‹ Le CorrègeChapitre 4 sur 158 · DE MARCHE RIT A ALBAXA IX · texte numérisé non relu

DE MARCHE RIT A ALBAXA IX

les cœurs, domina son entourag-e de sa lumière enveloppante. Sa première passion fut pour sa mère.

« Mes premières impressions, dit-elle en ses mémoires, furent un sentiment profond de la Beauté à travers l'Amour. A la source la plus lointaine de mes souvenirs, dans la brume dorée de mon enfance, je vois l'attitude de mamère divinement penchée sur son dernier-né, apaisant ses premiers cris en chantant des berceuses. J'entends sa voix céleste s'épancher dans ma pensée enfantine comme une vapeur d'encens ; je sens encore de grosses larmes couler sans raison sur mes joues, sous l'émotion intense produite par cette voix. Car au fond de moi-même, je percevais un désir intense d'au delà qui me saisissait plus complètement en présence de ma mère, comme si la douceur et la candeur de cette musique nous rapprochait de Dieu. — Après les éblouissements et les joies aveugles de ces sortes d'extases, j'éprouvais souvent des ang-oisses momentanées de jalousie, à la vue de cette frêle créature, de ce petit frère que ma mère serrait dans ses bras. Ensuite je me disais que j'étais plus que lui et qu'il ne pouvait pas être aimé autant que moi. — Et je souriais à la mère et à l'enfant. — Souvent, dansmavie postérieure, j'ai éprouvé ces mouvements de jalousie que produisent les affections excessives et je les ai vaincus de la même manière.» Singulière précocité de conscience, curieux mélang-e de tendresse et de fierté, de passion et d'empire sur soi, soif de beauté et d'au delà, à travers l'amour — ce sont déjà les traits marquants de ce caractère, où l'Eternel-Féminin s'arme du bouclier mâle pour mieux se défendre et s'affirmer. La mère de Marg-héritaavait une sœur, NinaPalatiano, d'un charme moins intime mais plus piquant. Le lord commissaire, gouverneur des îles ioniennes, Sir Frédéric Adam, s'en était épris et l'avait épousée. Les jeunes mariés fréquentaient dans la maison Albana. Le g-énéral Adam était un brillant officier, un cadet de famille qui avait conquis sesg^rades dans l'armée anglaise, 'g-rand seig-neur

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