LE MARTYRE DE SAINT SEBASTIEN
Quoiqu'il s'agisse du martyre d'un saint, c'est la joie qui prédomine dans ce tableau. Le Corrège fait
ressortir cette joie du fond de l'âme dans l'expression d'extase passionnée du saint, qui trouve sa consolation dans les êtres angéliques et beaux qui l'entourent.
A gauche, saint Sébasiien lié contre un arbre a le torse nu, le corps transpercé d'une flèche. La vision du saint forme l'objet principal du tableau. Au centre, la vierg-e Marie avec l'Enfant; de beaux ang-es, figurés sous les traits des deux sexes, forment une espèce de ronde à leurs pieds et se réjouissent d'être près du saint. L'un d'eux chevauche sur une nuée et semble tout pétillant de joie. Une petite fille au sourire naïf, tout près de la tête du saint, se penche vers lui amoureusement et lui fait observer la merveilleuse vision. La Vierge et l'Enfant lui sourient de leur plus beau regard. Saint Sébastien y répond par un oubli complet de ses peines terrestres; ses angoisses ont disparu; la pointe aiguë de la flèche qui déchire ses chairs est oubliée. L'espoir et la joie brillent dans son regard extatique et rayonnent dans sa figure épanouie. La tête et les yeux levés vers la Vierge et le divin Enfant, il jouit déjà du royaume de Dieu. Celle-ci est la partie vraiment intéressante du tableau. D'autre part, au milieu de la toile ou voit agenouillé le saint protecteur de Modène qui, le bras levé, montre du doigt la vision >
Au premier plan du tableau, on aperçoit une jolie enfant assise à terre, soutenant dans ses bras le modèle de la ville de Modène, qu'elle semble offrir àl'évêque, patron de la ville. Du côté opposé (à la
droite du spectateur) on voit saint Roch, en habit (le pèlerin, qui est endormi à terre. L'effet princi- })a! de l'œuvre vient de la joie des anges, petits et i;rands,du sourire de la Vierge et de l'Enfant Jésus. Le trône de la Vierge placé sur les nuées est entouré de ravissants chérubins dont les fig"ures souriantes et les blonds cheveux paraissent dans les légères nuées environnantes. Leurs couleurs vives et la joie des regards animent l'ensemble du tableau et en font ressortir l'harmonie. Une lumière dorée l'encadre et l'enrichit d'une auréole de splendeur, dans laquelle le martyr semble comme absorbé.