DE MARGHERITA ALBANA XXXV
événements de notre vie nous sont imposés par la nature de notre caractère et par les circonstances extérieures. La liberté humaine consiste dans le parti que nous savons en tirer pour le bien ou pour le mal, pour avancer ou pour reculer. M^^ Albana savait à l'avance qu'elle ne réaliserait pas ses rêves dans cette union, mais elle sentait que l'heure était venue pour elle de vivre toute la vie de la femme, et peut-être un instinct secret l'avertissait-il qu'elle la vivrait plus librement sous cette forme que sous une autre. Elle s'aperçut bientôt que non seulement son mari était incapable de comprendre sa nature profonde, mais encore qu'elle n'aurait aucune influence sur lui et sur son travad. Son esprit instable et borné n'était susceptible d'aucun développement. Quant à son talent de peintre, il fut si douteux qu'il resta jusqu'à la fin un apprenti convaincu de son art sans jamais parvenir à aucune maîtrise. Il resta toujours devant sa femme dans une sorte d'admiration muette et de crainte comme devant un être supérieur qu'il ne pouvait comprendre, pareil à un bon chien de g^arde que le maître hypnotise du reg-ard et mate d'un geste, malg-ré tous ses aboiements.
Pendant les premières années de son mariage, la passion d'âme de la jeune femme se porta tout entière sur la maternité. En peu d'années, elle eut trois enfants : Démôtrio, Aspasie, Hélène. Le premier mourut en bas âge, la troisième à cinq ans; Aspasie seule a survécu. Quant à Hélène, ce fut une enfant merveilleuse et peutêtre la plus haute révélation dans la vie de sa mère. Sa courte histoire est le seul épisode de son existence qu'elle ait noté après ses souvenirs d'enfance et d'adolescence. Aucun événement n'exerça une si profonde influence sur ses idées religieuses et philosophiques. Pour le résumer je n'aurai qu'à citer ses paroles. Elles prouvent d'une façon extraordinaire à quel point la maternité peut devenir une initiation ranscendante-