L ESSAI SUR LA VIE ET L ŒUVRE
chissable qu'il grandit dans une apparente intimité. On vit ensemble, on a l'air de s'occuper des mêmes choses, — et des océans vous séparent. On s'entend encore en paroles, — et les pensées voyag-ent en d'autres mondes, à des millions et des millions de lieues.
Scission profonde, dont l'homme ne se rendait aucun compte et qu'un choc venu du dehors pouvait seul lui faire comprendre, mais dont la femme avait parfaitement conscience. Néanmoins la séparation extérieure et définitive n'eût pas eu lieu sans une nouvelle affection souveraine qui s'empara du cœur de la femme et qui rendit la rupture inévitable. Il ne m'appartient pas de parler en détail de cet événement, mais je raconterai la dernière phase de la vie de Marghérita Albana dans les deux prochains chapitres. Dans celui-ci, je tenais à résumer, avec une exactitude scrupuleuse et dans leur vérité psychologique, les rapports de Mar^hérita Albana avec Pasquale Villari et à montrer, en toute impartialité, l'action féconde qu'elle exerça généreusement sur un des hommes les plus éminents, sur une des plus belles intelligences de l'Italie contemporaine.
Dans la dernière année qui précéda sa rupture avec Villari, Marghérita Albana écrivit un livre anglais intitulé .S^Â:e/c/i?s o/A/5^orfCrt//)rts/o///a/y. Elle l'esquissa pour se distraire de ses solitudes intimes, n'en montrant pas une ligne à son ami, qui du reste ne s'y intéressait pas. Son but était « de rejoindre en une chaîne les anneaux épars et brisés qui rattachent la Renaissance italienne au monde antique ». Les chapitres les plus intéressants sont une peinture de la Gonstantinople du Bas-Empire, un récit dramatique de la lutte de l'Empire ot de la Papauté, une curieuse étude de Part bizantin du Mont Athos et de son influence sur l'art italien, enfin un tableau brillant du siècle de Dante. Ce livre ne fut publié que six ans plus tard à Londres (chez Bentley) en 187G et fut accueilli avec faveur en Angleterre, en Italie et en AUemaorne. Malorrc ses mérites, il ne donne