XXX ESSAI SUR LA VIE ET L ŒUVRE
de Romulus à l'Empire, des Barbares et des premiers chrétiens à la papauté et à la Renaissance; c'est en quelque sorte l'histoire du monde entier, celle d'Orient et d'Occident qui s'y presse et s'y condense, qui s'y rencontre et s'y mesure dans une arène g-ig-antesque, comme jadis les gladiateurs de toutes les nations dans un monstrueux Golysée. Ici l'histoire surg-it de partout, du sol et du sous-soul des sept collines bâties et surbâties. Elle se lève de tous les points de cette compagne romaine, sillonnée d'aqueducs, ondulée comme une mer et qui recouvre de ses vag-ues des peuples disparus. Elle bourdonne avec mille voix, elle s'échappe ^n mille figures de cesrues, de ces basiliques et de ces tombeaux innombrables, depuis les bains de Caracalla jusqu'au château de St-Ange, depuis la grotte d'Egérie jusqu'au Vatican. Elle blanchit et rutile en chairs palpitantes sur les toiles des musées ; elle pleure comme une Nymphe abandonnée dans les bosquets solitaires des villas; elle rit comme un Triton dans les fontaines publiques, entre les grands chapeaux des paysans et les robes rouges des Transtévérines; elle vous guette comme un sicairedansl'ombre des palais; elle parle avec la voix des Dieux, aux monts Sabins, dans le gouffre de Tivoli, sous le temple de la Sybille ; elle prophétise avec les Christs nimbés, dans l'horreurdes cryptes et des catacombes. Histoire passée et morte ? Non, histoire actuelle et vivante. Garces personnages de tous les temps, héroïnes, courtisanes. Césars et papes, saints et scélérats vous assaillent en criant: (( Nous ne sommes quedes ombres, mais nous sommes des millions. Et toi, misérable vivant, puisque tu es venu, tu vas oublier ih vie et vivre de la nôtre ! »
La jeune Grecque, qui avait vu l'Inde et l'Atlantique, n'eut pas ces surprises. L'histoire en elle-même ne la touchait guère ; elle n'aimait que les héros et la beauté. On rcût fort étonnée en lui disant qu'elle se passionnerait un jour pour toute cette poussière. Elle la regarda avec indifférence d'abord, puis avec tristesse, enfin avec