DE MARGHERITA ALBA.XA
non moins que le mvsticisme étrang-e et passionné des peintures de Sodoma. .Mais une figure avait dominé pour Marg-uerite Albana toutes celles qu'évoque la i^rande rivale de Florence, c'était Catherine de Sienne. Ou estce qui attirait donc la Grecque ardente vers la pâle^sainte qu'on trouve évanouie en son ravissement dans le célèbre tableau du Sodoma à l'église de San Domenico? D'abord son rôle extraordinaire dans les luttes politiques de 1 Italie au xive siècle; mais plus encore la prodirr-ieuse g-randeur morale de son caractère ; enfin les phénomènes de double vue, de vision et d'extase qui forment une partie essentielle de son histoire. A me.ure que les années éloig-naient l'auteur du Corrège des joies de la vie et lui imposaient de plus grands renoncements, elle se sentit hantée davantag-e par la vierge de Sienne, qui lui semblait le plus haut idéal de la charité active et en qui elle apercevait a cette lumière de l'âme d'où naissent les pi us g-randes inspirations». Celle fille d'un pauvre teinturier est peut-être la plus individualiste des saintes. Familière dans l'héroïsme, simple dans la g-randeur, elle séduit et subjuçrue par un mèlang-e exquis de force, de douceur et de feu. Le récit que Mar^-uerite Albana a fait de sa vie a-itée est un modèle de concision dramatique, de coloris vio-oureux et de clarté Au point de vue de la doctrine, Catherine fut une fille soumise de l'Eg-lise. Mais quelle indépendance dans son sentiment religieux et dans ses actions ! Rien de plus personnel que ses inspirations et ses impulsions. Si formidable fut l'énergie de cette petite dominicaine du tiers ordre, souffreteuse et au manteau rapiécé, qu'elle fit reculer les cardinaux d'Avignon sceptiques et viveurs et qu'elle força le pape de revenir à Rome malgré sa cour furieuse et malgré lui-même. Voilà le côté qui intéressa son nouveau biographe. Il s'efforça de ramener es phénomènes des stigmates, de la double vue et de 1 extase au point de vue de la psvcholoo-ie moderne et d'expliquer ses pouvoirs surprenants, parTaction simul-
LXXiy ESSAI SUR LA VIE ET L ŒUVRE
tanée de ïinluition, de Vamoar et de la volonté condensés et dynamisés en une seule faculté qui agit sur les âmes comme l'électricité et la foudre sur la matière. Tant au point de vue historique qu'au point de vue psychique on lira donc avec intérêt celte étude, qui pour être ramassée en i5o pages n'en donne pas moins une iJée complète du personnage et de sa vie 2.
J'avais accompagné mon amie dans ses études sur Catherine de Sienne avec la sympathie active qui nous joignait dans tous nos travaux et avec une curiosité intense, excitée par les horizons inconnus qui s'ouvraient devant moi. Ces études nous avaient mené jusqu'au seuil des phénomènes occultes et des doctrinesésotériques. Ce domaine était nouveau pour moi, mais non pour elle. Pendant son séjour en Inde, certaines expériences des fakirs l'avaient rendue attentive aux forces cachées de la nature. J'ai dit plus haut que l'intelligence miraculeusemont précoce de sa fille Hélène l'avait convaincue de l'existence antérieure de l'âme. Plus tard, elle avait étudié théoriquement et pratiquement le phénomène de la clairvoyance avec un sujet non professionnel qu'un grand médecin de Florence lui avait recommandé et qu'elle endormaitelle-même. Cette jeune fille, de la petite bourgeoisie aisée, appelée Nérina, était douée d'une faculté remarquable de lecture dans la pensée et de vue à distance. Elle effraya nombre d'amis et d'amies de M*<^Albana en leur racontant, pendant son sommeil magnétique, les faits les plus cachés et les plus compromettants de leur vie. Enfin mon amie avait assisté à un grand nombre de séances extraordinaires du célèbre médium Home dans la société des TroUope. Elle était ainsi devenue spiritualiste,non à travers un système philosophique ou religieux, mais par ses expériences personnelles.
*. Catherine de Sienne, sa vie et son œuvre dans l'Italie du xiv* siècle. Fischbacher, 188G.