‹ Le CorrègeChapitre 8 sur 158 · XIV ESSAI SUR LA VIE ET L ŒUVRE · texte numérisé non relu

XIV ESSAI SUR LA VIE ET L ŒUVRE

trempe d'esprit, elle se sentît très supérieure à sod entourag^e habituel, sans cependant laisser paraître ce sentiment? « Je me sentais le plein pouvoir à la vie, un commandement absolu sur toutes sortes de propensltés et objets terrestres, quand je contrôlais un projet ou qu'il s'ag-issait de le mettre à exécution. Je découvrais vite les points faibles dans ceux qui péchaient par le caractère, parce que je possédais dès lors et par innéité une individualité complète, qui dépend de la connaissance que nous avons de ce qui est juste et du désirdele mettre en acte pour le bien des autres. Ensuite il faut se souvenir que j'eus tout ce qu'il fallait pour développer ma nature et rien pour l'entraver. »

Luxe princier, cadre féerique, éducation royale, rien ne manquait à cette enfant. Un père adoptif intellig^ent et tendre veillait sur elle ; tout le monde la choyait. Néanmoins de vag-ues tristesses venaient obscurcir parfois ses pensées radieuses. Ces ombres noires étaient les messag-éres du sérieux tragique de la vie. La jeune fille de dix ans promenait déjà ses rêveries solitaires dans le jardin merveilleux de la maison de campag-ne *.

« Il était d'une vaste étendue. Il y avait des arbres, des buissons et des fleurs de toute couleur et de toute taille. Sur le velours des g-azons ondulés, des chênes, des orang-ers, des citronniers, des palmiers croissaient pêlemêle. Des vig-nes sauvages, aux feuilles pourprées, entrelaçaient leurs pampres et semblaient vouloir embrasser les passants. A l'ombre des jasmins roses rêvaient des fleurs de passion. Des allées de peupliers descendaient vers la mer, leurs feuillages se mouvaient doucement en cadence à nos pieds, et au-dessus dô cette nature luxuriante flottait comme une suprême essence de bonheur, de joie et de liberté. » Marghérita s'absorbait dans les

1. Ce jardin, qui n'a pas change de caractère, est devenu aujourd'hui la Villa Renie. Je l'ai décrit dans le chapitre sur Corfou de mes Sanctuaires d'Orient, où se trouve tg-alemeiil une silhouette de M'" Albana et uu résumé de sa v'e.

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