DE MARGHERITA ALBANA LXXXVII
siqiie tarissait à vue d'œil. Nous passions les soirées sur une plaire qui s'avance dans la mer, à la Punta di Palmieri. Elle ne se lassait pas de respirer l'embrun des vag-uesqui blanchissent autour des rochers ni de contempler le lumineux horizon, où les îles d'Elbe, de Porto- Ferraïo et de Corse viennent éclore tous les soirs auxportes du couchant comme de pâles violettes, fleurs de rêve à peine visibles sur le mouvant saphir de la mer tvrrhénicnne. Sur cette terrasse, qui ressemble à une jetée et se trouve au milieu des flots, un petit cercle d'amis se réunissait tous les soirs autour de M^^ Albana.On y trouvait l'archimandrite de Livourne, Kélaïdis. fort gai compagnon et imposant gaillard, qui nous racontait les insur rections de la Crète, son ile natale, dont il avait été l'un des meneurs les plus actifs. Le plus régulier était un professeur de physique de Pérouse, Pozzo di Mombello, homme de grande famille et fort distingué, qui tout en se disant matérialiste avait la plus haute admiration pour Fauteur du Corrège. On y voyait aussi un petit prêtre libéral et frondeur, AlessandroMasi, avec sa charmante sœur Amabilia, et un jeune étudiant de Pise, Rinaldo Pitoni, plein d'intelligence, de feu et de patriotisme, aujourd'hui le savant professeur de physique au lycée de Livourne, Pitoni répondit un soir à l'abbé : « Si vous voulez nous reprendre Rome, je m'engage demain dans les bersaglieri ! » Tout ce monde riait, causait, discutait auprès de l'hôtesse, [qui gardait toujours le sceptre de la conversation. Aucun de nous ne se doutait de l'imminente catastrophe.
Cependant je la voyais se traîner péniblement et languir des heures entières. Sa dernière joie fut d'entendre le commencement de vcvdi Légende de Krichna àoui] didÂs en train de tenter une résurrection. « Maintenant, ditelle, je suis tranquille : Les Grands Initiés sont faits, je les vois! i » Elle songeait encore à écrire elle-même,