XLIV ESSAI SUR LA \17. ET L ŒUVRE
En arrivant à Florence, Villari ss cherchait encore lui-même. Esprit critique et philosophique, plutôt qu'artistique et imag-inatif, pénétré de hautes aspirations morales et d'une noble ambition, il n'avait fait qu'entrevoir son but, ig-norant encore les moyens de l'atteindre. Ce fut Sir Adam qui le présenta à sa nièce M*^ Albana Mig-natj, alors dans tout l'éclat de sa jeunesse et de sa beauté et qui réunissait, en son salon de Florence, une société d'élite. M^^ Albana s'intéressa tout de suite à cette jeune intelligence en pleine éruption de vie et d'idées, qui agitait les longs desseinsetles vastes pensées- L'étude qu'il avait faite sur un de ses amis défunts, où il affirmait son dévouement avec une exaltation juvénile, acheva de gagner et d'enflammer le cœur de la jeune femme. Elle crut apercevoir en Pasquale YlUari cette même faculté d'enthousiasme illimité et d'immersion dans les autres qu'elle possédait elle-même et qui lui faisait répéter souvent le mot du grand poète persan Hafiz : « S'oublierdans un autre est s'oublier enDleu. » Elle devait s'apercevoir plus tard que cette faculté d'enthousiasme, quoique très sincère et très sérieuse chez son ami, résidait dans son intelligence plus que dans son âme et qu'elle rencontrait des limites infranchissables dans les timidités du critique ou dans les calculs du politique. Mais elle subissait alors le premier éblouissement d'une affection naissante et s'y livra sans crainte. Elle interrogea le jeune homme, qui lui confia ses projets, ses doutes, ses espérances. Elle lui promit son aide, son appui et le meilleur de sa sympathie. On s'écrivit, on se vit tous les jours, on s'aima. Et ce fut bientôt un de ces attachements fréquents en Italie, et qui ont la réputation d'y être plus solides que les mariages,
Unevive communauté intellectuelle s'établit donc entre Marguerite Albana et Pasquale Villari. L'Italie renaissante apparaissait à la jeune f^mme dans cejeuno homme timide, maisplein d'un feu concentré, qui semblait chercher l'espace et la vie pour respirer plus librement et