MICIIEL-ANGE ET LE GÉNIE BIBLIQUE
La personne de Michel-Ang-e se dresse dans la société au xvi« siècle comme une âme vivante au milieu des morts. Cet artiste conscient, solitaire et indomptable, plein de foi et d'affirmation, dut apparaître à ses contemporains sceptiques et corrompus comme une sorte d'Ezéchiel ou d'Isaïe faisant retentir la parole de Dieu au milieu de Torg-ie du vice et du crime. Cette parole fut tour à tour le ciseau, le pinceau et la plume. Mais ce qu'il dit en ces divers lang-a^es a le même accent. Ses marbres ne parlent que de grandeur et de force, ses sonnets que d'idéal et de renoncement. Imagination plastique, penseur profond, âme de feu, volonté de fer, Michel-Ange appartient à ces géants de la pensée en qui la puissance de l'exécution égale la vigueur de la conception. Moins universel peut-être que rAllighieri,il est de la même famille en ce qu'il porte dans son cœur l'empreinte de la grande noblesse humaine et dans son propre esprit la mesure de son idéal. Il s'y confirme par la lecture de la Bible et la contemplation delà sculpture antique.
Les prophètes et le torse d'Hercule, voilà ses maîtres. Son génie est tout muscle et tout pensée; pensée inflexible, lig-ne magistrale, presque point de couleur. Ainsi de cette puissance vraiment titanesque il taille ses statues dans le marbre brut à grands coups de marteau, ou les coule en bronze avec un feu de Vulcain, en fait à sa guise des dieux, des législateurs, des croyants, des sjbilles et des démons, toujours grands et forts. Michel-Ange est avant tout un homme de l'Ancien Testament. Jéhovah, le Dieu de la Bible, banni du monde, honni du siècle, revit sous sa main puissante. C'est un Dieu de colère, inflexible et juste; implacable à ses ennemis, immuable dans ses lois. On retrouve la sévérité d'un juge plutôt que l'amour d'un père dans ses traits, mais la puissance n'y manque jamais.
La Création de riiomme, le chef-d'œuvre du plafond de la chapelle Sixtine, nous révèle d'un coup ce rude génie et sa pensée dominante. Adam gît dans sa nudité première sur le sol noir de la terre inhabitée. La beauté virile est empreinte sur ce corps svelte et vigoureux — et cependant je ne sais quelle hésitation, quelle grâce timide est répandue sur lui et se trahit dans son attitude pleine d'attente et dans ses yeux à peine sortis du sommeil de l'inconscience. C'est l'homme dans sa force et dans sa faiblesse, sans défense, couché sur son néant ; mais il s'anime doucement au souffle et au contact de Jéhovah. Celui-ci, porté par un grand vent, flotte devant lui dans les airs ; il étend sa