DE MARGHERITA ALBANA XV
couchers de soleil, '« fournaises de pourpre semées d'une poussière d'or, î elle s'abîmait dans ces soirs du midi qui nous attristent par l'excès même de leur beauté mourante. La nuit ajoutait à ce trouble une inquiétude poig"nante, un désir infini. « Je regardais la large lune monter comme un globe rouge et lugubre dans une atîïiosphère de flamme et de nuages, — et le globe rouge semblait parler un autre langage que celui de la terre. Sa solennelle apparition éteignait souvent ma gaieté enfantine et me faisait soupirer et méditer — je ne savais pourquoi. Quoique enfant, j'étais très impressionnable et très accessible à ce genre d'émotion, et à cause de cela mon cœur était sans compagnon. Je sentais en moi quelque chose que personne ne pouvait comprendre et que ce quelque chose était sacré. Je cachais donc avec soin mes émotions profondes comme si elles eussent été des crimes. En apparence j'étais épanouie et gaie, avenante et sociable. Cependant par moments, une scène de la nature, les étoiles, le ciel éveillaient mon être intérieur et y causaient un étrange tumulte, une véritable éruption de pensées mélancoliques. Dès notre plus tendre enfance, l'âme qui est en nous fait au monde des questions silencieuses. Souventelles ne se dégagent pas du fond trouble où elles s'élaborent et n'arrivent pas à la surface de notre conscience. Et pourtant nous devons résoudre ces questions pendant notre vie entière ou renoncer au repos. )) (Mémoires.)
A dix ans, Marghérita Albana quitta Gorfou pour toujours. La destinée, qui l'arrachait de si bonne heure au séjour enchanté de son île natale, 'devait la jeter brusquement sur la terre lointaine d'Asie avant de la ramener en Europe. Ce fut sous le ciel brûlant de l'Inde que son âme s'ouvrit à la conscience de la vie réelle et que la femme s'épanouit dans la jeune fille précoce, comme une fleur de serre chaude transportée sous le soleil des tropiques.
Sir Frédéric Adam avait dépensé une partie de sa for-