‹ Le CorrègeChapitre 62 sur 158 · LXXX ESSAI SUR LA VIE ET L ŒUVRE · texte numérisé non relu

LXXX ESSAI SUR LA VIE ET L ŒUVRE

trc, les paroles de Jésus la plonsTeaicnt en de graves méditations, en de profonds silences. Peut-êtrese souvenaitelle alors du mot de sa fille : « Oh, ma mère, il est bien plus beau! » et son doig't esquissait dans le crépuscule un profil lumineux, d'ineffable et suave beauté. Elle vit naître ainsi avec un plaisir extrême mes chapitres sur Hermès, Orphée et Pythagore. D'antiques scènes se déroulaient devant nous comme des visions réelles, comme des poèmes vécus. A chacune de ces initiations, il nous semblait voir s'ouvrir une nouvelle fenêtre sur l'Infini et que l'âme humaine y retrouvait un verbe perdu. Oui sait, disions-nous parfois, si, en quelque siècle futur, ellene rassemblera pas tousces verbes en un seul? Ne serait-ce pas alors le verbe de la divine Psyché parlant sur la terre ?

Oui, tel fut, à travers les grands Voyants du passé, notre rêve d'avenir pour l'humanité. Il ne s'asrissaitplus d'une réconciliation de la Science et de la Religion actuelles, ég-alement stériles au point de vue delà vie complète, mais plutôt d'une telle métamorphose qu'elle ne serait pas seulement une transfig'uration de l'une et de l'autre, mais encore une résurrection de l'Art sacré, sous des formes nouvelles et plusamples. Si l'on veut rétablir l'unité créatrice de l'esprit humain, il ne s'ag-it de rien moins en effet que d'édifier à la Science, à la Relig"ion et à l'Art leurs temples suprêmes, leurs sanctuaires d'initiation, leurs arsenaux de Principes par la constitution de ces trois ordres de connaissances :

I.L'0/?/o/o^/^, science des Principes et des Idées-Mères (arcane de la Science).

II. La Mystique, science de la communication de l'homme avec l'Invisible (arcane de la Relig-ion).

III. La Symbolique, science de la traduction des idées éternelles en sig-nes sensibles, en actes vivants (arcane de l'Art).

Aujourd'hui, aucun de ces trois ordres de connaissances n'existe. Aussi vivons-nous dans l'anarchie com-

DE MAKGHERITA ALBANA LXXXI

plèîe. Le jour où. ils seront restaurés et ag-randis, il n'y aura plus entre eux conilit, mais harmonie parfaite. Car l'humaine Psyché parlera dans les trois son verbe divin hiérarchisé, son verbe initiateur, libérateur et sauveur.

Nous en vînmes donc à cette conclusion : la Science d'aujourd'hui, qui ne veut plus connaître l'Ame ni Dieu, se prive de la lumière centrale et son flambeau devient la torche de l'anarchie. — L'Eglise, en opprimant la liberté, l'individualité et la conscience^ éteint dans l'âme la lumière rédemptrice. Ainsi, chacune des deux, en repoussant le principe essentiel de l'autre, manque son propre but, qui est, pour la Science, la réalisation terrestre, pour la Relig-ion, la réalisation divine.

Ae séparons donc jamais l'jdée prométhéenne de l'idée ÉLEusiNiENNE. Le Jlambeau de PrométJiée ne s'allume quà Eleusis, mais pour garder la lumière d'Eleusis il Jaut des hommes libres et des lutteurs prométhéens.

En lang-ag-e moderne : On ne lutte bien sur la terre quQii croyant à l'âme immortelle et l'on ne se prépare bien à l'immortalité qu'en luttant sur la terre et en croyant à la beauté de la vie.

Bien des nuag^es passaient sur ces perspectives éblouissantes. Si modeste que fut ma tâche d'annonciateur, elle me paraissait parmomentssi ing-rate que je craig-nais de rester au-dessous d'elle. Mon amie redoutait de n'en pas voir la fin. Alors, pour nous donner du courag-e, nous relisions le passag-e de Pausanias sur les jeux prométhéens, où nous trouvions un symbole de notre effort. « Dans l'Académie d'Athènes, il y a un autel de Prométhée. C'est de là que partent des coureurs portant vers la ville des torches enflammées. Le propre de ce combat consiste à g-arder son flambeau allumé pendant la course. Celui dont le flambeau s'éteint cède la victoire à son successeur, celui-ci la cède au troisième s'il perd sa flamme, et ainsi de suite. Si aucun des coureurs ne conserve le feu, la victoire n'est à personne. ))

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