DE MARGHERITA ALBANA LXXIX
au milieu de la composition d'un poème sur Empédocle^, j'eus tout à coup l'idée d'écrire un livre, où j'essayerais^ de ressusciter les mystères d'Eleusis et de les relier à la révélation de Jésus, en m'aidant de tout ce que je pourrais trouver dan sla sag-essc antique de l'Inde, de l'Egypte et de la Grèce, elle poussa un cri de joie. C'était le rêve de sa vie qui se réalisait dans cette œuvre.
Tel fut le premier germede mes Grands Initiés, qui se développèrent par lasuitesurunplanbeaucoup plus vaste. Celivre naquit d'un dégoût profond du présentct d'unefoi ardente dans l'avenir.J 'étais, depuis mon enfance, un de ces isolés dont les frères se dérobent aux lointains de l'espace et du temps, mais qui ont la certitude intime de les rencontrer un jour. Car ily a une communion et une attraction occulte entre tous ces malheu reux et bienheureux solitaires . Maintenant j'avais trouvé une Amie pour qui cette communion n'était pas un sentiment fugitif, mais une fol lumineuse, une ardente réalité. Il lui semblait si naturel de boire aux Sources premières ; elle s'y élançait comme aux fontaines éternelles de Jouvence et de Vérité. Aussi fut-elle pour moi une compagne merveilleuse pendant mon voyage aux Mystères antiques. Partout elle se trouvait chez elle. Devenue languissante de corps, elle gardait un esprit ailé, pareille à ces grands oiseaux migrateurs qui aiment à changer de continent et que n'étonne plus la vague océanienne. Lisions-nous les poèmes et les livres sacrés de l'Inde, elle évoquait ses souvenirs d'adolescence et me décrivait ces forêts inextricables comme des temples ténébreux et cet azur pâle saturé de lumière. Les fragments orphiques et les vers dorés de Pythagore l'excitaient comme l'airnatal. Ces invocations àla Grande- Mère, ces cris de sagesse immémoriale élargissaient l'arcade de ses sourcils et di'ataient S3s prunelles flamboyantes. Elle semblait voir des antres sauvages, palper des colonnes de marbre, devenir la Pythonisse. Par con-