DANTE ET L IDEAL CHRETIEN
La première grande figure qui succède à Frédéric II dans l'histoire de la culture italienne c'est Dante.
Après le brillant souverain, le g-énie créateur; après le monarqne cosmopolite, le g-rand Italien dont la personnalité impose son sceau à sa race et devient comme une médaille d'or, le symbole de son unité. Nul poète n'eut des traits aussi définis^ aussi tranchés, aussi saillants. Le génie étrusque, latin et toscan, trois g^énies d'airain, semblent s'être fondus dans ce type fin et fort qui imprima sa marque indélébile sur la langue et dans le cœur itahen.
Il y a ici une unité rigoureuse du caractère et de l'esprit, de l'homme et du poète. Son poème est l'image transfigurée de sa vie, et sa vie est l'image humaine de la Divina Commedia. Devant cet âpre pèlerin, le doux Virgile semble une ombre éplorée des Champs élyséens. Force active, solidité, passion, vertu, science, profondeur, élévation , philosophie transcendante, il joint ces qualités dans une individualité absolument orisrinale. C'est à ces
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facultés et à cette individualité qu'il doit de réunir dans son œuvre tant de choses diverses : l'histoire, la lég-ende et la science ; le passé, le présent et Pavenir.
L'idiome italien, fort néglig-é avant Frédéric II, était resté jusqu'alors la langue vulgaire. Elevé par ce souverain au rang de langue de cour, devenu populaire par saint François d'Assise, il avait à peine été cultivé littérairement au xiii® siècle. Il y avait mélange de dialectes dans les diverses provinces d'Italie, selon les influences qu'elles avaient subies, selon les conquérants qui les avaient dominées. Cette variété de dialectes semblables, et pourtant très divers, était l'image de la race italienne, divisée par ses passions, pleine d'indépendance et d'activité fiévreuse, race aux contrastes violents, qui ne retrouvait guère son unité que dans le goût et l'affirmation du beau.
Dante sut s'emparer de ces éléments divers et les fondre dans l'énergique et riche langage qui fut le sien. Avant cette époque, lors de la première Renaissance italienne, les poésies provençales récitées en langue d'oc et d'oïl, tenaient lieu de littérature. Les romans français circulaient dans tout le monde connu et constituaient l'unique instruction chez les classes aisées. Aux écoles ecclésiastiques, on étudiait les sept arts, autrement dits le triuiiimquatrivium et la musique d'église. La langue usuelle était le latin rustique. La langue italienne, d'une allure phis hardie et plus franche, reflétant dans son harmonie musicale la grâce familière et le