‹ Le CorrègeChapitre 77 sur 158 · SAVONAROLE ET LA REFORME RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

SAVONAROLE ET LA REFORME RELIGIEUSE

au g-énie du mal. Il formula des théories à l'usage des gouvernements et des princes et enseigna aux hommes à déjouer l'infamie par l'infamie, à vaincre à tout prix par la force et la ruse, à vivre par l'intelligence et à supprimer le cœur.

le beau monde et la litterature l'arioste et le tasse

Rien de plus complexe et de plus contradictoire que la société italienne au xv^ et au xvi® siècle. Pour se rendre compte de l'étonnant phénomène de la Renaissance et pour apprécier à sa juste valeur l'art qui en sortit, il faut séparer nettement les éléments divers qui composaient ce monde et distinguer les courants opposés qui le travaillaient. Nous avons considéré en Laurent de Médicis et en Machiavel l'incarnation de la politique implacable et cynique du temps, qui fut celle des princes comme celle de l'Eg-lise; en Savonarole nous avons trouvé un exemple de protestation morale contre toute cette corruption et toutes ces infamies, protestation isolée, qui remua puissamment quelques âmes, mais ne changea rien à l'esprit du temps. Avant d'en venir à la peinture, qui fut le produit le plus original du génie italien, lequel naquit et se développa sur un terrain à part, il nous reste à donner un coup d'oeil à la société même. Cette société ressemble à une eau sombre et sans transparence, dont le fond fan-

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geux reg-orge de reptiles affreux, mais dont la surface se colore d'une brillante irisation et se pare de fleurs séduisantes. Ce fut surtout la littérature qui refléta cette surface.

La société qui se groupait aux cours de tous ces petits princes joignait à des vices héréditaires deux goûts prononcés : la fureur du luxe et de la représentation et la manie de l'antiquité classique. Au nord comme au sud de l'Italie, princes petits et grands fondaient des musées, déterraient des statues, achetaient des manuscrits au poids de l'or et appelaient des savants et des poètes à leur cour. Ceux-ci y figuraient comme des amuseurs choisis dans la fête de l'existence, au-dessus des baladins et des chanteurs, mais plus ou moins au même titre. Bante avait bien passé de mode; on se souvenait à peine de ce revenant du moyen âge, de ce sombre pèlerin à la figure noircie par la fumée de l'enfer, ou illuminée des gloires du ciel chrétien. On voulait s'amuser, plaisanter et jouir de la vie par tous les sens à la fois. Tout ce qui venait de la Grèce et de Rome était bien venu; on l'arrangeait au goût du jour : on s'en servait comme d'une épice irritante. Nous avons déjà parlé des chants carnavalesques de Laurent de Médicis et des folles mascarades qui les accompagnaient, où les saturnales de la volupté étaient rehaussées par les grimaces et le rictus de la mort. Ce n'était pas là un fait isolé. Chaque cour avait ses chants, ses danses ses processions de parade, ses tournois. Le passage d'un prince ou d'un souverain pontife, le ma-

riag-e d'une grande dame servaient, d'habitude, de prétexte à ces fêtes merveilleuses, à ces réjouissances publiques, qui se prolong-eaient pendant des mois. D'abord le cortège traversait la ville pavoisée aux acclamations du peuple. On y remarquait les grands seigneurs avec des justaucorps de brocart d'or et des colliers de pierreries; les dames en robes de velours et de soie damasquinée, coiffées de loques ou de couronnes de pierres précieuses imitant des fleurs et des feuillages. Venaient ensuite les Condottieri, ces capitaines d'aventure au service des princes, avec leurs faces de bravache et leurs cuirasses d'acier, suivis de leurs hallebardiers. Les banquets avaient lieu dans les palais ou sous des dais dressés sur la place publique. Les services se succédaient sur d'énormes plateaux d'argent. Des ours, des bœufs entiers dorés ou argentés formaient les morceaux de léslstance.

Au dessert, on offrait aux dames des bijoux, des étoffes précieuses, des fourrures et des gants ; aux seigneurs et aux souverains, des faucons rares et des meutes de lévriers. — Après les banquets de tout un jour, venaient des danses et des spectacles qui remplissaient des nuits entières. D'autres fois, c'étaient des drames en plein air, des représentations mythologiques sous les ombrages de magnifiques jardins. Les dieux et les déesses de l'Olympe apparaissaient au milieu des bosquets, suivis de nymphes et de jeunes gens couronnés de fleurs > récitant et chantant des vers. La femme qui régnait dans ces fêtes n'était ni la sévère châtelaine du

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