XXIV ESSAI SUR LA VIE ET L ŒUVRE
reconnaît son jour, où ile siège du Pouvoir et de la Beauté sont éternellement unis ».
De grand matin, les dames et les jeunes filles du palais allaient faire de longues promenades à cheval, accompagnées des secrétaires et des officiers du gouverneur. Et c'étaient d3 libres galops dans la plaine illimitée, sur laquelle Paurore pâle tendait son arc rose. Mais avant que le soleil meurtrier des tropiques n'eût lancé sa première flèche pardessus l'horizon, il fallait être rentré sous l'ombre protectrice de la villa. L'excitation de cette vie nouvelle réagit sur la santé de M^^^ Albana, tandis que son cerveau devenait le centre d'une vie tourbillonnante.
« Maintenant le livre du monde déroulait pour moi ses pages et le passé devint la nourriture de mon présent. Un Sicilien, médecin dans la famille du général, s'offrit à me donnei des leçons. Une ère de délices commença pour moi. Sous la lumière torrentielle de l'Inde, tamisée par l'ombreuse vérandah, je prenais mes leçons dans une petite chambre, où il n'yavait que des livres, des fleurs et des instruments de musique. Mon désir d'apprendre n'était pas moindre que son désir d'enseigner et de satisfaire mes curiosités. On discutait la philosophie et les sciences naturelles. Les poètes étaient lus et commentés. La chimie ouvrait ses secrets. Les nations déployaient leurs richesses. Mon oncle me laissait pénétrer dans sa bibliothèque, se fiant à mon goût. Je dédaignai tous les romans en bloc, trouvant la réalité plus intéressante, mais j'aimais les poètes qui réveillent nos plus hautes énergies et soulèvent le lac des pensées profondes. Je lisaisle Dante et le Tasse avec mon maître sicilien. Dans mes veilles prolong-ées, je dévorais Byron et Shakespeare. »
Une grande exaltation religieuse accompagnait cette ivresse poétique. Religion tout intérieure, indépendante de tout rite et cachée aux autres. (( Une grande religiosité de caractère pénétrait toutes mes pensées. Je ne sais ni d'où, ni comment elle me venait; elle était en moi. Je