‹ Le CorrègeChapitre 15 sur 158 · XXII ESSAI SUR LA VIE ET L ŒLVRE · texte numérisé non relu

XXII ESSAI SUR LA VIE ET L ŒLVRE

mal. Elle vit un magicien découvrir le voleur parmi les domestiques par la seule pénétration du regard et le forcer à l'aveu. Elle vit des fakirs faire pousser et verdir en une minute sous ses yeux une branche de man^-o plantée en terre. A cette époque^ les brahmanes ne prêchaient pas encore comme aujourd'hui pour les Européens la théosophie et la religion universelles. Marghérita s'étonna cependant de ce peuple subtil et profond, servile en apparence, indomptable au fond, plein d'arrière-pensèes, de savoir caché et de pouvoirs miraculeux, de ce peuple, héritier déchu de la plus antique religion de la terre, qui végète dans l'éternité, en dehors du temps et passe de la vie à la mort comme d'un rêve à un autre rêve.

Une circonstance particulière vint mettre le sceau à la sensation angoissante que la population hindoue causait à rèlrangère. Dans « la ville noire » on avait l'habitude d'annoncer tous les cas de choléra par les sons d'une trompe sinistre. Or, de sa vérandah aérienne, la jeune fille, veillant tard, entendait chaque nuit à plusieurs reprises le son lugubre de la trompe de mort qui la faisait frissonner comme la trompette du jugement dernier, a Je n'oublierai jamais, dit-elle, que je me réveillai un matin au son de la trompe du choléra se mêlant au tam-tam d'une noce indienne. »

Sous le contrecoup de ses impressions, sa vie intérieure se développait avec une rapidité foudroyante. Ce fut un temps d'études et de lectures, de contemplation et de méditation ardente. La magniHcence du paysage hindou devint le temple naturel de ses premières exaltations poétiques et religieuses. Ce qu'elle dit de la magie des nuits indiennes est extrêmement suggestif et dénote le pouvoir intuitif de son imagination. Ces vibrations éoliennes d'une nature vierge et passionnée, sous le ciel des tropiques, nous font mieux sentir ce qui distingue la poésie orientale de notre poésie du Nord et de l'Occident : la communion plus directe avec l'Infini.

(( Nous allions passer quelquefois plusieurs semaines

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