‹ Le CorrègeChapitre 37 sur 158 · DE MARGHERITA ALBANA XLIX · texte numérisé non relu

DE MARGHERITA ALBANA XLIX

M'^ Albana n'avait aucune ambition littéraire^, mais un besoin absolu de réciprocité dans l'affection. Ne mesurant pas la sienne, elle souffrait de voir ses amis lésiner sur la leur. Elle fut donc frappée au cœur de cette froideur allant jusqu'à l'hostilité devant sa première tentative de travail indépendant. Sans se plaindre et sans en laisser rien paraître, elle se demanda si son plus intime ami était bien celui qu'elle avait cru. Par quel soin méticuleux, par quelle discrétion ombrageuse voulait-il qu'elle demeurât dans l'ombre? Quoil le monde devait-il isrnorer jusqu'aux épancliements spontanés de son âme et de sa pensée pour que l'ami privilégié en profitât à lui tout seul? Graig-nait-il qu'on ne découvrît la source où il avait si largement puisé? Ah! les âmes riches, qui ont en elles-mêmes une source inépuisable, ne craignent pas d'avouer quand elles se sont abreuvées chez les autres! Elles ont même besoin de le crier tout haut et il leur semble alors qu'elles s'enrichissent de toute leur admiration, de tout leur amour, de tout ce délicieux oubli d'elles-mêmes qui leur ouvre l'infini ! Certes ce n'était pas là ce que Villari sentait pour sa grande amie. Elle n'était pas pour lui une âme vivante que l'on aime pour elle-même et dont on demande l'épanouissement au grand jour, mais une mine dont on exploite les trésors et que l'on cache avec anxiété. — Telles étaienl les réflexions silencieuses et peu réjouissantes de Marghérita. La harpe éolienne, qui frémissait en elle aux vents orageux de la terre comme aux souffles purs de l'Au delà, vibrait toujours, mais ne trouvait plus d'écho. La grande, l'irrémédiable solitude recommençait... Le beau rêve de Psyché s'effondrait, — la lézarde était devenue l'abîme.

Les âmes qui se sont rapprochées, et qui ont cru se confondre sans y parvenir parce qu'elles diffèrent dans leur plus subtile essence, ne se divisent pas en un jour. Mais alors le mur, qui s'élève entre elles par un travail quotidien et insensible, devient d'autant plu-> infran-

Page 1