE ET DE SAINT PLACIDE MUSÉE DE PARME, I Os/j

Ce tableau, qui figure au Musée de Parme et qui représente le martyre de sainte Flavie et de saint Placide, prouve une fois de plus l'habileté extraordinaire du Gorrège dans la conception des sujets les plus divers. Il est évident que sa préférence n'était pas pour les sujets douloureux. Lorsque cependant (comme au cas échéant) on les lui proposait, il savait leur donner l'accent juste, et prouvait alors que s'il fuyait les sujets pénibles, c'était parce qu'il les sentait trop.

Dans le tableau des deux martyrs, sainte Flavie vêtue d'une robe bleue recouverte d'une draperie jaune pâle, est agenouillée à droite, au premier plan du tableau. Elle vient d'être frappée d'un coup d'épée en pleine poitrine par le bourreau qui se tient à demi penché derrière elle et qui l'a saisie par ses longs cheveux. La jeune fille étend ses bras dans l'attitude d'une humble résignation en levant les yeux vers le ciel. Au-dessus d'elle plane un ange qui porte une couronne, la palme et la fleur de lis (emblèmes des deux martyrs). Il semble regarder la scène avec des yeux attendris de pitié et de sympathie infinie. La jeune vierge, dans son agonie, le contemple comme en vision, et lui sourit avec une ineffable douceur.

A gauche, au premier plan du tableau, on voit l'autre martyr, saint Placide. Derrière lui, un bourreau, d'aspect vigoureux et brutal ayant le dos tourné au spectateur, se prépare à lui trancher la tête. Le saint est agenouillé, vêtu d'une grande robe brune. Il a les bras croisés sur la poitrine, dans l'attente du coup qui doit le libérer. Une douce résignation rayonne sur sa figure et prête à ses traits l'expression d\ine bonté supérieure. Il penche sa tête agonisante sur son épaule gauche et regarde l'ange qui plane sur la tête de sainte Flavie, auquel, lui aussi, il oourit. C'est le sentiment d'une profonde et noble résignation qui domine tout le tableau. C'est l'oubli de soi et de la souffrance dans l'extase d'une foi supérieure. La tête de saint Placide est d'un caractère doux et touchant. Une blessure béante sur son cou indique qu'il a déjà été frappé mortellement par son exécuteur. L'expression brutalement inexorable des bourreaux contraste avec l'angélique douceur des saints. D'autre part les torses puissants et la forte encolure des premiers indiquent des natures d'un ordre inférieur, et font ressortir la grandeur morale des deux martyrs. Le sourire angélique qui traverse leur angoisse a quelque chose de consolant. Ce sourire plane comme une harmonie divine sur ce supplice écœurant.

Page 1