DE MARGHERITA ALBANA LXI
comme le frémissement d'une harpe éolienne sous le vent. En l'éjoutant, on ressentait ce que l'Asia da Prométhée délivré de Slielley éprouve au chant de Panthéa:
My soûl is an enchanted boat That like a silver swan dolh float Upou the waves of thy sweet singing-.
Quant à son pouvoir d'Inspiratrice je devais le connaître plus tard dans mes tentatives de création personnelle et surtout dans mes Grands Initiés. Je ne saurais désigner autrement ce pouvoir qu'en appelant celle qui le posséda une Muse vivante et passionnée, laMuse-Femme. Elle en eut les enthousiasmes ardents, les tendresses jalouses, les sollicitudes douloureuses :
Maternité de l'Ame, ô tourment, ô désir! Oui, la Muse est Amante et Mère du poète; Elle souffre avec lui ; car son âme inquiète Conlemple l'Idéal qu'il brûle de saisir.
Muse, elle le fut, non pour le monde, où elle portait sa g-aité comme un masque et son sourire comme un hochet, mais pour ceux qu'elle aima. Elle le fut royalement, héroïquement, sans arrière pensée, de tout l'élan de son esprit, de toutes les fibres de son cœur, de tout le sang- de ses veines. Alors ses visions revêtaient les chaudes couleurs de la vie et ses passions la splendeur d'un beau ressouvenir. A ceux qui lui reprochaient ses excès d'enthousiasme, ses illusions et ses entraînements, elle aurait pu répondre :
Amante du Divin, à jamais je suis Muse, Car j'ai vibré devant l'auguste Vérité.
J'ai beau tomber — je suis un rayon de Justice, Je sens brûler en moi la force rédemptrice, La science d'Amour, l'Orgueil de la Beauté !
Après sa mort, en des heures de solitude et de tris-