LXVI ESSAI SUR LA VIE ET L ŒUVRE
Dans un fort bel article sur la vie et i œuvre du Corrège du i5 nov. 1881, dans CAntologia nuova Ang-elo dcGubcrnatls s'est écrié: « Ce livre semble écrit avec une plume de feu arrachée à l'aile d'un des ang-es de la coupole de Parme». Comme pour confirmer cet éloge, la cité natale d'Alleg-ri, par un décret de son conseil municipal du lO mai 1882, nomma Marg'uerite Albana citoyenne de la ville de Corrège *.
^. La première édition de ce livre publiée en 1881 fut très remarquée.
M""= Aurelio Saffi en a fait une traduction italienne.
Parmi les nombreux comptes-rendus dans les journaux et les revues, je me souviens d'un poétique article de M. Henr}- Jouin, l'cminent critique d'art, poêle à ses heures, actuellement secrétaire de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris, dans le Journal de Rome du 12 mars 1883. — Je rappelle, pour mémoire seulement, mon article de]a7?efue desDeax Mondes du i5 mai 1881 (juiestun sim[)îe résumé du livre.
Je suis heureux de donner ici les extraits suivants du feuilleton publié dans le Journal de Rome par M. Henry Jouin sous le nom de Pensieroso.
a Corrège, le peintre inimitable de la beauté sensible, le poète du Mariage mystique de Sainte Catherine et de l'Ecole d'amour, de la Nuit de Bélhléhem et de la Chasse de Diane, nous apparaît également inspiré par l'Idée chrétienne et les légendes antiques. En lui s'opère, dans une mesure où rien n'excède, ce rapprochement de deux forces d'ordres différents, mais ([ui ne s'excluent ni ne se combattent lorsqu'il s'agit de l'art du peintre, l'idéal et la matière. Une pensée noble, délicate, châtiée, une forme élégante, jeune et vraie, telle est la synthèse du Corrège. Il est tout à la fois le fils et l'héritier de Virgile, de Dante et d'Apelle.
« Peu de figures d'artistes de la Renaissance italienne sont plus sympalhi({ucsque celle de Corrège. Raphaël a tari toutes les coupes. Sa gloire est sans ombres. On ferait une bibliothèque des livres consacrés à l'éloue de ce maitre. Pareille faveur ne s'est pas étendue jus({u'à Corrège. Les historiens de Raphaël ne soufflent mot du peintre lombard. Corrège vit loin du bruit, loin des cours, loin des honneurs. 11-estceque nous appelons en France un rural. Michel- Ange a porté sur lui un de ces jugements que les générations ravies se transmettent; Raphaël Mengs est sans réticence ({uand il parle du Corrège. Plus près de nous, l'abbé Lanzi, plus près encore, l'abbé Pungileoni ont rendu justice au peintre des Grâces.
a Après eux, une femme de lettres, d'origine grec([ue, M"" Alarguerite Albana Mignaly. qui unit dans son style la profondeur de Mme de Staël à Ja finesse de Winckelmann, vient de publier un livre définitif, un maître livre sur Corrège.
« Ce qui manque le plus ordinairement à la critique d'art, ce sont les déductions philosophiriues. On ne prend pas garde que l'art est une force intelkcluelle, et qu'à ce titre comme toutes les forces, il doit