AVANT-PROPOS
grâce et cette beauté ineffable^ je vis rayonner dans les yeux de ses Voyants, de ses Prophètes, les splendeurs infinies du monde idéal. Pour tout dire, les émotions que me donnèrent ces peintures ne pouvaient se comparer qu'aux enchantements de la musique et de la poésie.
A partir de ce moment je pensai beaucoup à Tœuvre du Corrège. Les deux coupoles de Parme m'avaient fait comprendre comme par une vision soudaine la beauté de cette âme ardente et pure. Bientôt j'aperçus la pensée dominante qui traverse son œuvre, dans la grande idée arienne de In, Lumière. Étonnée de la largeur de cette conception et de la puissance d'exécution de l'artiste Je me demandai quelle était la place d'Antonio Allegri dans le grand mouvement de la Renaissance, et je tentai de relier son génie à tout le passé de l'Italie. De ces réflexions est néo^V Introduction de ce livre.
Ce n'était pas tout. Il fallait pénétrer dans l'intimité du maître. Je vis qu'on savait peu ou rien sur son compte : sa vie est demeurée un
légèrement baissées, laissent entrevoir des prunelles noires qui semblent absorbées par le feu sacré d'un rêve intérieur. Une couronne de lierre ceint son front suave; un voile léger recouvre la moitié de son sein modeste et en relève la blancheur nacrée. Délicate, élégante et simple, autant que belle et inspirée, cette Muse est apparemment un produit de la peinture antique, seule et précieuse relique de ce graud art à jamais perdu.