‹ Le CorrègeChapitre 18 sur 158 · DE MARGHERITA ALBANA XXV · texte numérisé non relu

DE MARGHERITA ALBANA XXV

comprenais peu ce qu'on entendait par l'état de péché de notre nature, la faiblesse de notre race. J'étais plus disposée à espérer qu'à craindre, à aimer toute chose. L'amour me semblait baig-ner le monde autour de moi de ses purs rayons. Il me semblait le ressort de toute pulsation, le nimbe de tout berceau, annihilant la distance, ennoblissant toute chose et unissant tous les hommes. Pas de souffrance qui n'eût ma sympathie, pas de mal que je n'eusse voulu défendre. Quelquefois je tombais à genoux, remerciant Dieu pour l'ineffable bénédiction qui me venait de ces pensées. Des larmes d'une joie submergeante m'inondaient. Elles jaillissaient d'un fleuve d'images sublimes qui devenaient angoisse dans mon cœur trop étroit pour les contenir. Ces émotions profondes n'apparaissaient pas aux autres. Je leur souriais ; j'étais pour eux un livre ouvert, mais seulement à la première pao-e. » Elle ajoute plus loin : « Mon impulsion naturelle était un enthousiasme sans frein. De là sont venues toutes les erreurs de ma vie, mais de l'enthousiasme aussi me sont venues toutes les vérités. »

Dès cette époque cependant, l'Amour et la Mort, ces deux divinités redoutables, vinrent effleurer en même temps le cœur de la jeune fille et lui montrer le fond tragique de la vie.

Marghérita avait pour compagne habituelle sa cousine Emily, fille de la première femme du général. C'était une nature positive, bonne et familière, homely comme on dit en ang-lais. Quoique très différentes, les deux cousines s'aimaient tendrement, et M^^^ Albana exerçait sur l'aînée l'ascendant naturel de son caractère et de son intelligence. Emily parlait souvent de TEcosse, où elle avait été élevée, et racontait des histoires d'apparitions, de seconde vue et de pressentiment. Elle-même prédit sa mort d'une façon saisissante. Elle venait de se fiancer à un officier ansrlais. Le soir, causant avec sa cousine sur la vérandah, elle lui dit ; « — Mascgy, pense à moi quand je n'y serai plus. Je mourrai en couche comme ma mère.

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